‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 3 sur 83 · ÉTAT D'ESPRIT DE PIE VII · texte numérisé non relu

ÉTAT D'ESPRIT DE PIE VII

lui déplaire depuis le jour où, remettant toutes choses à leur place, l'homme de génie dont la seule volonté suffisait à accomplir tant de prodigieux changements avait enfin pris le parti de rendre dans ses États à la religion catholique son antique splendeur. Le chef de la nouvelle dynastie française, n'était-ce pas ce brillant général dont les exploits avaient naguère si vivement parlé à l'imagination de tous les Italiens, qui, de passage à Rimini, avait signalé comme un modèle de sagesse et de dignité ecclésiastique la conduite tenue alors dans son diocèse par l'ancien évêque d'Imola, par celui-là même que la volonté de Dieu avait depuis miraculeusement porté h la tête de l'Église afin de lui ménager sans doute, en des temps si difficiles, le plus favorable traitement?

Tels étaient les sentiments avec lesquels Pie \II était parti de Rome pour aller couronner l'empereur. Il n'éprouvait pas seulement pour lui la banale admiration que peu de gens lui refusaient alors ; il était arrivé à Paris le cœur plein à son égard d'une ancienne et véritable sympathie, et, malgré les vagues inquiétudes qui déjà plus d'une fois avaient traversé son esprit, faisant après tout grand fond sur sa bonne volonté. Justement parce qu'il pouvait se rendre la justice d'avoir cédé à un mouvement tout à fait sincère, qui, à son origine du moins, avait été complètement désintéressé, le saint-père n'avait point dotllé de

rencontrer en retour chez ce grand homme, qui pouvait faire tant de bien, des dispositions à peu près semblables. Il y a plus : confiant dans le don qu'il possédait de persuader et de plaire, qui en réalité était chez lui fort grand. Pie VII s'était outre mesure flatté de faire accepter par l'empereur Napoléon sa douce et pénétrante influence. Les affaires de la religion dont il avait si vivement réclamé le droit d'entretenir en particulier le chef du gouvernement français, c'étaient avant tout à ses yeux les intérêts du catholicisme lui-même ; c'était aussi la conservation intégrale de la souveraineté temporelle qu'à son avènement il avait juré de défendre, dont le maintien, h tort ou à raison, a toujours été considéré par les évêques de Rome comme la condition indispensable de l'indépendance de leur apostolat.

S'il avait gardé assez de confiance dans ce qui lui semblait son bon droit pour n'hésiter pas à le revendiquer sans faiblir, Pie VII était en môme temps trop clairvoyant pour n'avoir point d'avance pressenti combien, par les temps qui couraient, et avec un tel homme, il lui serait difficile d'ouvrir à ce sujet une négociation en règle. Il s'était donc, avant de quitter Rome, arrêté à une sorte de compromis. Il avait pensé qu'une fois rendu en France sans avoir mis de condition à cet acte de condescendance, après avoir au contraire donné, comme prince régnant,

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