‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 17 sur 83 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Réponse de Pie VII à Napoléon. — Elle ne satisfait point l'empereur. — Ses projets à l'égard de Rome exposés dans les Mémoires dictés à Sainte- Hélène. — 11 veut être maître absolu en Italie, et disposer du pape comme d'un vassal. — Il écrit de nouveau au saint-père pour lui mettre le marché à la main, et au cardinal Fesch pour le rendre responsable de la déciùon du pape. — Il songe à renverser Consalvi du ministère.

La lettre que Napoléon avait de IMunich adressée au saint-père était parvenue h Rome dans les derniers jours de janvier 1806. Pie VII résolut d'y répondre le plus promptement possible de sa propre main et dans la forme la plus confidentielle. Peut-être les terribles menaces qui reinplissaient cette étrange missive avaient-elles été arrachées à l'empereur par un premier mouvement d'humeur involontaire : il ne serait alors ni généreux ni sage de s'en montrer outre mesure offensé. Si le saint-siége était au contraire exposé à s'entendre bientôt adresser par la voie otficielle des sommations auxquelles la conscience du père commun des fidèles ne lui permettrait pas d'obéir, ne

valait-il pas mieux s'efforcer de les prévenir par des explications aussi franches que précises? Un sincère désir de conciliation et de paix, qu'altérait à peine le pénible sentiment de sa dignité froissée, inspira cette fois encore le pontife romain.

« Nous nous devons à nous-même, disait Pie VII dans sa lettre datée du :29 janvier 1806, nous nous devons à nous-même et à la vérité, ainsi qu'à l'attachement que nous portons à Votre Majesté, de lui déclarer que nous n'avons jamais eu l'intention de renvoyer son ministre lorsque nous nous sommes adressé à elle pour obtenir l'évacuation d'Ancône. Notre dessein était de bien lui faire sentir la nécessité oii nous nous trouvions de détruire absolument chez les Russes, dont les hostilités menaçaient nos États, la croyance que cette occupation avait eu lieu de notre consentement... La candeur de notre caractère, bien connue de Votre Majesté, lui garantit que telle était notre unique pensée ; nous l'avons, d'ailleurs, fait connaître dans le moment même à Rome... Que Votre Majesté veuille bien se reporter à l'époque oii fut écrite notre lettre du 13 novembre, elle verra que nous la savions arrivée aux portes de Vienne, et que nous connaissions dès lors les glorieux exploits de son armée et comment son grand génie avait déjà décidé en réalité du sort de la guerre. Ainsi donc, ni nous-même ni d'autres, noUs n'avons ja-

mais cru Votre Majesté perdue, ainsi qu'elle le reproche dans sa lettre. Une pareille pensée ne pouvait entrer dans

. notre cœur, non -seulement parce qu'elle est indigne de nous, mais parce que notre manière de voir et l'attachement que nous portons à la personne de Votre Majesté nous l'eût rendue trop pénible à supporter... Si quelquefois le devoir de notre ministère a opposé une barrière invincible aux désirs de Votre Majesté (ainsi qu'il est arrivé à l'égard du mariage de son frère), c'est uniquement parce que nous n'avons rien trouvé dans les lois divines qui nous autorisât à suivre le penchant naturel de notre cœur, et Votre Majesté peut être assurée qu'il nous a été' plus désagréable de lui opposer ce refus qu'à elle de le recevoir... Quant à la persuasion oii est Votre Majesté de l'existence de personnes qui se sont démasquées pendant ces trois derniers mois parce que la force de la coalition les enhardissait à changer de sentiments envers Votre Majesté, nous pouvons lui affirmer que ces personnes n'existent pas. Si elles existaient, jamais nous ne les écouterions. Nous ne saurions cacher à Votre Majesté la peine que nous ressentons en découvrant que tant de preuves d'une si sincère amitié et les marques si multi-

" pliées que nous lui avons prodiguées de notre véritable affection n'ont pas suffi à lui faire comprendre à quel point il est impossible que de pareilles manœuvres, si elles ve-

naient à se produire, pussent jamais faire sur nous la moindre impression '. »

Non content d'avoir ainsi doucement repoussé les reproches immérités de l'empereur Napoléon, Pie VII, comme s'il était destiné à montrer clairement jusqu'oîi allait sa candide ingénuité, ne craignait pas de faire en ce moment à la générosité du tout-puissant vainqueur d'Austerlitz un appel plus touchant à coup siir que bien avisé. Il ne se bornait pas à insister derechef sur l'évacuation dWncône ; il réclamait aussi le remboursement des sommes considérables avancées aux troupes françaises qui, pendant la dernière campagne, avaient traversé en tous sens les États pontificaux. Ce n'est pas tout. Dans un mouvement de confiance véritablement excessive, il lui parut que le jour était décidément venu de remettre sur le tapis la restitution des trois Légations, et voici en quels termes il n'hésita pas à introduire dans les débats alors pendants cette délicate affaire :

« Votre Majesté rapporte à Dieu l'heureux succès de ses armes et l'accroissement de sa gloire, qui pourtant ne semblait pas, non plus que son empire terrestre, pouvoir grandir encore. Un tel sentiment met le comble à sa réputation. Il nous garantit aussi que Votre Majesté repor-

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