OEuvre$ complètes du cardinal Pacca, t. 1*^. p
aussi, quoiqu'il ne fut pas de sa personne sur les lieux, le roi Joachim Murât.
Napoléon a toujours dit, il a écrit dans ses Mémoires, il a répété plusieurs fois à M. de Las Cases, dans ses conversations à Sainte-Hélène, qu'il n'avait jamais donné l'ordre d'arrêter le pape. Lorsqu'il émettait cettre prodigieuse assertion, Napoléon I" ne se doutait pas que sa correspondance serait plus tard officiellement publiée par Napoléon IIL De Schœnbrunn, oîi il résidait encore le 17 juin 1809, c'est-à-dire sept jours après que la bulle d'excommunication avait été affichée à Rome, l'empereur écrivait au roi de Naples : « Vous avez vu par mes décrets que j'ai fait beaucoup de bien au pape ; mais c'est à condition qu'il se tiendra tranquille. S'il veut faire une réunion de cabaleurs, tels que le cardinal Pacca, il n'en faut rien souffrir et agir à Rome comme j'ai agi envers le cardinal archevêque de Paris. J'ai voulu vous donner cette explication. » Au 17 juin, peut-être l'empereur n'avait pas reçu encore les nouvelles de Rome du 10 juin; mais certainement elles étaient parvenues à Schœnbrunn le 19 juin. A cette date, le général MioUis avait eu le temps de prévenir l'empereur et de prendre ses ordres. Voici la réponse qu'il en recevait : « Je vous ai confié le soin de maintenir la tranquillité dans mes États de Rome. Vous ne devez soutfrir aucun obstacle... Vous devez faire
arrêter, même dans la maison du pape, tous ceux qui trameraient contre la tranquillité publique et contre la sûreté de mes soldais. Un prêtre abuse de son caractère et mérite moins d'indulgence qu'un autre, lorsqu'il prêche la guerre et la désobéissance à la puissance temporelle, et lorsqu'il sacrifie le spirituel aux intérêts de ce monde que rÉvangile dil4«'être pas le sien ». »
La lettre écrite à la même date à son beau-frère le roi de Naplos est plus explicite encore; les termes n'en laissent rien dans le vague. « Je vous ai déjà fait connaître que mon intenlion était que les affaires de Rome fussent menées vivement et qu'on ne ménageât aucune espèce de résistance. Aucun asile ne doit être respecté, si on ne se soumet pas à mes décrets, et, sous quelque prétexte que ce soit, on ne doit souffrir aucune résistance. Si le pape, contre l'esprit de son état et de l'Évangile, prêche la révolte et veut se servir de l'immunité de sa maison pour faire imprimer des circulaires, on doit Varréter. Le temps de ces scènes est passé. Philippe le Bel fit arrêter Boniface, et Charles-Quint tint longtemps en prison Clément Vil, et ceux-là avaient fait encore moins. Un prêtre qui prêche aux puissances temporelles la discorde et la guerre, au lieu de la paix, abuse de son ca-
1. Lettre de l'empereur au général Miollis, 19 juin 1809. — Correspondance de Napoléon /«', I. XIX, p. 137.
raclèrei. » Le roi xMurat et le général Miollis savaient désormais à quoi s'en tenir et ce que l'empereur désirait d'eux. Ils se mirent en devoir de l'accomplir.
1. L'empereur Napoléon au roi Joacliim Murât, 19 juin 1809. — Cuii-espo)idance de Napoléon /«r, t. XIX, p. 138.