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avec laquelle, il venait d'écrire au comte Maret un assez singulier, billet dans lequel il se vantait d'être maintenant no7i moins apostolique et plus chrétien que son auguste correspondant, l'ancien empereur d'Allemagne', Napoléon faisait savoir à M. Bigot de Préameneu « qu'il approuvait de commencer par faire venir d'abord à Paris les cardinaux français. Ce premier pas fait, on verrait, disait-il, ce qu'il serait convenable de faire pour les cardinaux du royaume d'Italie 2 », Le lendemain, les yeux toujours tournés vers Rome, il écrivait de nouveau à son ministre des cultes afin qu'il lui fit un rapport sur cette question : « Qu'est-ce qui constitue les secrétaireries papales pour l'exercice du gouvernement spirituel de l'Église? Quels sont les individus qui les composent ? comment sont-ils? où sont-ils? Prenez des renseignements et rendez-m'en compte, afin que je prenne une résolution 3. »
Nous avons déjà dit quelle fut la résolution définitive
1. Voyez le billet de l'empereur au comte Maret, secrétairo d'État, et le projet de lettre à l'empereur d'Autriche, Scliœnbrunn, 23 septembre 1809. — Correspondance de l'empereur J\apoléo7i /«f, t. XIX, p. 491.
2. Lettre de l'empereur à M. le comte Bigot de Préameneu, Schœnbrunn, 23 septembre 1809. Cette lettre n'est pas insérée dans la Correspondance de Napoléon /«■■.
3. Lettre de l'empereur au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, Schœnbrunn, 24 septembre 1809. — Correspondance de Napoléon /e'-, t. XIX, p. 506.
de l'empereur à l'égard des membres du sacré collège. Nos lecteurs se souviennent sans doute qu'à peine rentré en France après le traité de paix signé à Vienne, le 1 4 octobre 1809, Napoléon n'avait rien eu de plus pressé que de faire arriver en grande hâte à Paris, non-seulement les cardinaux qu'il appelait français parce qu'ils étaient nés dans les provinces maintenant annexées à son empire, •nais encore tous ceux du royaume d'Italie. Un très-petit nombre de dispenses avait été assez difficilement accordé à quelques vieillards infirmes et presque moribonds, pour lesquels ce voyage avait été reconnu matériellement im- |X)ssible. Nous avons eu occasion de raconter comment, à l'exception du cardinal Consalvi, ces grands dignitaires de rf^glise romaine avaient, sans de trop vives répugnances, accepté de toucher sur les fonds du trésor impérial un traitement égal a celui de leurs collègues, les cardinaux d'origine française. Nous avons même dû noter en passant la surprise involontaire qu'avait éprouvée l'ancien secrétaire d'État et l'ami intime de Pie VII en voyant ces conseillers naturels du souverain pontife se mêler un peu trop volontiers, suivant lui, aux fêtes de la cour impériale, et mener, au milieu de la brillante société parisienne, une vie qui ne laissait pas que de contraster assez étrangement avec celle qui était alors imposée au malheureux prisonnier de Savone.
Peut-être la complaisance toute méridionale qui les avait portés à s'accommoder si vite et si aisément aux conditions extérieures de leur nouvelle existence avait-elle contribué à tromper Napoléon sur la véritable nature de leurs secrètes dispositions. Le fait est qu'il ne se donna guère la peine de faire entre eux aucune différence. Les ayant tous vus réunis autour de son trône également craintifs et unanimement respectueux, l'idée ne lui était pas venue qu'il y en eiJt dans le nombre d'assez osés pour s'opposer jamais, par des motifs de conscience, à ses volontés clairement manifestées. Le refus signifié par écrit de tenter sous ses auspices aucune démarche collective auprès de leur chef captif l'avait jeté dans une première et violente surprise; son indignation, ses emportements et ses rigueurs n'avaient plus connu de bornes alors que, par des scrupules du même genre, la moitié des cardinaux italiens présents à Paris (treize contre quatorze) avaient refusé d'assister à la cérémonie religieuse de son mariage avec l'impératrice Marie-Louise, Pareille déception, moins publique, il est vrai, beaucoup moins retentissante, mais non moins significative, l'attendait à Rome, et cette fois encore motivée par son mépris affiché, parlons plus exactement, par son incurable ignorance des délicats mobiles de la conscience religieuse.
L'empereur, également désireux de mettre sous son
influence la notable portion du clergé italien qu'il avait dii nécessairement laisser en grande partie dans les anciens États pontificaux, et non moins soucieux de se rendre maître de l'esprit des prélats romains que de celui des cardinaux, avait pris ses dispositions en conséquence. Le général Miollis était muni à Rome des mêmes instructions que M. le comte Bigot de Préameneu h Paris, et , comme lui, il avait à sa disposition un assez large crédit destiné à subvenir aux besoins des anciens fonctionnaires ecclésiastiques du gouvernement pontifical qui auraient recours à sa munificence. Mais , .si la tâche était la même de l'un et de l'autre côté des Alpes, le résultat en fut tout différent. C'était grâce à son adresse, à ses infinis ménagements, par suite surtout de l:i sincère bienveillance qu'il ressentait pour eux, que le ministre des cultes était parvenu à fnire accepter aux cardinaux romains un traitement qu'il avait eu l'art de leur présenter, et que la plupart conpidéraient, de bonne foi peut-être, comme le juste remboursement de leurs dépenses de voyage, et comme une naturelle indemnité pour les frais de leur entretien dans une ville étrangère.
A Rome, la situation ne se présentant pas sous cet aspect, les choses s'y passèrent tout autrement. Soit, en effet, que le général Miollis, malgré son esprit conciliant et sa modération accoutumée, ait agi en cette occasion
310 L'KGLISli ROMAINE ET LE PREMIER EMPIRE
plus en militaire qu'en diplomate, soit qu'il fût moins, malaisé de contrarierrempereuràceuxqui étaient placés loin de lui qu'à ceux qui résidaient à sa propre cour et sous le coup de sa redoutable main, soit enfin que l'indépendance de caractère (ce qui s'est vu ailleurs que dans les rangs du clergé) n'ait rien à voir avec l'élévation du grade, toujours est-il qu'à Rome les employés secondaires de l'ancien gouvernement pontifical ne voulurent point suivre l'exemple qui leur avait été donné de Paris par les cardinaux, c'est-àdire par les chefs les plus éminents de la hiérarchie ecclésiastique. Au 17 mars 1810, huit mois après qu'il avait ordonné l'enlèvement de Pie YIl au Quirinal, le général Miollis était obligé de convenir qu'il avait complètement échoué dans sa mission. Pas un des anciens serviteurs du saint-père n'avait voulu accepter une obole de sa main. C'est en vain qu'il avait fait ouvrir des crédits mensuels pour tes traitements des membres de la maison du pape et des premiers dignitaires de la cour de Rome : « Ils ont évité de les toucher, écrit-il assez piteusement à M. Bigot de Préaineneu; on leur a dit de se faire inscrire pour leur pjye; ils sont restés également passifs et paraissent recevoir de l'argent par des voies particulières *. » Refuser obstinément ses l)ienfaits, et, ce qui était plus
1. LcUie du général Miollis au niiiiislie des cultes, 17 mars 1810.
grave^encore, accepter les secours qui leur arrivaient par un canal mystérieux et probablement hostile, c'étaient là lutantde crimes irrémissibles aux yeuxde l'empereur. Mais les moyens ne lui faisaient pas défaut pour tirer vengeance d'une opposition d'autant plus insupportable qu'elle était loute morale et purement passive. Il ne permettrait à per- ■ onne, et à des ecclésiastiques devenus ses sujets moins [u'à qui que ce soit, de se dérober ainsi à l'empire qu'il entendait exercer non pas seulement sur les faits extérieurs, mais sur l'âme même et les sentiments les plus intimes de tous ceux qui étaient rangés sous ses lois. On ne larderait pas à s'apercevoir qu'il avait à sa disposition les armes les plus diverses, propres à atteindre également toute sorte de rebelle^. Malheureusement pour eux, et malheureusement aussi pour Napoléon, celles qu'il se proposait en ce moment de tourner contre le clergé récalcitrant des anciens Étals romains étaient d'une double nature, relevant plutôt du pouvoir spirituel que de la puissance temporelle. Malgré ses prétentions de fraîche date, le maniement délicat n'en était pas encore aussi familier à l'empereur que l'avait été de tout temps l'emploi des formidables engins de guerre qui l'avaient jusqu'alors aidé à triompher de tous ses adver«aires.
' Dans celte lutte d'un genre si nouveau pour lui, Napoléon ne devait plus- désormais atteindre l'ennemi qu'en se
blessant des coups frappés par ses propres mains. Les blessures qu'il reçut de l'autre côté des Alpes ne furent pas encore bien oangercuses. Mais , engagée à propos des mêmes questions, poursuivie par les mêmes procédés, aboutissant aux mêmes résultats, la querelle religieuse de l'empereur avec le clergé romain est pour ainsi dire le prélude de celle qu'il a plus tard portée devant le concile national de 1811. Cest pourquoi, avant de parler des atfaires intérieures de l'Église de France, il convient d'abord de rendre compte de ce qui s'était p.issé à ce sujet en Italie.