‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédites (volume 2)Chapitre 53 sur 80 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

sez maladroites parce qu'elles étaient ou trop humbles ou trop compromettantes. L'habile Consalvi, toujours de sang-froid, coupa court à cette confusion en promettant que le lendemain de très-bonne heure le ministre des cultes recevrait la lettre qu'il avait désirée. Quand on relit les termes de cette lettre si parfaitement convenable, d'un ton si sage, si mesuré, si modeste, on se demande avec étonnement comment elle n'a pas réussi à désarmer la colère de l'empereur ^ Il n'en fut rien cependant. Napoléon ne se relâcha pas d'une seule des mesures de rigueur qu'il avait arrêtées dans les premiers accès de son ressentiment. Les malheureux condamnés, puisqu'il les considérait comme tels, furent obligés de se dépouiller le jour même des insignes cardinalices, et de revêtir le costume des simples ecclésiastiques, ce qui donna lieu à la dénomination de cardinaux rouges et de cardi--

^ . « Dichiarano inoltre che non hanno mai voluto in animo ne di farsi guidici , ne dispargere dubbii suUa validita dello sciogliamento del primo matrimonio, ne intorno alla légitimité del secundo, ne produre incertezza circa la successione al trono dei figlii che ne nascerono. Supplicano finalmente V. M. di accettare queste loro umili e sincère dichiarazioni unité ai sentiment! di quel profundo rispetto, 6 di quella dovuta obbedienza e sommissione che hanno Tonore di professarle. » — Lettre signée par les treize cardinaux italiens , 6 avril 1810.

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naux noirsy par laquelle ou désigna désormais les deux partis du sacré-collége. Ils furent en outre privés de leurs biens tant ecclésiastiques que patrimoniaux, qui furent mis sous le séquestre. On ne saisit pas seulement leurs revenus, on les versa au trésor, en même temps qu'on faisait mettre le scellé sur leurs meubles ; de façon que, pour vivre, la plupart se virent réduits à puiser dans la bourse de leui^s amis, ou bien à recourir aux subsides charitables de quelques personnes pieuses dont Tassistance ne leur fit jamais défaut, mais ne manqua point, comme nous le verrons plus tard, d'exciter derechef contre eux la colère de l'empereur. Quant à ce qui regardait leurs personnes, le traitement ne fut pas moins sévère. L'empereur les exila deux par deux à Reims, à Rethel, à Mézières, à Saint^Quentin, à Sedan, à Charleville; trois d'entre eux furent internés à Sémur. Partout ils furent placés sous la surveillance de la police. Pour ajouter au désagrément de celte dispersion, on avait pris soin de mettre ensemble ceux des cardinaux qui se convenaient le moins ; chacun d'eux dut rester dans la résidence qui lui avait été assignée jusqu'au moment de la signature du concordat de Fontainebleau.

Les réflexions se pressent dans l'esprit, et Ton se

sent péniblement affecté quand on voit, dans toutes les affaires où la religion se trouve incidemment mêlée, Tempereur en venir si vite aux mesures de rigueur, et recourir si résolument à ]â persécution comme à son arme naturelle. Dans son différend avec les cardinaux italiens à propos de l'annulation de son premier mariage religieux, il n'y avait pas, comme dans sa querelle avec le pape, de question de souveraineté territoriale engagée. Ce n'était point là affaire de prince à prince; mais il s'agissait d'un intérêt polilique très-considérable et de l'avenir même de sa dynastie. Dès lors, toute autre considération mise de côté, les sévices commencent de sa part, et rien ne Tarrétera plus. Comme naguère il faisait un pape prisonnier, il donne maintenant leur démission à des évéques et dépouille des cardinaux de leur pourpre ; il fera plus : il frappera également les simples prêtres, et parmi eux, dans son œuvre la plus chère, le plus vénérable d'eux tous, celui-là même que tout à Theure il exaltait si fort, l'abbé Émery, à qui, suivant ses confidences au comte Mole, il aurait été peu de temps auparavant si heureux de confier le sort des générations à venir.

Qu'avait donc fait l'abbé Émery, et quel était son crime? 11 n'en avait commis aucun; mais son malheur

avait voulu que le cardinal della Somaglia l'eût consulté pour savoir s'il devait assister au mariage religieux de l'empereur. « Je n'aurais point d'objection à m'y rendre, si mon rang m'y appelait, avait répondu le sage et consciencieux théologien, puisque je crois valable l'annulation du premier mariage; mais, si dans le for de votre conscience vous avez une opinion contraire, peut-être ferez-vous mieux de n'y aller pas, car la conscience oblige. » Yoilà dans toute sa noirceur la faute de l'abbé Émery, et le cardinal della Somaglia, sommé par lui, attesta par écrit qu'il ne lui avait pas donné un autre conseil, ni prononcé une parole de plus ; mais cela était trop encore. Il fallait punir l'abbé Émery. Après avoir détruit toutes les congrégations d'oratoriens, de lazaristes, de pères de la doctrine, l'empereur était maintenant résolu à dissoudre les sulpiciens *. « Ce sont des gens qui s'attachent à des minuties, » s'était écrié l'empereur *, et

1. «Il convient que le séminaire de Saint-Sulpice change tout à fait de main et de nature à dater d^après-demain... Le ministre des cultes fera connaître dans la journée de demain les intentions de l'empereur aux grands vicaires de Paris et à M. Émery. ( Palais de Saint-Gloud, 13 juin 1810.) » — - Cette note, dont copie est déposée au secrétariat de rarchevêché de Paris , n'est pas insérée dans la Correspondance de Napoléon /«".

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