BelatiQU manuscrite italienne, i
m L^ÉGLISE ROAfAINE ET LE PREMIER EMPIRE
tout ce que nous avons fait pour lui, devions*nous nous attendre à ua parett traitement ? »
Badet était de plus en plus troublé. «Je sais, saint*
père, que Tempereur vous a beaucoup d'obligations.
— Oui, et plus^ que vous ne savez; mais enfin quels
sont vos ordres ? — Très-saint-père, j'ai regret de la
commission qui m'a été donnée ; mais, puisque telle
est la résolution de Sa Sainteté, je dois lui dire que
j'ai ordre de l'emmener avec moi. » À ces paroles, le
saint-p^e, qui avait gardé jusque-là le ton le plus
imposant, s'adressant tout à coup à Radet, lui dit
avec un air de tendresse et de compassion : « En vé*
-fité, mon fils, cette commission ne vous attirera pas
ies bénédictions divines. — Puis, levant les yeux au
ciel : — Voilà donc, s'écria-t-il, la reconnaissance
qui m'a été gardée de tout ce que j'ai fait pour votre
empereur I Voilà donc la récompense de ma grande
condescendance envers lui et envers l'Église de
France ! Mais peut-être à cet égard ai-je été coupable
devant Dieu ; c'est lui qui veut me punir, et je ma
vsoumets avec humilité ^ »
. Pendant que cette .scène se passait dans les appar^
tements du saint-père, le général avait eu le temps
}. Relation italienne mannscrite du BHtith MttMaxn, q* 8,387.
d'envoyer un brigadier de gendarmerie avertir le gé-^ néral MioUis qu'il se trouvait en présence du pape, et lui demander ce qu'il devait faire. Le général Miollis n'avait pris personnellement aucune part à l'expédition dirigée contre le Quirinal ; mais il se tenait à portée dans les jardins du palais Colonna, qui donnent sur la place de Monle-Cavallo. Peu d'instants après, le messager du général Radet remettait en secret à celui-ci l'ordre de la part du gouverneur de Rome d'arrêter le pape avec le cardinal Pacca et de les conduire incontinent hors de Rome *• Radet insista pour un départ immédiat. « Puisqu'il en est ainsi, je cède à la force; mais, répondit le saint-père, vous m'accorderez bien, à moi et aux personnes qui doivent me suivre, deux heures pour faire nos préparatifs de voyage. » Le général Radet assura que ses instructions ne le lui permettaient pas. Si Sa Sainteté voulait donner la liste des personnes qu'çlle désirait emmener, il la ferait porter par un officier au gouverneur de Rome, et prendrait à cet égard les ordres de son supérieur.
En moins de dix minutes, l'officier était de retour et rendit tout haut la réponse du général Miollisv
it BelatioQ du général Radet , 8dpt6m!)re 1814*
122 L'ÉGLISE ROMAINE ET LE PllEMIER EMPIRE
.<( L'ordre de Son Excellence est, dit-il, qu'il faut que le pape et le cardinal Pacca partent à l'instant avec le général Radet. Les autres personnes suivront après ^ )) Le pape alors se leva pour se rendre à sa chambre à coucher. Il avait quelque peine à marcher, étant faible et souffrant. Le général Radet raconte « qu'il le soutint de son bras jusqu'au seuil de la porte, et la main du saint-père, ajoute-t-il, se trouvant par hasard dans la sienne, il ne put résister au mouvement de vénération dont il était fortement pénétré, et baisa pieusement cette main sainte et l'anneau pontifical qu'elle portait. » Il saisit même cette occasion pour proposer à Sa Sainteté de se retirer et de lui laisser la faculté de confier à qui bon lui semblerait ses ordres, ses secrets et les choses précieuses auxquelles elle pourrait tenir. Pie VII ne profita point de cette permission. « Quand on ne tient pas à la vie, on est loin de tejiir aux choses de ce monde, » fut son unique réponse. — Prenant alors uniquement sur son prie-Dieu son bréviaire et le christ qu'il avait coutume de porter suspendu sur sa poitrine, il s'assit au pied de son lit, car il était, nous l'avons dit, à la fois fatigué et un peu malade.