CHAPITRE XXII
ItETUAITE DU CARDINAL CONSALVI.
£:lualiori du cardinal l'esch à Uoine. — Il n'est point mal disposé pour la cour de Uomc, mais très-hoslilo à Consalvi. — Il so fait un peu à contrecœur l'interprète violent des exigences impériales. — Sage conduite de Consalvi. — Convocation du sacré collège. — 11 repousse les demande? de l'empereur. — Lettre de Pie VII à Napoléon. — Mauvaise humeur croissante du cardinal l'esch contre Consalvi. — Irritation de l'empereur. — Il ne veut plus correspondre avec le saint-père, ni se servir de l'intermédiaire du cardinal Fesch à Rome.
Si le cardinal secrétaire d'État, en ménageant avec tant d'ù-propos l'éloignement volontaire de l'envoyé britannique, M. Jackson, s'était tlalté de .procurer une sorte de trêve dans les pressantes réclamations dont le Vatican était assailli par le gouvernement français, son attente l'ut cruellement déçue. Le cardinal Fesch ne lui accorda aucun répit. Le 2 mars, c'est-à-dire le jour même où il était conlidenticUement informé de la détermination de M. Jackson, l'ambassadeur de France se hâta d'adresser une note officielle au ministre de Sa Sainteté afin de lui demander au nom de l'empereur : 1" l'expulsion des Kussea, Anglais, Suédois et Sardes de Home et de l'État romain
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"2° l'interdiction des ports aux bâtiments anglais, russes cl suédois ».
II n'y avait dans cette précipitation du cardinal Fesch à exécuter les ordres venus de Paris nulle animosité particulière contre la cour de Rome, et pas la moindre envie de se rendre personnellement désagréable au saint-père. Nous croyons volontiers avec les biographes du cardinal qu'il eût mieux aimé n'avoir pas à s'acquitter d'une semblable commission. En sa qualité de prêtre et de prince de l'Église, l'oncle de l'empereur était loin de part;iger toutes les doctrines parfois peu orthodoxes de son neveu. Rien n'empêche de supposer qu'en cette occasion comme dans beaucoup d'autres il ne les désapprouvât même formellement. On pourrait presque le conclure du silence absolu que, dans la société romaine et devant ses collègues du corps diplomatique, le cardinal Fesch garda obstinément sur la teneur de ses instructions, ainsi que de rentière discrétion qu'il imposa sur ce sujet aux membres du clergé français qui faisaient partie de sii légation^; mais, s'il lui était loisible de se taire publiquement sur les intentions du chef de l'empire français, il n'eût pas été sans inconvénient et sans danger pour lui de regarder
1. Noie (la cardiual Fescb au cardinal Consalvi, -2 mars 1806. •i. Vie du cardinal Fesch, par l'abbé Lyonnel, t. II, p. 4.
comme non avenus les ordres positifs qu'il en avait reçus. Le soin que, dans sa correspondance particulière, Napoléon avait pris de le rendre personnellement responsable du succès des démarches qu'il était chargé de faire à Rome, contribuait aussi beaucoup à détourner le cardinal de l'envie d'ajourner ou de modifier si peu que ce fût Texécution des volontés impériales. Il ne semble pas y avoir songé un moment; loin de là, il saisit avec une extrême ardeur cette occasion de rendre de plus en plus incommode et de plus en plus fâcheuse la situation de Consalvi à l'égard du souverain de la France. Au lieu d'atténuer les exigences qu'il avait mission de signifier au saint-siége, le cardinal les produisit dans toute leur exagération, et, pour les appuyer, se servit ou à peu près dans sa note officielle des propres termes employés par Napoléon. Sentant bien toutefois qu'il y avait là des propositions difficilement acceptables pour le chef de la catholicité, il mit quelque étude à les revêtir d'une forme aussi ecclésiastique que possible. Ap'rès avoir, au début, expliqué par des raisons purement stratégiques et militaires pourquoi il importait tant à l'empereur de fermer à ses ennemis l'accès de l'Italie entière, Fesch prend successivement le ton de la diplomatie, puis le langage figuratif et sacré de la chaire, afin de mieux persuader le Vatican. « Votre Éminence ne saurait, écrit-il, contester au soussigné qu'il
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est de l'intérêt de Rome de se tenir étroitement liée à la puissance qui rattache toutes celles du Midi européen et qui est le centre du domaine de la catholicité. &i Sainteté de\Tait-elle sicrifier la généralité en considération de quelques naembres épars du catholicisme ? Devrait-elle laisser ébranler les colonnes de l'Église pour donner son attention à des œuvres extérieures presque abandonnées, ruinées de tous côtés, h des greniers de paille oh à peine trouverait-on quelques bons grains, h des demeures de serpents prêts à la dévorer? Que n'a-t-elle pas à craindre des Russes et des Anglais... * t >
Quoi qu'il en suit, la brusque remise au cardinal secrét lire d'État de cette dépêche, dont l'accent était, comme on le voit, passablement mélangé, donnait désormais un caractère officiel et public à des prétentions qui n'avaient encore été portées à la connaissance du Vatican que par des voies confidentielles et privées. Un pas immense était franchi, dont Consalvi mesurait mieux que personne les inévitables conséquences. « Bonaparte s'était enfin décidé h démasquer ses batteries et à produire solennellement, écrit Consalvi dans ses Mémoires, des idées qu'il n'avait jamais laissé entrevoir, même à Pie VIl^... » li prHendait
1. Noie du cardinal Fesch au cardinal Cuiualvl, 2 mars 18(i6.