‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 4 sur 83 · ÉTAT DESPRIT DE PIE VII · texte numérisé non relu

ÉTAT DESPRIT DE PIE VII

des preuves multipliées de sa patience et de sa longanimité, il serait dans la meilleure position pour traiter cette question avec un fondateur d'empire qui lui-môrae avait si évidemment recherché de terrestres avantages dans le rétablissement de l'ancien culte. Il s'était mis h espérer qu'en profitant avec à-propos du laisser-aller d'un entretien tout familier, il pourrait, une fois à Paris, sans confusion fâcheuse et sans manque de dignité, glisser à propos d'utiles paroles sur le dénùmeot de la cour de Rome et sur les graves dommages depuis longtemps supportés par l'héritier amoindri de tant de pontifes autrefois si riches et si puissants. Le moment, pensait-il, était venu pour le chef d'une Église rentrée en possession de ses antiques honneurs, mais toujours privée de la plus fructueuse partie de son légitime patrimoine, d'employer pour la recouvrer les seules armes qui fussent désormais à son usage, celles de la prière insinuante et de la plainte attendrie. Celte occasion. Pie VII s'était bien promis de ne pas la laisser échapper, et, plein d'une imprudente ingénuité, il avait mis tout son espoir dans l'action personnelle qu'il s'était, contre toute vraisemblance, flatté d'exercer sur un souverain parvenu au faîte des grandeurs, enivcé de ses récents succès, et, dès les débuts de sa carrière, si parfaitement connu pour avoir toujours été inaccessible aux influences.

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Si l'illusion avait été grande, elle avait été aussi de bien courte durée. A peine mis en demeure, Napoléon avait vite fait sentir à son interlocuteur qu'il n'étnit pas aisé de lui adresser des requêtes auxquelles il ne voulait pas répondre, et que c'était peine perdue de vouloir obtenir de lui, par voie détournée, ce qu'il avait résolu de ne point accorder. Les Légations étaient le fruit de ses premières conquêtes. Il les avait cédées à une puissance qui lui devait son existence, dont il était le protecteur déclaré, et qui était devenue l'alliée si intime et si nécessaire de la France, que réclamer une portion de son territoire, c'était vouloir démembrer l'empire lui-même. Pie VIT avait aussitôt fait prompte retraite. Insister n'eût servi qu'à compromettre en pure perte une autre cause plus chère encore à son cœur, celle des intérêts exclusivement religieux. Lorsqu'un peu remis de cette première mésaventure, le pieux pontife s'était efforcé d'appeler l'attention de l'empereur sur les réclamations qu'il s'était cru en droit d'élever contre les articles organiques, il avait vu se dresser devant lui une résistance non moins invincible.

Le chef de la nouvelle dynastie s'était si complètement substitué aux souverains ses prédécesseurs, il était de si bonne foi devenu h ses propres yeux leur héritier direct, qu'il n'y avait pas, dans les matières ecclésiastiques comme dans tout le reste, une seule de leurs prérogatives, si con-

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traire qu'elle fût n l'esprit des temps modernes, qu'il n'entcudit exercer à son tour dans toute sa plénitude. Louis, XIV était devenu son modèle et Bossuet son oracle. Au même titre que ce Fils aîné de l'Église qui avait eu Le Tel lier pour confesseur, et s'était, par ardeur de prosélytisme, fait le pei"sécuteur de ses sujets protestants, Napoléon, tout en affectant de ne professer aucun des dogmes chrétiens, et de vouloir rester par principe et par goût le protecteur indifférent des religions les plus diverses, tenait à garder la haute main sur le choix, sur la direction du clergé catholique, et h en régler, par mesures de police, le culte extérieur.

Sur ce terrain. Pie VII avait trouvé son redoutable adversaire armé encore de toutes pièces. La discussion, en se prolongeant, l'avait même rendu de plus en plus intraitable, car c'était le propre du caractère de Napoléon de s'animer par la contradiction, de profiter alors de tous ses avantages et de chercher h reprendre en détail ce que, en gros et de bonne grâce, il avait d'abord été tenté d'accorder. Ainsi rien de satisfaisant n'étîdt résulté de l'entrevue personnelle entre Pie VII et l'empereur. Hormis d'assez larges libéralités accordées à des établissements religieux et de très-vagues promesses tout de suite oubliées, le malheureux pontife n'avait rien obtenu. Pour unique récompense du grand acte de complaisance qui lui avait tant coûté.

auquel l'avait principalement porté l'attente d'une satisfaction territoriale à obtenir pour le saint-siége et d'un grand avantage à procurer à la religion, il avait rapporté h Rome la désolante certitude que l'empereur était résolu à garder les Légations, et ne consentirait jamais à modifier les articles organiques.

De si cruels déboires succédant à de si chères espérances, qui ne se serait attendu à voir le saint-père quitter son hôte des Tuileries dans des dispositions irritées et malveillantes ?

11 n'en fut rien cependant. S'il avait été péniblement affecté d'avoir aussi mal réussi dans les tentatives où il avait mis toute l'ardeur de son zèle, l'échec qu'il avait essuyé n'avait excité chez Pie VII aucun amer ressentiment. De ces entretiens restés sans effet sur son impassible interlocuteur, il était sorti tristement désappointé, mais nullement aigri et point encore désespéré. Napoléon l'avait patiemment écouté ; c'était sa faute à lui de ne l'avoir pas su mieux persuader. Avec le temps peut-être y parviendrait-il, car, si le génie de cet homme était prodigieux, son cœur aussi était excellent ; ce cœur. Pie VII s'imaginait en avoir trouvé le chemin, et se tenait pour assuré qu'il ne lui serait jamais entièrement fermé. Chose singulière et qu'à peine nous oserions avancer, si la preuve n'en devait jaillir presque à chaque page de ce récit, le charme que Pie VII s'était flatté d'exercer sur le nouveau chef de la France,

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