CHAPITRE XXV
l'empereur et le CLERGE APRÈS LE SACRE.
Opinions personnelles de Napoléon en matière de religion. — il était deisie et naturellement tolérant. — La politique règle seule ses rapports avec le clergé catholique. — Il abandonne peu à peu les constitutionnels, et recherche de préférence les ecclésiastiques de l'ancien régime. — Il entend les dominer tous. — Il supprime toutes les feuilles catholiques, excepté le Journal det Curés. — Ses exigences à l'égard de? mandements épiscopaux. — Il fait jeter sans jugement beaucoup de prêtres en prison. — Établissement de la fête de la Saint-Xapoléon.
Avant de raconter la prise de Rome par les troupes françaises et l'enlèvement du pape au sein de sa propre capitale, il nous faut revenir forcément en arrière. Les faits qui vont se dérouler resteraient sans liaison entre eux et perdraient beaucoup de leur intérêt, si nous ne nous efforcions d'abord de bien faire comprendre à nos lecteurs comment l'empereur entendait son rôle de protecteur de la religion, et quelle était au juste, depuis le sacre, la nature de ses relations avec le clergé français et les nombreux catholiques de son immense empire. Le programme qu'en ces délicates matières Napoléon s'était tracé à lui-même, nous
le trouvons tout au long exposé dans les mémoires qu'il a dictés à Sainte- Hélène, et quelques mots déjà cités par nous le résument avec autant de précision que de sincérité. « Napoléon, dit l'empereur parlant de lui-même à la troisième personne, n'a point voulu altérer la croyance de ses peuples; il respectait les choses spirituelles et les voulait dominer sans y toucher, sans s'en, mêler. Il voulait les faire cadrer à ses vues, à sa politique, mais par l'influence des choses temporelles*. »
Tel est bien dans sa nudité peut-être un peu cynique, en tout cas avec ses vrais et profonds motifs, le système suivi par le premier consul et constamment pratiqué pendant toute la durée de son règne par le chef du premier empire, k lui seul il apparten;^it de venir du fond de son exil déposer avec une pareille autorité dans sa propre cause, et les différentes parties de son curieux témoignage sont toutes également véridiques. Oui, rien n'est plus exact : dès les débuts de sa carrière militaire en Italie, en plein Directoire et plus lard depuis le 18 brumaire, le vainqueur de Marengo s'est toujours montré attentif à ne pas choquer de l'autre côté des Alpes les croyances religieuses des populations au milieu desquelles il avait k faire la guerre. Oui, cela est également incontestable, le