CHAPITRE XYII
ÉTAT d'esprit DE PIE VII.
Tristesse de rie VII après son retour à Rome. — Il n'avait pas mis de conditions expresses à son voyage en France.. — Il s'était flatté d'exercer personnellement une grande influence sur l'empereur. — Désespéré de n'y avoir point réussi, Pie VII n'en sait mauvais gré qu'à lui-même et nullement à Napoléon. — Il demeure entièrement sous son charme.
Ainsi que nous l'avons raconté à la fin de notre premier volume, Pie VU était revenu à Rome (mai 1803) assez triste et passablement découragé. Son voyage à Paris n'avait guère profité à la cause du saint-siége, et sa position personnelle se trouvait, après son retour dans ses États, plutôt diminuée qu'agrandie. Entre les avantages que l'empereur des Français avait tirés de la consécration religieuse donnée à son pouvoir nouveau par le chef de la
catholicité, et ceux qu'en retour de cet acte de complaisance il avait bien voulu lui concéder, la disproportion était évidente; elle frappait tous les yeux. Plus que personne, Pie VII en avait conscience. Toute réclamation publique était impossible, car rien de précis n'avait été formellement convenu, et le désappointement était, pour le saint-père, d'autant plus pénible à supporter, que la cause secrète en devait rester profondément cachée à tous les yeux. Tâchons d'en bien expliquer la nature.
Pie Vil, on s'en souvient, était parti de Rome troublé jusqu'au plus profond de son âme de la terrible responsabilité qu'allait faire peser sur lui, pendant son séjour à Paris, sa double qualité de souverain temporel et de gardien de la foi catholique. Il s'était bien promis de ne point mériter le reproche d'avoir sacrifié injustement aucun des intérêts si considérables, mais d'essence si diverse, qui se trouvaient forcément confondus dans ses mains. Il avait donc mis le soin le plus attentif à bien étabhr, avant son départ de Rome, qu'il n'entendait, comme prince régnant, mettre aucune condition expresse à sa venue en France. Il n'avait de ce chef rien demandé, rien insinué ; il avait même repoussé les conseils du cardinal Fesch, qui, à plusieurs reprises, avait insisté pour qu'il réclamât, avant son départ et comme un préliminaire indispensable, la restitution des Légaiionti. Tout autre avait été la préoccu-