‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédites (volume 2)Chapitre 52 sur 80 · Lettre de Fouché au ministre des cultes 5 avril · texte numérisé non relu

Lettre de Fouché au ministre des cultes 5 avril

ne se sont pas rendus à la cérémonie du mariage religieux. Le ministre leur dira..., que sans le pape ils ne sont rien, et que, dans le cas où ils auraient une juridiction, la minorité aurait dû obéir à la majorité, que Sa Majesté a vu dans leur conduite le môme esprit de rébellion qu'ils ont manifesté depuis dix ans, et qui a obligé Sa Majesté à s'emparer de Rome , et qui les a induits à porter le pape à fulminer contre lui une excommunication qui est la risée des contemporains et ne le sera pas moins de la postérité. Sa Majesté avait méprisé leurs démarches et les avait interprétées dans un esprit de charité, voulant ainsi se dissimuler leurs mauvaises intentions; mais ils ont présentement comblé la mesure par les discours tenus dans leurs conciliabules... Il était donc temps qu'ils se souvinssent que Sa Majesté tenait le glaive de la loi pour frapper les mauvais prêtres et les traîtres à l'État. En général, poursuivait la note, il faut laisser entrevoir dans le discours que, si on leur fait leur procès , comme on ne connaît pas de juridiction ecclésiastique en France, il n'y a rien qui empêche qu'ils soient condamnés. . . Ils doivent apercevoir aussi que c'est parce qu'on les considère déjà comme condamnés qu'on ne veut plus qu'ils portent les distinctions

ecclésiastiques ni le costume des cardinaux ^. » tt Les ordres que Votre Majesté a donnés mercredi ont été ponctuellement exécutés , répond aussitôt le comte Bigot de Préamen^u. Les treize cardinaux ont été réunis chez moi dans la même journée. Je leur ai parlé avec toute l'énergie dont je suis capable, et ils sont restés dans un état de confusion et de stupeur*. » Ce que le comte Bigot de Préameneu ne dit pas, c'est que Fouché avait assisté à l'entrevue, et qu'il avait paru, aussi bien que lui-même, assez touché de la réponse des cardinaux. Les treize cardinaux avaient en effet doucement représenté que, s'ils avaient tenu la conduite qui leur était reprochée, c'était par devoir et non à coup sûr pour leur plaisir; qu'ils ne s'étaient point cachés de leur intention , puisqu'ils l'avaient annoncée au cardinal Fesch, à l'oncle même de l'empereur, comme étant leur collègue , et pour donner, en se servant de son intermédiaire, le moins de publicité possible à la chose ; que c'était en vérité une manière toute nouvelle de conspirer que d'avertir

1. Note en date du 5 avril 1810 écrite tout entière de la main du duc de Bassano. Cette note n'est pas insérée dans la Correspondance de Napoléon U^.

ï. Lettre du comte Bigot de Préameneu à Tempereur, 0 avril

celui contre lequel le complot était dirigé. Consaivi n'oublia pas de rappeler qu'il avait proposé un tnezzo termine qui , s'il avait été adopté , aurait évité tout esclandre. L'accusation flétrissante de rébellion qu'on voulait faire tomber sur leur tète était donc aussi mal fondée qu'injurieuse à leur caractère et à leur dignité ; c'était là surtout ce qu'ils priaient le ministre des cultes de faire connaître à Sa Majesté , car c'était la seule chose qui leur tint au cœur, étant préparés à tout le reste ^

L'idée d'une lettre à écrire à Sa Majesté fut alors mise sur le tapis par les deux ministres, évidemment très-contrariés de la mission qu'ils avaient à remplir, et qui redoutaient ouvertement un éclat , « non pas seulement, disaient -ils, par intérêt pour les cardinaux, mais aussi pour le bien de l'empire, ne sachant pas trop comment tout cela allait finir *. « On se mit à discuter devant eux les termes de la lettre ; mais parmi les cardinaux, tous également épouvantés, il y en avait plusieurs qui, n'entendant pas le français et ne comprenant pas bien ce qu'on exigeait d'eux, se laissaient aller à prononcer des paroles as-

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