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LE CHATEAU D'ABLON ACHETÉ PAR LOBÉRAN

culte, et pour en finir avec la topographie d'Ablon, nous signalerons divers actes inédits relatifs au château. Il fut acheté en 1603 au moment où s'achève l'ameublement du temple, par le propre pasteur de l'Eglise : F. Lobéran de Montigny 1. Le « prix donné » est de sept mille livres tournois -.

Le château avait alors « deux grandes et haultes tours » et comprenait maison d'habitation et dépendances, jardin, bassecour, grange, colombier, jeu de paume, étable, bergerie, le tout « enclos de murs allentour avec tourelle, » mais en assez mauvais état : bientôt Lobéran fit exécuter d'importantes réparations et améliorations 3. Il y avait en outre des terres labourables, vignes, prés, « saussaies, » etc. Le seigneur avait droit de moyenne et basse justice à Ablon et à Mons, hameau voisin sur la colline au bord de l'Orge : la haute justice appartenait au roi. Au domaine d'Ablon étaient joints ceux de Mons en amont, et de Courcel, en face, sur la rive droite de la Seine 4.

Le fait de voir les droits seigneuriaux passer ainsi entre des mains protestantes, et qui plus est, pastorales, était extrêmement heureux pour les protestants, auxquels les chanoines et le chapitre de Notre-Dame-de-Paris, possesseurs de terres et de droits importants à Ablon, ne manquaient pas de susciter mainte difficulté : ils ne cessèrent pas de chicaner les héritiers de Lobéran jusqu'après la Révocation •"'.

1. Un membre de la famille Grassin, à laquelle Lobéran acheta le château, avait fondé en 1569 le collège d'Ablon dont il est plusieurs fois question dans l'histoire du protestantisme parisien. La rue de l'Ecole polytechnique a été percée sur son emplacement.

2. Pièces justificatives, V. Min. François, 1603, n° 269, vente du château d'Ablon, 23 mai 1603 ; cf. n° 285 acte additionnel relatif à divers fiefs : n"s 286, -118, etc., baux de terres à des laboureurs. C'est dans un de ces derniers actes (n° 342) que nous voyons pour la première fois Lobéran qualifié « seigneur d'Ablon » en août 1603.

3. Min. François, 1605, n° 149, « Devis des ouvraiges de massonnerie au lieu et chastel d'Ablon sur Seyne appartenant à M. de Montigny », par Guillaume du Postil, 26 avril 1605. Voir la « tourelle » ci-dessus p. 100.

4. « Il existe à la date de 1633 [M. Coquehel ne dit pas où] deux liasses de procédure contre Maurice de Lobéran pour avoir enlevé les branchages et le tronc d'un arbre que le vent avait abattu, et de la même année une assignation pour la nomination d'une messier et garde-vignes ; » B. h. p., 1866, p. 548 ; cf. B. h. p., 1891, p. 346 : factum de 1692 pour le chapitre, contre M. et Mme de Morogues ; Suzanne de Lobéran avait porté le fief d'Ablon à François de Morogues (ci-dessus, p. 89, 91, 95).

5. Actuellement propriété du baron de Courcel, ancien sénateur et ambassadeur.

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Après que le culte eut cessé d'être célébré à Ablon, François de Lobéran continua à y passer une partie de l'été, et à recevoir quelques-uns de ses paroissiens parisiens : ainsi en août 1609 la t ami lie Casaubon *.

Mais, après 1600, ce ne fut évidemment qu'à titre exceptionnel (jue le culte fut célébré à Ablon, comme à Grigny après 1599. Et il ne fut jamais donné suite aux demandes de certains catholiques parisiens qui voulaient « rechasser » de Charenton jusqu'à Ablon les huguenots, par exemple après la mort d'Henri IV -, ou jusqu'au milieu du xvn" siècle ;!. A cette époque d'ailleurs les quelques protestants ablonais, comme tous les villageois des environs, eurent assez à souffrir des guerres de la Fronde : le château des Lobéran fut occupé tour à tour par les troupes du prince de Condé — dont le châtelain était partisan — et par celles de Turenne — encore protestant 4.

1. Ephémérides de Casaubon, p. 683. C'est à tort que M. Read (B. h. p., 1854, p. 470) relève ici un lapsus « évident » et lit Charentonem au lieu de Hablonem. Son fils Maurice de Lobéran, qui hérita de cette résidence, l'appréciait tant que ses paroissiens du Plessis-Marly et de la Norville l'accusaient d'y faire de trop longs séjours. Une décision formelle du synode national (Alençon, 1637), invite cette Eglise à « lui permettre de rester quatre mois chaque année dans sa maison d'Ablon pour y vaquer à ses affaires particulières, pourvu qu'il ne discontinuât pas les exercices de son ministère » (Quick, Synodicon, 1, 232 ; II, 341 et 565 ; Aymon, II, 556 ; B. h. p., 1863. p. 403, lettre à Mme de la Tabarière (1629) datée du Plessis : /-Y. prot., 2e éd., V, col. 609). Marie de Gorris, femme de M. de Lobéran, mourut à Ablon en 1668 (Douen, Révocation, III, 349). Cette même année 1637 un arrêt du conseil ordonne qu'il sera informé des contraventions aux édits faites par les habitants d'Ablon, sans doute en se réunissant pour le culte en la présence de celui qui était à la fois seigneur et pasteur du pays (FlLLEAU, Décisions catholiques, p. 366-7).

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