Mémoires da comte Miot de Melito, t. I*"', p
2. a II saisit le prince Louis par le milieu du corps et le jeta avec la plus grande violence hors de son appartement. » (Jbid., t. !«', p. 297.)
t)< L'I-KiLlS'î IIOMAINE ET LE PREMIER EMPIRE
parle avait contracté mariage pendant son séjour à Baltimore avec M"" Paterson, la fille d'un des citoyens les plus considérés et les plus riches des États-Unis. A l'époque de cette union (8 décembre 1803), Napoléon n'était encore que premier consul, et le jeune ofticier de marine ne relevait en aucune façon des dispositions du sénatus-consulte qui avait réglé plus tard les conditions civiles de la nouvelle famille impériale. En elle-même, cette alliance n'avait d'ailleurs rien de disproportionné ; mais, dans son empressement à la conclure, Jérôme, âgé seulement de dix-neuf ans, avait, malgré les avertissements du consul de France, néglige^ de se pourvoir du consentement de sa mère. Cette omission n'avait pas arrêté l'évêque de Baltimore. Conformément aux usages d'un pays qui reconnaît encore aux prêtres des différents cultes le droit de marier leurs coreligionnaires, c'est lui qui avait solennellement consacré cette union*.
A la première nouvelle du mariage de son frère, Napoléon avait d'abord affecté de considérer toute l'affaire
1. Son Allesse impériale le prince Napoléon ayant réclamé, par une lellre adressée au directeur de la Revue des Deux mo)ides, contre l'authenticité dr-s Mémoires du conilc Miot de Mclito, et contre le rôle que nous avons'prêté au saint-père dans celle affaire du mariage contracté à Baltimore par l'ancien roi de Weslplialio, nous croyons devoir insérer sa lettre à la fin de ce volume en la faisant suivre de notre réponse cl de celle du ^'cniln' de M. de Melito.
PREMIERS DÉMÊLÉS EiWRE l'IE Vil ET NAPOLÉON 29
comme une folle équipée de jeunesse. Plus tard, lorsque Jérôme, ayant pris passage sur un navire américain, annonça l'intention d'amener sa jeune femme sur le continent afin de faire reconnaître tous ses droits, le nouvel empereur se montra tout à fait irrité. Il ordonna au ministre de la marine, M. Decrès, de ne laisser M"« Paterson prendre pratique nulle part en France '. Si elle parvenait h débarquer, ordre ét.ait donné au ministre de la police de l'envoyer à Amsterdam, « où elle devra être mise à bord du premier navire américain partant pour les États-Unis -.» Au lieu de venir directement en France, Jérôme s'était rendu à Lisbonne. Il y avait trouvé des instructions émanées de son frère, instructions auxquelles il n'était sans doute pas prudent de désobéir, car, après avoir conseillé à sa femme d'aller l'attendre en Hollande, il prit à travers l'Espagne le chemin de Milan, où, comme nous l'avons dit, se trouvait alors l'empereur. Aucune mesure n'avait été négligée pour que Jérôme ne pût s'écarter de l'itinéraire qui lui avait été tracé. S'il se risquait à passer soit par Bordeaux, soit par Paris, Fouclié était invité à l'arrêter et devait le faire diriger sur iMilan par un ofticier de gen-
1. Lettre de l'empereur Napoléon I^"'' à M. Decrès, 3 floréal an XII {'■23 avril 180o\
2. Lettre de l'empereur au ministre de la police, 3 floréal an xii (-23 avril 1805).
30 L'ÉGLlSt; ROMAINE ET LE PREMIER EMPIRE
darmerie K Cette dernière précaution ne fut point nécessaire. Jérôme était rendu près de son frère dans les premiers jours de mai. A. s'en rapporter aux lettres qu'il écrivait alors à sa jeune femme, Jérôme arrivait avec le désir et l'espoir de fléchir Napoléon. En cela, il avait trop présumé de lui-même.
Peu de jours en effet après leur entrevue. Napoléon pouvait écrire à sa sœur, la princesse Élisa, qu'il était très-satisfait des sentiments de son frère Jérôme. Le propre secrétaire du prince allait de sa part se rendre auprès de M''" Paterson « pour lui faire connaître l'état des choses et lui faire sentir que son mariage, nul aux yeux de la religion comme aux yeux de la loi, devait l'être dorénavant à ses propres yeux ^. » La cassation de ce mariage n'était pourtant pas chose aussi facile que l'empereur le donnait à entendre. Un jugement du tribunal civil était nécessaire, d'après l'opinion de Cambacérès lui-même, et ce jugement ne pouvait être rendu que sur la protestation de madame Bonaparte mère, protestalion que l'empereur obtint d'elle quelques mois plus tard ; ces formalités entraîneraient forcément d'assez longs délais. Il y avait aussi la douteuse ressource, à laquelle finit par recourir Napoléon, d'annuler par décret impérial un
i. Lettre de l'empereur au ministre do la police, 23 avril 1805. ± Lettre de l'empereur Napoléon W à la princesse Élisa, 16 floréal an XII (6 mars 1805.)
contrat civil remontant à une époque où, pas plus que les autres consuls ses collègues, il n'avait juridiction sur les membres de sa famille ; m;iis, nonobstant cet excès de pouvoir, le mariage religieux subsisterait encore aux yeux des catholiques. Combien n'était-il pas plus commode et ' plus avantageux de s'adresser directement au saint-père, dont l'intervention lèverait immédiatement toutes les difficultés ! C'est à quoi se résolut l'empereur. Avec son habileté ordinaire, il se garda bien de laisser voir tout le prix qu'il attachait à l'important service qu'il attendait en cette occasion de la complaisance de Pie Vil.
La lettre adressée au saint-père l'entretenait au début des choses les plus insignifiantes, entre autres d'un ballon lancé à Paris le jour du sacre et qui était allé tomber près de Rome; puis il y introduisait tout à coup, comme par liasard, le nom de Jérôme. < J'ai parlé plusieurs fois à Votre Sainteté, disait l'empereur, d'un jeune frère que j'ai envoyé sur une frégate en Amérique, et qui, après un mois de séjour, s'est marié à Baltimore, quoique mineur, avec une protestante, fille d'un négociant des États-Unis. Il vient de rentrer. Il sent toute sa faute. Jai renvoyé M'i«^ Paterson, sa soi-disant femme, en Amérique. Suivant nos lois, ce mariage est nul. Un prêtre espagnol a oublié assez ses devoirs pour lui donner la bénédiction. Je désirerais une bulle de Votre Sainteté qui annulât ce mariage...
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Il me serait facile de le faire casser à Paris, l'Église gallicane ne reconnaissant point ces sortes de mariages ; mais il paraîtrait plus convenable que l'intervention immédiate de Votre Sainteté donnât de l'éclat à cette affaire, ne serait-ce que parce qu'il s'agit d'un membre d'une maison souveraine... Il est important sous bien des rapports, et pour rintérêt même de la religion en France, qu'il n'y ait pas aussi près de moi une fille protestante, car il serait d'un exemple dangereux qu'un mineur, enfant distingué, soit exposé à une séduction pareille contre les lois civiles et contre toute espèce de convenances. »
Il y avait plus d'une inexactitude dans cette lettre de l'empereur. Le prince Jérôme n'avait pas, il est vrai, résisté, aussi énergiquement qu'il s'en était flatté à l'ascendant de son tout-puissant frère; il s'était, plus aisément que Lucien, laissé séduire par les perspectives ambitieuses que l'empereur avait fait miroiter devant lui. Cependant, il s'en fallait de beaucoup qu'il eût si vite pris sur lui de désavouer complètement la femme qui portait son nom, avec laquelle ses liens venaient encore d'être resserrés par l'espérance d'une prochaine paternité '. Il n'était pas vrai non plus que ce fùl un simple prêtre espagnol qui eût béni cette union ; elle avait été consacrée, ainsi que nous
i . LoUrc (lo .Tôrômo Bonaparte à Élisa Bonaparte, 15 avril 1805.
l'avons dit, par le propre évèque de Baltimore. M"'Palerson n'avait pas été renvoyée en Amérique ; elle était alors en Angleterre, où, rassurée à demi par les lettres de celui qui, depuis leur séparation, n'avait pas cessé de se donner pour le plus affectionné des maris, elle attendait le moment de ses couches. Aucun de ces détails n'était ignoré de Pie VII. Un agent des États-Unis défendait près de lui la cause de la famille Paterson, pour laquelle l'Angleterre de son côté faisait également témoigner à Rome toute sa sympathie.
Le saint-père était d'autant plus embarrassé qu'avec sa complaisance accoutumée, Caprara était entré plus avant dans les idées de l'empereur, et n'avait pas hésité à mettre à sa disposition la science du théologien de sa légation. Un mémoire du révérend père Caselli accompagnait, en effet, ceux que plusieurs ecclésiastiques français avaient, à la demande de Napoléon, rédigés contre la validiié du mariage contracte par le prince Jérôme. Sur ces matières délicates qui ont de tout temps si fort occupé les canonistes de profession, Pie VII n'avait rien à apprendre de personne : elles avaient été l'objet de ses études tandis qu'il n'était encore qu'un simple moine. C'est à peine s'il consulta Consalvi, toujours si écouté dans les affaires qui touchaient à la politique. Il n'eut pas davantage recours aux avis du sacré collège, car le plus grand secret lui
avait été recommandé par Napoléon lui-même. L'affaire relevait exclusivement de la décision spirituelle du souverain pontife; il se sentiiit en état de la résoudre par la connaissance approfondie qu'il avait delà m;itière etsans aucune assistance : il préféra donc l'instruire seul devant Dieu, et par cela môme assumer sur lui seul vis-à-vis du souverain de la France la terrible responsabilité qui résulterait d'une décision défavorable, si elle lui était dictée par sa conscience. Par ces différents motifs, le saint-père préféra s'en expliquer directement avec l'empereur.
« Nous avons voulu réserver exclusivement à nousmême, écrit Pie Vil à Napoléon, l'examen de la question que vous avez soumise à notre jugement touchant le ma riage en question. Au milieu du nombre infini des aflaires qui nous accablent, nous avons pris tous les soins, nous nous sommes donné toutes les peines, nous avons fait nous-même toutes les recherches nécessaires afin de reconnaître si notre autorité apostolique pouvait nous fournir quelque moyen de satisfaire aux désirs de Votre Majesté, et rien ne nous eût été plus agréable que d'entrer dans ses vues ; mais, quelle qu'ait été à cet égard notre application, et de quelque manière que nous ayons essayé de considérer la question, ilnous a été impossible, parmi les motifs qui nous ont été proposés ou ceux que nous avons pu imaginer nous-même, d'en découvrir un seul qui nous
permît, ainsi que le souhaiterait Votre Majesté, de déclarer la nullité dudit mariage *. » Après avoir constaté que les mémoires qu'on lui avait fait parvenir se contredisaient les uns les autres, le saint-père s'efforçait d'expliquer à l'empereur quelles étaient, au sujet du mariage entre catholiques et protestîints, les maximes traditionnelles de l'Église romaine.
« La disparité des cultes n'était pas à ses yeux un empêchement dirimant quand il s'agissait de personnes baptisées. Ces empêchements n'atteignaient que les mariages contractés entre chrétiens et infidèles. Les unions entre catholiques et protestants étaient abhorrées par l'Église ; cependant, elle n'avait jamais refusé de les reconnaître pour valides. » Entrant alors dans la discussion la plus approfondie et la plus détaillée des circonstances qui avaient entouré le mariage du prince Jérôme et des motifs de nullité que les théologiens français et le père Caselli croyaient y avoir découverts, le saint-père démontrait avec le soin le plus scrupuleux comment il lui était impossible de les tenir pour valables. Un instant il avait espéré rencontrer le moyen de se conformer, sa conscience sauve, aux désirs exprimés par l'empereur. « Il y avait en effet une cause canonique de nullité qui aurait pu être tirée de la clandes-