‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédites (volume 2)Chapitre 41 sur 80 · SENTENCE DE L'OFFICIALITÉ · texte numérisé non relu

SENTENCE DE L'OFFICIALITÉ

des moyens bien valables. Au moment où il destinait son grand aumônier, le cardinal Fesch, à bénir sa prochaine union avec Marie -Louise, il était à tout le moins bizarre, sinon dangereux, de le dénoncer comme n'ayant pas eu qualité pour consacrer celle qu'il avait précédemment contractée avec Joséphine. L'absence des témoins était une inobservation des règles ordinaires, mais elle pouvait être considérée comme couverte par les pouvoirs généraux de dispense que Pie VII, à la veille du sacre, avait donnés à l'archevêque de Lyon, précisément pour qu'il pût , en dehors des conditions canoniques habituelles , marier religieusement Napoléon et Joséphine ^ Quant au défaut de consentement de l'un des deux époux , cela était autre chose, et l'empereur, qui savait très-bien et très-vite apprendre tout ce qu'il avait intérêt à connaître , n'ignorait pas que partout et toujours aux yeux de l'Église romaine

1. Le cardinal délia Somaglia a toujours dit et répété à qui a voulu l'entendre « qu'au moment de réhabiliter le maritge de Napoléon ayec Joséphine, U^ Fesch, chargé de faire la cérémonie^ alla voir le pape, qui était en ce moment à Paris. « Très-saint-père, lui dit-il, je puis me trouver dans tel cas que j'aie besoin de tous les pouvoirs de Votre Sainteté. — Eh bien! répondit le pape, je vous les donne tous. » Défense de la vérité sur le cardinal Fesch , par un ancien vicaire de W d'Amasie; Lyon, 1842, p. 187.

il y avait dans l'absence du consentement une cause dirimante de nullité.

Suivant la doctrine uKramontaine, qui n'est pas différente , si nous ne nous trompons , de celle qui est professée de ce côté des Alpes, car au fond le droit canon est tout romain, le mariage catholique ne résulte pas intrinsèquement de la bénédiction religieuse; elle en est la consécration, elle n'en forme pas l'essence. Aux yeux de l'Église, un homme et une femme sont valablement unis lorsqu'ils ont juré conjointement devant Dieu de se prendre réciproquement pour époux. Le prêtre n'est que le témoin qui assiste à cet échange de la foi donnée et reçue. Il n'est pas nécessaire qu'il bénisse l'union contractée, ou seulement qu'il en prenne acte, il n'est même pas indispensable qu'il soit témoin consentant; il suffit qu'il soit présent de sa personne, fût-ce involontairement, et des iUariages ainsi contractés, quoique l'Église les blâme, n'en restent pas moins valables à ses yeux quand d'autres motifs n'en réclament pas la nullité. Par contre", l'absence du consentement, quand il n'a pas été virtuellement donné ou suffisamment établi , réduit tout le reste à néant. Yoilà ce que l'empereur savait parfaitement, voilà la thèse qu'il avait invoquée dans l'affaire du

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prince Jérôme et de M"* Patterson , et dont il voulait actuellement s'appliquer à lui-même le bénéfice. A coup sûr, en ce qui le regardait, elle était étrange , on peut même dire qu'elle choquait non pas seulement la délicatesse , mais les maximes de la plus simple droiture et de la plus banale honnêteté.

On a peine à comprendre , en laissant de côté le sentiment religieux de la sainteté du mariage, qu'un tel homme ait consenti à se représenter comme ayant voulu, à la veille de celte grande cérémonie du sacre, tromper h la fois son oncle, qui le mariait, sa femme, qu'il semblait associer avec joie à sa gloire, et le pontife vénérable qui, malgré son âge et ses infirmités, était accouru de si loin pour appeler sur lui les bénédictions du Très-Haut. Tel était cependant le rôle où l'empereur s'abaissait alors volontairement, sans qu'aucune nécessité l'y contraignit, et sans qu'il dût en résulter pour lui le moindre bénéfice; mais l'habitude était prise chez lui d'une politique raffinée et pleine de ruses, n la pratiquait avec une complète insouciance du bien et du mal, alors même que l'immensité de ses triomphes et la complaisance universelle la rendaient si parfaitement inutile au point de vue du

succès, et SOUS le rapport moral si gratuitement dégradante ^

1. Napoléon a presque toujours racheté par an certain éclat dans la forme, à tout le moins par une certaine dignité extérieure d'attitude et de ton, ce que le fond même' de ses actions laissait parfois à «lésirer. Il ne paraît point que, pendant Tinstruction du procès suivi devant Tofficialité de Paris, l'empereur ait eu occasion de s'exprimer personnellement sur les circonstances de son mariage religieux de 1804. On conserve pourtant au dépôt des archives impériales des papiers où se trouve officiellement consignée par les dépositions des témoins qui ont parlé en son nom et sous son évidente inspiration la version qu'il désirait accréditer au sujet de son non-consentement au mariage contracté avec l'impératrice la veille du sacre. Nous aurions aimé à les consulter. Dans ces pièces, mises autrefois sous les yeux de M. Thiers, peut-être aurions-nous rencontré quelques détails qui nous auraient servi à atténuer dans une certaine mesure aux yeux de nos lecteurs l'étrange attitude prise en cette circonstance par le chef du premier empire. Gela ne nous a malheureusement pas été possible, les ordres les plus formels ayant été récemment donnés pour qu*on ne nous communiquât aucun des documents des archives impériales. Môme chose nous était déjà advenue l'année dernière quand, à propos des relations entre l'empereur et le saint-siége, nous avions témoigné le désir de consulter les archives du ministère des affaires étrangères. De ces refus successifs, contre lesquels nous n'entendons pas élever d'ailleurs la moindre réclamation, il résulte que, possesseur de nombreux documents , de beaucoup de manuscrits et de mémoires provenant de source nationale ou étrangère , mais dont la teneur n^est pas systématiquement favorable au premier empire^ nous n'avons pas pu les contrôler aussi rigoureusement que nous l'aurions désiré avec les pièces gardées soit aux archives impériales, soit au département des affaires étrangères. Nous le regrettons d'autant plus que les bienveillantes et sagaces ûommunications qui nous

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ont été faites avec une si parfaite obligeance dans d'autres départements ministériels nous ont mis souvent à môme de découvrir la fausseté de beaucoup de sottes imputations qui, de 1814 à 1816, ont été méchamment dirigées contre la mémoire de Napoléon P'. Encore nne fois, nous espérons bien ne jamais nous tromper sur rien d'essentiel , ni même sur des détails relativement importants , car notre circonspection est extrême^ et nous travaillons sur un fonds de documents authentiques presque quotidiens et parfaitement irrécusables. Cependant, s'il arrivait que^ par suite de l'ignorance involontaire où nous avons été laissé des motifs qni^ en telle ou telle occasion, ont pu déterminer les actes de Napoléon P% nous ayons bien malgré nous laissé subsister un peu plus d'ombre et de taches que nous n'aurions souhaité autour de cette grande figure, il est bon que nos lecteurs sachent d'où cela provient, et que cela ne serait pas tout à fait notre faute.

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