‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 18 sur 83 · Lettre de t^ie VII à Napoléon W, 29 janvier · texte numérisé non relu

Lettre de t^ie VII à Napoléon W, 29 janvier

tera vers Dieu et fera tourner au bénéfice de la religion et de l'Église le prestige de sa renommée et le fruit de ses conquêtes. Votre Majesté est devenue le souverain de Venise... Cette extension de ses domaines en Italie nous tait concevoir l'idée (latteuse que le temps est arrivé où Votre Majesté voudra réaliser l'espérance qu'elle ne nous a jamais interdite de voir l'Église recouvrer enfin cette partie du patrimoine de saint Pierre que la révolution lui a ravie... La liberté môme de notre langage, disait en terminant Pie VII, sera pour Votre Majesté le gage le plus assuré de notre confiance. Si les tribulations dont le Seigneur a voulu afdiger notre pontifient devaient parvenir à leur comble par la perte d'une chose aussi précieuse pour nous que l'amitié et les bonnes grâces de Votre Majesté, le prêtre de Jésus-Clirist, qui porte la vérité dans le cœur et sur les lèvres, se soumettra avec résignation et sans crainte pour son sort : les souffrances mêmes soutiendront sa constance, car elles lui donneront lieu d'espérer que cette récompense qui lui est ici-bas refusée, le ciel un jour daignera la lui assurer plus solide et d'une durée éternelle*. »

Si par ce mélange de douceur et de fermeté Pie VII s'était promis de convaincre Napoléon de sa bonne foi, s'il

1. Lettre de Pie VII à l'omperour Napoléon I*"", 29 janvier 1806.

s'était flatté de calmer son irritation et de détourner l'orage près de fondre sur sa tête, son attente fui singulièrement trompée. Le parti de l'empereur était pris. Nulle considération, de quelque nature qu'elle fût, ne devait plus arrêter l'exécution des projets qu'il avait formés sur l'Italie. Toute la partie septentrionale de la Péninsule était déjà rattachée immédiatement à l'empire par la récente acquisition des États vénitiens. La Toscane et les petits États du centre en relevaient également. Le prince français inopinément appelé à monter sur le trône de Naples était en train de chasser devant lui, sans grandes difficultés, Tancienne dynastie réduite à chercher un refuge en Sicile. Seuls, les États du pape séparaient dans foute leur largeur les deux armées françaises, l'une placée à demeure sous les ordres du prince Eugène Beauharnais, l'autre momentanément prêtée au nouveau roi Joseph, mais relevant toutes deux également de celui qui se reposait à Paris des fatigues de ses récentes campagnes d'Allemagne. Aux yeux de ce grand ambitieux qui ne rêvait que conquêtes, même pendant les loisirs de la paix, dans les calculs de l'habile stratégiste toujours penché sur la carte de l'Europe, qui, h Saint-Cloud comme ailleurs, se préoccupait de manœuvres beaucoup plus que de fêtes, quelle tache en Italie que ce petit lambeau de territoire pontifical interposé comme un obstacle aux libres mouvements de

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SCS troupes ! « Pareil état de choses, a-t-ilplus tard écrit lui-même, n'était pas tolérable^ »

Dans, la disposition d'esprit oîi se trouvait alors l'empereur, ce qui lui rendait intolérable en effet l'interposition du domaine de saint Pierre au milieu de ses provinces italiennes, c'est que le souverain de ce « petit lambeau de territoire » était en même temps, pour les nations catholiques du monde entier, le chef auguste de l'Église, et pour tous les peuples civilisés un des plus considérables personnages de la chrétienté. Il y avait à Rome un corps diplomatique au grand complet. Toutes les cours amies ou neutres et les puissances hostiles à la France étaient, par usage immémorial, en droit d'y accréditer et d'y entretenir, même en temps de guerre, des représentants officiels. Les puissances catholiques avaient coutume de choisir, pour remplir cette mission de confiance, des hommes haut placés dans l'opinion de leur pays. Par courtoisie et par calcul, les pays non catholiques imitaient leur exemple et se faisaient honneur d'y envoyer leurs plus éminents diplomates. Naguère encore, la Russie schismatique avait presque réussi, à propos de l'afltùre de M. de Vcrnegues, à contre-balancer auprès du Vatican l'influence française. La protestante Angleterre venait d'établir à

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