‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 3)Chapitre 49 sur 81 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

CÉKÉMONIE DU MABfAGE 273

trop compromettantes. L'habile Consalvi, toujours de sang-froid, coupa court à cette confusion en promettant que, le lendemain de très-bonne heure, le ministre des cultes recevrait la lettre qu'il avait désirée. Quand on relit les termes de cette lettre si parfaitement convenable, d'un ton si sage, si mesuré, si modeste, on se demande avec étonneraenl comment elle n'a pas réussi à désarmer la colère de l'empereur*. Il n'en fut rien cependant. Napoléon ne se relâcha pas d'une seule des mesures de rigueur qu'il avait arrêtées dans les premiers accès de son ressentiment.

Les malheureux condamnés, puisqu'il les considérait comme tels, furent obligés de se dépouiller le jour même des insignes cardinalices, et de revêtir le costume des simples ecclésiastiques , ce qui donna lieu à la dénomination de cardinaux rouges et de cardinaux noirs, par laquelle on désigna désormais les deux partis du sacré

1. « Dichiarano inoltre che non hanno mai \olato in animo ne di farci giudici, ne dispargere dabbii saila validita dello seiogliainento del primo matrimonio, ne intorno alla légitimité del secundo, ne produre incertezza eirea la successione al trono dei figlii che ne nascerono. Sopplicano finalmente V. M. di acceltare qaeste ioro umili e sincère dicbiarazioni unité ai sentimenti di quel profundo rispetto, e di quolla dovuta obbedienza e sonmi.<:sione che banno l'oiiore di professarle. » — Lettre signée par les treize cardinaux italiens, 6 avril 1810.

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collège. Ils furent, en outre, privés de leurs biens tant ecclésiastiques que patrimoniaux, qui furent mis sous le séquestre. On ne saisit pas seulement leurs revenus, on les versa au Trésor, en même temps qu'on faisait mettre le scellé sur leurs meubles ; de façon que , pour vivre , la plupart se virent réduits à puiser dans la bourse de leurs amis, ou bien à recourir aux subsides charitables de quelques personnes pieuses dont l'assistance ne leur fit jamais défaut, mais ne manqua point, comme nous. le verrons plus tard, d'exciter derechef contre eux la colère de Tempereur. Quant à ce qui regardait leurs personnes , le traitement ne fut pas moins sévère. L'empereur les exila deiLx par deux h Reims, à Kethel, à Mézières, à Saint-Quentin, à Sedan, à Charleville ; trois d'entre eux furent internés à Semur. Partout ils furent placés sous la surveillance de la police. Pour ajouter au désagrément de celte dispersion, on avait pris soin de mettre ensemble ceux des cardinaux qui se convenaient le moins; chacun d'eux dut rester dans la résidence qui lui avait été assignée jusqu'ali moment de la signature du concordat de Fontainebleau.

Les réflexions se pressent dans l'esprit , et l'on se sent péniblement affecté quand on voit, dans toutes les affaires oii la religion se trouve incidemment mêlée, l'empereur en venir si vite aux mesures de rigueur, et recourir si résolument à la persécution comme à son arme naturelle.

CÉRÉMOME DU MARIAGE *T5

Dans son différend avec les cardinaux italiens à propos de l'annuialion de son premier mariage religieux, il n'y avait pas, comme dans sa querelle avec le pape, de question de souveraineté territoriale engagée. Ce n'était point là affaire de prince à prince; mais il s'agissait d'un intérêt politique très-considérable et de l'avenir même de sa dynastie. Dès lors, toute autre considération mise de côté, les sévices commencent de sa part, et rien ne l'arrêtera plus. Comme naguère il faisait un pape prisonnier, il donne maintenant leur démission à des évèques et dépouille des cardinaux de leur pourpre; il fera plus : il frappera également les simples prêtres, et, parmi eux, dans son œuvre la plus chère, le plus vénérable d'eux tous, celui-là même que tout à l'heure il exaltait si fort , l'abbé Émery, à qui, suivant ses confidences au comte Mole, il aurait été, peu de temps auparavant, si heureux de confier le sort des générations à venir.

Qu'avait donc fait l'abbé Émery, et quel était son crime? Il n'en avait commis aucun; miiis son malheur avait voulu que le cardinal délia Somaglia l'eût consulté pour savoir s'il devait assister au mariage religieux de l'empereur. « Je n'aurais point d'objection à m'y rendre, si mon rang m'y appelait, avait répondu le sage et consciencieux théologien , puisque je crois valable l'annulation du premier mariage ; mais , si dans le for de votre conscience vous

avez une opinion contraire, peut-être ferez-vous mieux de n'y aller pas , car la conscience oblige. » Voilà dans toute sa noirceur la faute de l'abbé Émery, et le cardinal délia Somaglia, sommé par lui, attesta par écrit qu'il ne lui avait pas donné un autre conseil, ni prononcé une parole de plus; mais cela était trop encore. 11 fallait punir l'abbé Émery. Après avoir détruit toutes les congrégations d'oratoriens, de lazaristes, de pères de la doctrine, l'empereur était maintenant résolu à dissoudre les sulpiciens *. « Ce sont des gens qui s'attachent à des minuties, » s'était écrié l'empereur 2, et l'ordre fut donné à M. l'abbé Émery de quitter son séminaire , de n'avoir plus de rapports avec les membres de son ordre. Défense même lui fut faite de paraître désormais au milieu de ses anciens élèves^; c'était blesser au plus profond de son cœur, c'était presque tuer de sa main le malheureux vieillard, déjà presque octogénaire.

1. a II convient que le séminaire tle Saint-Sulpice cliange tout à fait de main et de nature à dater d'après-demain... Le ministre des cultes fera connaître dans la journée de demain les intentions de l'empereur aux grands vicaires de Paris et à M. Émery. (Palais de Saint-CIoud, 13 juin 1810.) » Cette note, dont copie est déposée au secrétariat de l'archevêclié de Paris, n'est pas insérée dans la Correspondance de Napoléon /er.

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