‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 3)Chapitre 69 sur 81 · PIE VII AO CARDINAL CAPRARA · texte numérisé non relu

PIE VII AO CARDINAL CAPRARA

3 mars isos.

Animé de cet esprit de douceur qui dès le principe a été la règle de notre conduite, malgré les douloureuses vicissitudes que Sa Majesté l'empereur et roi Napoléon nous a fait endurer, nous nous sommes abstenu de faire ce que, relativement au séjour de nos représentants, nous eussions élé en droit d'exécuter le lendemain de la violation de notre résidence, et d'après les hostilités que nous avons souffertes par l'occupation de celte capitale du catholicisme. L'espérance que Sa Majesté serait satisfaite du contenu de la note du 28 janvier, dans laquelle nous portions notre condescendance jusqu'au point où notre conscience et nos devoirs sacrés peuvent le permettre, soutint notre courage. Mais celte espérance vient de nous être enlevée. La lettre de votre collègue ( le cardinal de Bayane), du 16 février, l'a enlièrement détruite, puisqu'elle nous fait connaître la résolution détinitive de Sa Majesté, de nous priver de suite et pour toujours de la souveraineté temporelle, si immédialcuient nous ne nous prêtons à sa volonté, m. 29

Aussitôt cette intimation péremptoire, nous avons vu partir à l'improviste , sous l'apparence de congé . l'ambassadeur de France, et commettre sous nos yeux, sans avoir aucun égard à notre digniié, les violences les plus marquées. Nous avons vu qu'on s'emparait de notre administration des postes, qu'on incorporait avec violence nos soldats dans les troupes françaises, qu'on les assujettissait aux mômes commandements , qu'on punissait ceux qui, d'après nos ordres, ne pouvaient exécuter ceux d'autrui. Enfin qu'on avait porté les violences jusqu'à mettre la main sur quatre de nos cardinaux et les conduire <à Naples au milieu de la force armée , excès auxquels il ne manque que la violation de noire personne elle-même pour que l'on dise quo le scandale a été complet.

Dans cet éiat de cho^es, notre longanimité devient une faute, cl il ne nous est plus absolument permis de ne pas faire connaître au moins les douleurs et l'horreur que nous éprouvons pour ce qui vient d'arriver. Nous ne pouvons, par le séjour de nos représentants, donner lieu plus longtemps, à penser que nous ne sommes pas profondément blessé de la persécution que l'on nous fait souffrir et de l'oppression du s.iint- siège. Nous vous expédions donc celte lettre par un courrier extraordinaire, et nous vous donnons expressément l'ordre de faire connaître notre résolution sans le moindre relard au ministre de Sa Majesté, en mettant cette lettre sous ses yeux, ou même sous ceux de l'empereur, s'il était nécessaire.

Nos intentions sont que, si Sa Majesté persiste dans les intentions auxquelles nous ne pouvons adhérer, si elle n'est pas satisfaite par le contenu de notre note du 28 janvier, et si notre capitale n'est pas sans relard é\acuée par les troupes françaises, vous demandiez vos passe-ports, et, après avoir enlevé vos armes, vous partiez immédialement avec le cardinal de Bayane , notre légat extraordinaire, pour venir partager

avec nous el vos confrères le son qui nous est résçrvé. Nons ne voulons pas croire qu'on vous refuse les passe-ports, mais encore, si cela était, notre volonté absolue est que vous partiez sans eux, au risque de souffrir une violence personnelle, qui n'en sera qu'une de plus ajouice à celles souffertes sous nos yeux par vos confrères, et à celles endurées par nouswème à la face de toute l'Europe. Si on exécute une telle violence personnelle, nous voulons que dès ce moment soient suspendus tous les pouvoirs dont vous et vos collègues avez été par nous investis, et nous vous en défendons tout usage sans exception aucune*. Nous vous ordonnons , en vertu de l'obéissance que vous nous avez jurée et des devoirs qui en dérivent, l'entière el exacte observation de nos ordres, sans vous permettre d'élever aucune considération sur les effets que vous croiriez pouvoir eu résulter , attendu que c'est notre pensée pensiero), notre affaire, et non la vôtre.

Tel est ce que, dans la profonde douleur de notre cœur , nous avons dû vous signifier, contraint par nos devoirs et par la nécessité de faire disparaître le scandale de noire coupable longanimité. Prenant notre confiance dans l'assistance divine et mettant dans les mains de Dieu notre cause et celle de rÉ^lise , nous terminons en vous donnant notre bénédiction apostolique.

Donné à Rome, à Sainte -Marie-Majeure, le 3 mars 1808, la buiiième année de notre pontificat.

P.-S. — Après vous avoir écrit la présente, nous avons appris [ue le cardinal Fabrizio Ruffo avait été transporté d'Amelia dans cette capitale, et, de là, à Naples,

Ce malin, 4, on a de plus ordonné le départ de Rome dans quarante-huit heures, de tous les prélats napolitains ; beaucoup d'entre eux étaient en fonctions; on désorganise le gouvernement. — Peut-on exécuter ui.e plus grande violence?

i52 PIÈCES JUSTIFICATIVES

— La teneur de la présente lettre est secrète pour tous, sans en exclure même le cardinal prosecrétaire d'Ëiai.

Pie VII.

M. DE CHAMPAGNY, MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A M. LEFEBVRK, CHARGÉ D'AF- FAIRES DE FRANCE A ROME.

.•t avril 180S.

... Vous pourrez avoir une conférence avec Sa Sainteté ot> avec son ministre pour savoir ses intentions définitives. — Si le pape adhère aux conventions exprimées dans la note^ que j'ai remise à M. le cardinal Caprara , vous resterez à Rome , et vous voudrez bien en informer par un exprès le vice -roi. Si le pape n'y adhère pas, vous laisserez finir le carême, et, avant le 20 avril, yous remettrez une note pour déclarer que, le légat du saint - siège à Paris ayant demandé ses passe-porls et les ayant reçus , il ne reste plus au chargé d'affaires de France qu'à demander les siens. — Avant le 26 avril, vous quitterez Rome et vous vous rendrez à Ancône. Vous devez suivre ponctuellement ces instructions, et, quelque chose qui arrive, vous prendrez vos passe -ports si le pape ne consent pas à entrer dans une ligue offensive et défensive avec le royaume d'Italie et de Naples pour la défense de la presqu'île. Sa Majesté m'a chargé, monsieur, de vous dire qu'aucun autre biais et qu'aucun moyen termfe ne serait adopté...

EXTRAIT d'une LETTRE DE M. LEFEBVRE, CHARGÉ d'affaires a ROME, AU MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

13 avril 1808.

... Monseigneur, j'avais fait pressentir préalablement Sa Sainteté, qui, d'après ce qui m'a été rapporté , était dans les plus heureuses dispositions pour arriver sans beaucoup de discussions à un accommodement basé sur le principe d'une ligue offensive et défensive avec le royaume de îsaples et d'Italie. Mais, quand je me suis présenté chez lui ce matin à l'beure indiquée , j'ai été surpris de trouver à Sa Sainteté un air sombre et dur qui , loin d'annoncer des disposiiions conciliatrices, ne présageait même pas une explication tranquille. Je n'ai pas tardé à savoir la cause de ce changemont. Quelques ofâciers de la garde noble avaient été conduits au château Siint-Angc. Le saint-père me dit que, depuis Charlemagne, janiais pape n'avait été traité comme il l'était ; qu'on se plaisait à l'accabler chaque jour de morlificaiions. Il était extrêmement affecté. Cependant, il s'est peu à peu remis et je lui ai répondu que ce dont il se plaignait était le résultat nécessaire de la situation où il s'était lui-même placé; qu'au reste tout cela finirait bientôt si Sa Sainteté , comme on me l'avait fait espérer, était sincèrement disposée à adhérer à la proposition que j'étais chargé de lui faire d'entrer dans une ligue offensive et défensive de la péninsule, au moyen de quoi tout serait terminé. Le saint-père me dit que ces propositions mériiaient d'être mûrement pesées et examinées, et qu'il allait y réfléchir sérieusement...

M. I. EFEUVKK, C II A II G K I) AFFAIRES A ROME, AU MINISTRE DES AFFAIRES EXTERIEURES.

19 avril 1808.

Monseigneur, je reçois enfin la réponse de Sa Sainteté concernant la proposition que j'avais à lui f&ire. Obligé, pour me conformer ponctuellement aux ordres de Sa Majesté, de partir ce soir, il ne me reste pas assez de temps pour entrer dans le détail de ce qui s'est passé depuis ma dernière dépêche. J'aurai l'honneur d'en informer incessamment Votre Excellence. Je me borne pour le moment à lui observer que Sa Sainteté m'a fait témoigner les plus vifs regrets de ne pouvoir donner à Sa Majesté cette preuve de condescendance. On a essayé vaine- Dient de vaincre ses scrupules. La secrétairerie d'Éiat tout entière a persisté à émettre un avis favorable à la proposition ; mais ceux qui étaient parvenus à alarmer la conscience du saintpère sout demeurés les plus forts. La teneur de sa réponse a été changée deux fois ce malin, tant Sa Sainteté balançait sur le parti qu'elle avait à prendre. Los llié jiogiens eux-mêmes étaient partagés jusque dans le sicré collège, et je ne doute pas que le refus de Sa Sainteté ne consterne le plus grand nombre de ses plus chauds partisans...

LETTRE DU ROI MURAT A l/ EMPEREUR.

lo avril 1809.

J'ose garantir que l'événement ifui se préparc à Rome

n*y occasionnera aucun trouble. Il y sera reçu avec reconnaissance. Il influera même sur mes Étals ; je serai plus maîire du c'ergé, et le crédit du pape cessera d'y exercer son influence.. Depuis que Votre Majesté m'a fait connaître ses intentions sur Rome, je ne m'éloignerai plus de Naples.

LETTRE Dl ROI MIRAT A L EMPEREUR.

17 mai <»09.

. . . J'attends avec impatience la nouvelle que Votre Majesté ail pris son parti sur Rome. Il est temps. On mande que le pape a voulu lancer une excommunication , mais la majorité s'y est opposée. Mes troupes sont prêtes et bien disposées...

VU

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