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Lobéran de Montigny

Voici le moment de faire plus ample connaissance avec les pasteurs de l'Eglise de Paris déjà en charge au moment de l'Edit, ou nommés aussitôt après.

François de Lobéran fut celui qui resta le plus longtemps en fonctions i. Il était fds d'un autre pasteur qui paraît avoir également exercé son ministère à Paris : Jean ou Joachim. Né à Valence en Dauphiné (1539), puis étudiant en théologie à Genève (tout à la fin de la vie de Calvin) « François de Lauberan » figure en 1566 sur la liste des ministres envoyés par la Compagnie dos pasteurs aux Eglises de France, pour celle de Châteauneuf en

1. Il faut décidément substituer cette orthographe d'après les signatures, et autres documents originaux, à celle qu'on a souvent préférée : Lauberan. La notice de la France prot., 1" édition, est très sommaire. M. Rend y a ajouté quelques détails. («. h. p., 1860, p. 193). Cf. DOUEN, Ency'cl. des SC. rel., VIII, p. 11.

Orléanais l. Au nom de Lobéran est joint ou substitué dès cette époque celui de Montigny, provenant de quelque terre possédée par la famille2. Entre 1567 et 1572 un ministre- « qui se faisoit appeler Montigny, habitoit dans la rue du Coq à Paris [rue Marengo] près le Louvre, en la chambre garnie de maistre Pierre du Rozier ' lequel ayant esté surpris par son hoste avec dix ou douze luthériens, s'excusa sur les parties qu'ils avoient fait aus cartes et aus dez avec ses compagnons. » Etait-ce le père ou le fils Lobéran ? Nous ne savons. De même un rapport de police, postérieur à la Saint-Barthélémy, signale la présence d' « Auberan, Daulphinois, lequel se faisoit nommer tantost de Montigni, tantost de Sainct Germain 5. » Il y avait enfin à Paris pendant la peste en août 1583 un ministre Montigny qui était peut-être déjà le nôtre, dans la première année d'un long ministère désormais consacré à la capitale, sauf les interruptions forcées en temps de persécution 6.

En tout cas sa carrière fut longue et très remplie. Elle est résumée dans la légende assez pompeuse d'un portrait fait par Melchior Tavernier, le célèbre graveur, qui était protestant ' :

« Franciscus de Lobéran de Montigny, Ablonii Castri ad Sequanam, Ablonii in Urbe, Orgia? Montis, et Curticula? Dominus, Ecclesiarum Regni Henrici Régis Magni curam gessit, Generosiorum consiliorum pars fuit, Supremis exercituum Imperatori-

1. Chàteauneuf-sur-Loire (Loiret) en amont d'Orléans (B. h. p., 1859, p. 73).

2. Il faut se garder de confondre les Lobéran, comme l'ont fait certains annotateurs peu attentifs, avec une autre famille de Montigny à laquelle appartenait p. ex. un gouverneur de Paris, chevalier des Ordres du roi, etc. (Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 467, 642, etc., années 1601, 1602, etc).

3. <■ Louperaut » (Lauperant), lit-on par suite d'une faute d'impression dans Florimond de Raemond, Histoire de la naissance, etc., de l'hérésie, éd. de 1610, p. 910. Nous avons vu Cayer faire le calembour « Loup errant ».

4. Un du Rozier (Hugues Sureau du Rozier) était en 1566 pasteur à Orléans et voisin de F. de Lobéran (B. h. p., 1872, p. 363, etc.).

5. Bibl. nat., fonds fr. nelles acquis., 1200, fol. 5 (B. h. p., 1899, p. 167).

6. .1. Merlin, Journal publié par Gabekel, Hist. de l'Eglise de Genève, II, 159.

7. Bib. nat., Estampes. La boutique ouverte par Tavernier en 1618 était dans l'Ile du Palais « sur le quai de l'Epy d'or, » aujourd'hui quai de l'Horloge (Fr. prot., 2' éd., t. II, col. 923). La fille de Tavernier est baptisée à Charenton en 1629 (Douen, Bévocation, II, 124). On s'étonne qu'aucune œuvre de lui n'ait figuré en 1902 à l'exposition d'artistes protestants organisée par la Société d'hist. du pr. fr. à l'occasion de son jubilé cinquantenaire.

FRANÇOIS DE LOBERAN

bus adfuit, Legationes ad Reges et Principes obivit, Germanicâ claruit. Praeliis pêne omnibus Invicti berois fortunam subiil, Ecclesias limitas instauravit, Instauratam in Regia decennio rexit,

LOBKUAN DE MONTIGNY

In urbe ter erexit, Lustra septem direxit. Gloriosis laboribus

decem et unum impendit, sexdecim vixit, infinita vivit. Mors

nobilissimuin non extinxit, nec gloria dereliquit. Obiit 12 Maii 1619. »

De ce texte, inexactement reproduit et inexactement traduit jusqu'à présent l nous proposons l'interprétation suivante :

« François de Lobéran de Montigny, seigneur du château et de la seigneurie d'Ablon-sur-Seine, de Mons-sur-Orge et de Courcel, fut au service des Eglises réformées sous le règne du roi Henri le Grand, membre du Conseil du roi (c. à d. maître des requêtes ou : député aux synodes nationaux et assemblées générales des réformés), aumônier des généraux en chef dans plusieurs campagnes, chargé de missions diplomatiques auprès des rois et des princes; il se distingua particulièrement dans les affaires d'Allemagne, partagea le sort de l'invincible héros (Henri IV) sur presque tous les champs de bataille, organisa beaucoup d'Eglises, exerça pendant dix ans son ministère dans l'Eglise [de Madame] à la suite de la cour 2, releva trois fois l'Eglise de Paris 3, en fut le pasteur pendant trente-cinq ans 4. Sa vie ici-bas dura quatrevingts ans. Celle qu'il possède maintenant est éternelle. La mort n'a pu éteindre ce qu'il y avait de plus noble en lui. Sa mémoire ne cesse pas d'être honorée. Il mourut le 12 mai 1619 5. »

Le portrait gravé par son ancien paroissien Tavernier le représente dans un âge déjà avancé, les cheveux grisonnants mais encore assez fournis, sauf au-dessus des tempes ; le front est large et élevé, à peine ridé ; la barbe blanche, taillée en pointe, avec moustache retombant sur la commissure des lèvres ; le menton carré, le nez droit, un peu fort ; les yeux grands, à prunelle sombre, au regard sérieux et plutôt triste. C'est à la fois l'ossature fruste du montagnard dauphinois et l'allure pleine de dignité, même de sévérité, du pasteur-gentilhomme qui a fréquenté les champs de bataille et la cour encore simple de son « héros, » aussi souvent que les assemblées religieuses et politiques de ses coreligionnaires. Le vêtement, à l'ancienne mode,

1. B. h. p., 1860, p. 194 et 1901, p. 318. Bonnin, Ablon, etc., p. 70.

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