Lettre de Fouclié au ministre des cultes, .*> avril
naux devant une commission spéciale avait paru un peu forte h Fouclié lui-même. L'empereur, se ravisant alors, dicta à M. le duc de Bassano une note ainsi conçue :
« Le ministre des cultes enverra chercher et réunira ensemble dans son hôtel les treize cardinaux qui, sans empêchement résultant de cause de santé, ne se sont pas rendus à la cérémonie du mariage religieux. Le ministre leur dira... que sans le pape ils ne sont rien, et que, dans le cas où ils auraient une juridiction , la minorité aurait dû obéir à la majorité; que Sa Majesté ,a vu dans leur conduite le même esprit de rébellion qu'ils ont manifesté depuis dix ans , et qui a obligé Sa Majesté à s'emparer de Rome, et qui les a induits à porter le pape à fulminer contre lui une excommunication qui est la risée des contemporains et ne le sera pas moins de la postérité. Sa Majesté avait méprisé leurs démarches et les avait interprétées dans un esprit de charité, voulant ainsi se dissimuler leurs mauvaises intentions; mais ils ont présentement comblé la mesure par les discours tenus dans leurs conciliabules... Il était donc temps qu'ils se souvinssent que Sa Majesté tenait le gîaive de la loi pour frapper les mauvais prêtres et les traîtres à l'État. En général, poiysuivait la note, il faut laisser entrevoir dans le discours que, si on leur fait leur procès , comme on ne connaît pas de juridiction ecclésiastique en France, il n'y a lien
CÉRÉMONIE DU MARIAGE n\
qui empêche qu'ils soient condamnés... Ils doivent apercevoir aussi que c'est pnrce qu'on les considère déjà comme condamnés qu'on ne veut plus qu'ils portent les distinctions ecclésiastiques ni le costume des cardinaux ' . »
« Les ordres que Votre Majesté a donnés mercredi ont été ponctuellement exécutés, répond aussitôt le comte Bigot de Préameneu. Les treize cardinaux ont été réunis chez moi dans la même journée. Je leur ai parlé avec toute l'énergie dont je suis capable, et ils sont restés dans un état de confusion et de stupeur =. » Ce que Je comte Bigot de Préameneu ne dit pas, c'est que Foachc avait assisté à l'entrevue , et qu'il avait paru , aussi bien que lui-même, assez touché de 1\ réponse des cardinaux. Les treize cardinaux avaient eu effet doucement représenté que , s'ils avaient tenu la conduite qui leur était reprochée, c'était par devoir et non à coup sûr pour leu;* plaisir; qu'ils ne s'étaient point cachés de leur intention, puisqu'ils l'avaient annoncée au cardinal Fesch, à l'oncle même de l'empereur, comme étant leur collègue , et pour donner, en se servant de son intermédiaire , le moins de publicité possible à la chose; que c'était en vérité une ma-
1. Note en date da 5 avril 1810, écrite tout entière de la main du doc de Bassano. Cette note n'est pas insérée dans la Correspondance de Nnpolèon I".
i. Lf lire dn comte Bisot de Préamenen i l'empereur. 6 avril 1810.
nière toute nouvelle de conspirer que d'avertir celui contre lequel le complot était dirigé. Consalvi n'oublia pas de rappeler qu'il avait proposé un 7nezzo termine qui , s'il avait été adopté, aurait évité tout esclandre. L'accusalion flétrissante de rébellion qu'on voulait faire tomber sur leur tête était donc aussi mal fondée qu'injurieuse à leur caractère et à leur dignité : c'était là surtout ce qu'ils priaient le ministre des cultes de faire connaître à Sa Majesté , car c'était la seule chose qui leur tint au cœur, étant préparés à tout le reste K
L'idée d'une lettre à écrire à Sa Majesté fut alors mise sur le tapis par les deux ministres, évidemment très-contrariés de la mission qu'ils avaient à remplir, et qui redoutaient ouvertement un éclat, « non pas seulement, disaient-ils, par intérêt pour les cardinaux, mais aussi pour le bien de l'Empire, ne sachant pas trop comment tout cela allait finir » 2. Ou se mit à discuter devant eux les termes de la lettre ; mais, parmi les cardinaux , tous également épouvantés, il y en avait.plusieurs qui, n'entendant pas le français et ne comprenant pas bien ce qu'on exigeait d'eux , se laissaient aller à prononcer des paroles as SBz maladroites parce qu'elles étaient ou trop humbles ou