‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 3)Chapitre 76 sur 81 · DU SÉMINAIRE CATHOLIQUE, A BALTIMORE · texte numérisé non relu

DU SÉMINAIRE CATHOLIQUE, A BALTIMORE

25 septembre 1810.

... En altendant, il faut bien que je vous dise un mol de nos propres affaires à Paris. Le séminaire a essuyé un grand orage provoqué par lé parti janséniste. Par la protection de la sainte Vierge et de nos saints patrons , il s'est apaisé et les choses sont dans le même état, soit à Paris, soit ailleurs... Voici l'état de la religion. Le pape , qui est à Savone , y est dans ce moment retenu prisonnier d'État , et il ne peut plus communiquer avec personne. Les cardinaux di Pielro, 0|.ipizoni, Gabrielli, sont à la Force. Le gouvernement a réuni les cardinaux et les évêques qui avaient déjà été rassemblés l'année dernière pour donner leur avis sur la manière de pourvoir à l'institution des évoques et aux dispenses. Il n'est question de rien moins que de l'abolition du concordat, ou du moins d'y faire des changements, et du rétablissement de la pragmatique. Il est question encore d'une députation de quelques évêques français au pape et d'assembler un concile national pour autoriser les changements qui seraient faits. Rien n'est encore statué sur tous ces points. Vous comprenez dans quelle émotion doivent être les esprits dans le moment présent, et tout ce qui peut arriver de troubles dans la suite. Ce sont quelques personnages zélés, mais indiscrets dans leur zèle, qui ont attiré cet orage. Je vous fais ces observations pour vous faire entendre que votre situation du côté de la paix et de la tranquillité est préférable à la nôtre.

... Mon attention se tourne plus que jamais sur Baltimore.

S'il arrivait, ce que je ne crois pas, que Sainl-Sulpicc ne pûl plus subsister en France, j'ai pris des mesures pour qu'il soit comme transféré à Baltimore avec tout ce qui nous reste de plus précieux. Je ne peux pas donner ma démission, qui ne pourrait être acceptée que par une assemblée générale qui ne pourrait avoir lieu, et, d'ailleurs, je veux mourir les armes à la main et tout occupé de l'œuvre de M. Ollier, que je vais fréquemment honorer dans la chapelle de Vaugirard. Vous savez que je peux nommer, et je nommerai aussi un vice-supérieur. Nous sommes le seul corps qui débat pour son existence. Tous les autres sont morts , et, au lieu de nous occuper de nous , occupons - nous d'un objet bien plus intéressant qui est le pape. Considérez -vous comme singulièrement chargé de maintenir et d'étendre l'esprit de Saint- Sulpice dans le nouveau monde. Argue, observa, increpa m omni patienlia.

Matériaux pour écrire une Vie de l'abbé Ëmery, conservés au séminaire de Saint-Sulpice.

LKTTRi: DE I. E M P E R E U R A M. BIGOT nK PHKAMENEU, MINISTRE DES CULTES.

31 décembre 1810.

Monsieur le comte, je reçois votre lettre du 31 décembre. Écrivez au préfet de Montenottc pour lui faire connaître la lettre que le pape a écrite au grand vicaire de Paris, afin d'éclairer ce fonctionnaire sur la mauvaise foi du pape, qui, sous des apparences de conciliation et de charité, excite en secret la discorde et la rébellion. Donnez -lui l'ordre d'empêcher

qu'aucun courrier ne soit reçu ni expédié avec des lettres pour lo pape et sa suite, et pour que la poste ne fasse porter ni ne lui remette aucune lettre. Il fiudra pour cela qu'il soit sûr du directeur des postes. Vous lui ferez connaître que je fais venir l'évéque de Savone à Paris, afin d'ôter au pape un canal de communication. Vous donnerez effectivement l'ordre au prélat de venir à Paris, où je désire le voir. Vous écrirez au sieur Chabrol d'avoir dans ses conversations un ton plus ferme, de représenter au pape qu'il fait du tort à la religion, qu'il cherche à semer le trouble et la division ; qu'il néglige la douceur et les bonnes manières (sic) qui auraient pu réussir auprès de moi; qu'il n'obtiendra rien par les moyens qu'il emploie et que l'Église finira par perdre le reste de son temporel, que ceux qui seront assez fols et assez ignorants de leurs devoirs pour l'écouter perdront leur place , et que ce sera par sa faute. Il f lut que cela soit dit avec vigueur. Il doit voir également ceux qui entourent le pape et les éclairer sur les fâcheuses conséquences que cela aura pour eux.

Il est inutile que le pape écrive. Moins il fera de besogne et mieux cela vaudra. Il est nécessaire: 1° que le préfet envoie un état des individus qui sont auprès du pape; qu'il désigne les plus grands travailleurs, afin que je les renvoie, pour ôter au pape le moyen d'écrire et de répandre le poison ; 2° que vous donniez ordre au préfet de ne plus expédier les lettres du pape pour le royaume d'Italie , le royaume de Naples, la Toscane , le Piémont , la France, et de ne lui remettre aucune lettre et de les envoyer toutes ici. Vous en ferez le triage, et l'on ne donnera cours qu'aux lettres dont l'émission sera sans inconvénient. Faites-vous, en conséquence, envoyer toutes celles que le pape écrirait et celles qui lui lui seraient adressées. En général, moins il en parviendra et mieux cela vaudra. Vous ferez connaître au préfet et au prince Borghèse que mon intention est que l'extérieur du pape se ressente du mécontentement que j'ai de sa conduite ,

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et que l'état de sa maison soit réglé de manière à ne pas dépasser plus de 12 à 1,500 francs par mois. Les voitures qui avaient été mises h sa disposition à Savone pour lui et sa maison seront renvoyées à Turin.

Recommandez au sieur Chabrol de ne plus rien dire dans ses discours qui tende à faire croire au pape que je désire un accommodement. Mais son langage doit être qu'après son excommunication et sa conduite à Rome, qu'il continue à Savone, je dois m'attendre à tout de lui; que je m'embarrasse fort peu de ce qu'il peut faire ; que nous sommes trop éclairés aujourd'hui pour ne pas distinguer la doctrine de Jésus-Christ de celle de Grégoire VII.

Écrivez à la grande-duchesse de Toscane, pour lui faire connaître ce que j'ai fait pour le chapitre d'Asti et pour lui recommander d'agir fermement et de ne se permettre aucune faiblesse. Que les chanoines du chapitre de Florence sachent qu'à la moindre faute ils perdront leur temporel pour toujours. Enfin je désire que vous me proposiez un évoque doué de bons principes qu'on pourrait nommer à l'archevêché d'Aix afin de l'envoyer promptement là-bas. Sur ce...

Celte leUre n'est pas insérée dans la correspondance de Napoléon I"".

LETTRE DE l'eMPEREU» NAPOLÉON A M. LE COMTE BIGOT DE PRÉAMENEU, MINISTRE DES CULTES.

20 janvier 18H.

Monsieur le comte, j'ai reçu votre lettre avec le rapport du préfet de Savone du 21 janvier. Mon intention est que vous écriviez au préfet que le pape ne doit se mêler de rien ; et

comme il a lui-même proposé de ne se mêler de rien si on le lui signifiait , je vous autorise à lui faire cette signification. Le préfet doit lui faire connaître que tous les chanoines et théologiens de France et d'Italie sont indignés des leiiriS qu'il a écrites, aux chapitres, que par cette conduite il a été cause de l'arrestation de trois chanoines à Florence et de la confiscation de leurs prébendes, de la même sévérité exercée envers le chapitre d'Asti, et de l'arrestation du cardinal di Pietro, du chanoine d'Astros, de l'abbé Fonlana, de l'abbé Gregori, qu tous sont éloignés de manière qu'ils ne puissent jamais faire de mal ; que ces pratiques ténébreuses sont indignes d'un pape; qu'il sera causti des malheurs de tous ceux avec lesquels il correspondra; que, déclaré ennemi de l'empire, il doit désormais rester tranquille, et, puisqu'il se dit lui-même arrête , se conduire comme tel et cesser d,; correspondre, soit avec ses agents, soit avec ceux qui auraient noué quelques relations avec lui ; qu'il est fâcheux pour la chrétienté et pour l'Église d'avoir un tel pape, aussi ignorant de ce que l'on doit aux souverains; mais que, du reste, l'État ne sera pas troublé et (lue le bien s'opérera sans lui. Vous écrii-ez en outre au préfet de Monienotle qu'il ait à prendre toutes les mesures nécessaires pour que le pape ne puisse communiquer avec personne, pour que les auberges et les voyageurs soient surveillés, et enfin pour ne rien laisser passer. Vous lui ferez connaître que le ministre de la police lui écrira pour les personnes qui doivent être arrêtées, renvoyées ou conscnées auprès du pape. Je vous renvoie la lettre du préfet qui vous était adressée. Sur ce...

Cette lettre n'est pas insérée dans la correspondance de Napoléon I".

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