‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 73 sur 83 · PRINCE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

PRINCE NAPOLÉON

Monsieur,

Absent de Paris, ce n'est qu'à mon retour, il y a quelques jours, que j'ai eu connaissance du numéro de la Revue des Deux Mondes conlenint un article de M. d'Haus-onville intitulé : VÉglise romaine et le Premier Empire. — 1800-1814. — Commencement des difficultés entre Napoléon et Pie VU au sujet du mariage du prince Jérôme.

Cette publication présente un fait de la vie de mon père sons un jour qui n'est pas exac», ei mon devoir est d'y répondre.

Les sentiments particuliers de l'auteur au sujet de l'empereur, de sa famille et de la période impériale, sentiments que l'inlépendance de son caraaère cl de ses opinions ne Jui per-

met pas de dissimuler, sont peul-êlre trop vifs pour pouvoir se concilier avec rimparlialité do l'hislorien. Toujours est-il que, volontairement ou faute d'une analyse assez approfondie de la question, M. d'Haussonville confond les deux élémmts distincts dont se compose le miriage de Baltimore : l'élément civil et l'élément religieux. Il semblerait, à lire l'article du !«' mai, qu'il n'y avait pour l'empereur, pour la France de 1805, qui était déjà celle du code civil et du conc rdat, d'autre moyen de rompre le mariage du prince Jérôme et de mademoiselle Paterson que d'obtenir du pape une déclaration de nullité. Et, cornue l'auieur arrête l'exposé de l'affaire à un premier refus du saint-siége, le lecteur se trouve induit à conclure que le mariage n'a jamais été régulièrement invalidé. Est-ce vraiment écrire l'histoire que do présenter le commencement d'un fait sans le compléter? L'auteur pourtant ne procède pas autrement: après av(»ir relaté le premier refus du pape, il n'ajoute pas que le souverain pontife a finalement reconnu la nullité du mariage contracté par mon père en Amérique, car c'est bien le pipe Pie VU quia fait bénir et célébrer par son représentant religieux le mariage du prince Jérôme avec la princesse Catherine de "Wurtemberg, ma mère. Seraitjuste, en retraçant, par exemple, l'historique de la bataille de Marengo, de dire que les Français ont commencé par être oattus, sans ajouter qu'un heureux retour offensif leur a fait gagner la bataille à la tin de la journée? Or, j'ai cherché eu vain dans l'exposé la simple conclusion que le saint-père avait reconnu le pou de fondement de ses premiers scrnpulei:, et qu'il avait donné la bénédiction religieuse au second mariage du prince Jérôme.

Convaincu que, dans cette question, qui touche à l'honneur et aux droits de ma famille, mon devoir, ainsi que mes intérêts, était d'appeler sur elle toute la lumière possible, j'ai toujours saisi l'occasion de répondre aux attaques ju'-idiques par le droit commun, ou aux allégations soi-disant historiques par

la piiblicil»^. C'est ainsi qu'en 1861 et 1863 j'avais la faculté, dans un procès successivement porté devant le tribunal de la Seine et devant la cour impériale de Paris, d'arrêter le débat sur le fond même de la causp en soulevant une question d'incompétence; je pouvais invoquer l'autorité souveraine du conseil do famille impérial, me prévaloir de sa juridiction exceptionnelle reconnue par nos lois ; je n'en ai rien faii ; j'ai accepté, provoqué même, une discussion solennelle. Deux décisions fondées sur les principes du droit commun sont venues confirm. r les dé rots de Tempère. ir Napoléon I" et les sentences du conseil de famille des 4 juillet 1856 ei 5 juillet 1860 rendues du vivant de mnn père ; elles ont fait plus : elles ont donné à ces annulations successives et répétées du mariage de Baltimore l'autorité de la chose jugée, après une longue cl minutieuse analyse des f=>its. une grande publicité de discussion, la mise en lumière des incidents les plus secrets, l'iiccord de la magistrature, unanime à tous les degrés, motivé sur des considérants de la plus lumineuse clarté.

Voici l'bistoriqtie exact du mariage de Baltimore, his'oriqne que je ne me lasserai pas de reproduire, toutes les fois que je trouverai une tendance à le dénaturer :

En 1803, après la rupture de la paix d'Amiens, Jérôme Bonaparte, jeté sur les côtes des États-Unis par les hasards «l'une croisière aux Antilles, interrompue par les Anglais, s'éprend de la fille duii riche négociant de Baliiniore, mademoiselle Elisabeth Paterson. Le 2.5 octobre, le jeuno officier de marine signifie au consul général de France à Washington, M. Pichon, que son intention est d'épouser prochainement cette jeune personne. M. Piclion, devinant toute la gravité qu'une pareille décision peut avoir pour l'avenir du frère du premier consu', réflige trois protestations : l'une adressée à Jérôme, l'autre \ M. Paterson, la troisième à lagent consulaire à Baltimore, avec ordre à ce dernier de remettre à M. Paterson la lettre qui lui est (le-tinée et de dresser procès-verbal de cette remise.

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Ces trois pièces portent en substance ; « La loi du 20 septembre 1792 déclare nui le mariage contracté ^tar une personne âgée de moins de vingt et un ans sans le consentement de ses père et mère. Le code civil promulgué en mars 1803 étiblit la même cause de nullité, en étendant la limite d'âge jusqu'à vingt-cinq ans. Jérôme Bonaparte, âgé de dix-neuf ans, s'il contracte mariage sans le consentement de madame Laetitia Bonaparte, sa mère, contractera un mariage invalidé par la loi de 1792 et par celle de 1803. »

Ces protestations eurent un eftet immédiat, mais qui ne fut pas de longue durée. Jérô i e écrivit au consul général qu'il avait rompu son mai-iage et qu'il partait pour New- York ; M. Paterson informa Jérôme et le consul général qu'en présence du texte de la loi française, l'union projetée ne pouvait avoir lieu. t.es choses restèrent dars cet état pendant deux mois, et il faudrait entrer dans des détails qui n'appartiennent pas à l'histoire et n'intéressent pas la question légale pour montrer ce qui, après cette péiiode d'arrêt, fit prendre brusquement un autre cours aux événements. Toujours est-il que le consul général apprit tout à coup à Washington que le mariage de Jérôme et d'Elisabeth Paterson venait d'être célébré à Baltimore, oîi l'évêque de Baltimore, CaroU, prêtre espagnol, avait uni les deux jeunes gens le 24 décembre.

Pour se rendre bien compte de la nature de cet acte, il faut rappeler qu'aux termes du code civil, lout Français qui se marie à l'étranger, selon les formes usitées dans le pays où il se trouve, contracte un mariage reconnu valable par la loi française, sous certaines conditions essentielles parmi lesquelles figure en premier lieu le consentement des parents, qui, s'il n'est pas obtenu, entraîne la nullité du mariage. Dès que cet acte fut connu en Fr.ince, on s'occupa d'en faire prononcer l'annulation. Si Jérôme n'avait été qu'un simple particulier, la déclaration de nullité n'auraii pas souffert la moindre difficulté : sa mère, iiiadatiie Laetitia Bonaparte, eût introduit auprès du '

tribunal de la Seine une demande en nullité de mariage fondée sur le défaut de son consentement, et le tribunal eût invalidé l'acte de Baltimore, conformément aux principes les plus élémentaires du droit commun ; mais, à partir de mai 1804, la personne de Jérôme avait passé sous un droit exceptionnel. Les conséquences du sénalus-consulte du 28 floréal an xn soumettiient la famille de l'empereur à la juridiction du chef de l'État. Jérôme, pour le jugemen» de la validité de son mariage, relevait non plus d'un tribunal ordinaire, mais de son souverain. Napoléon I*'". Ce changement de situation entraîaa nécessairement un changement de procédure. Le 22 février 1805, madame Laetitia Bonaparte déposa entre les mains de M. Raguideau. notaire à Paris, une protestation contre le mariage de son fils, et, les 2 et 21 mars, l'empereur siiiua deux décrets qui frappaient celte union de nullité. Ce hp fut nullement un acte de ^souveraineté politique qu'accomplit ainsi l'empereur; ce fut un acte judiciaire, sa compétence et sa juridiction personnelles se trouvant substituées, on ce qui regardail^l s membres de sa famille, à celles de la justice ordinaire. Ces décrets, rédigés par Cambacérès, légiste consommé, sont conçus dans cet esprit: la nullité du mariage ne résulte pus de l'absence du consentement impérial ; à l'époque de la célébration du mariage à Baltimore, Jérôme n'avait pas besoin du consentement de son frère pour se marier ; la nullité prononcée résulte uniquement du défaut du consent''n»ent matrrnel.

Voilà ce que l'auteur de l'article du l*' mai appelle « la ressource douteuse des décrets. » 11 ne peut toutefois s'empêcher de reconnaître que le tribunal, sur la demande de madame Laetitia, aurait pu annuler le mariage; mais il croit pouvoir expliquer le recours aux décrets par la nécessité de hâter la conclusion de l'aftaire. J'avoue ne pas comprendre quel pouvait être pour l'empereur, au mois de mars 1805, l'intéréi de gagner quelques joure sur la procédure ordinaire. La véritable raison

du recours aux décrets a 6xé de faire juger Jérôme par son juge coojpétenl, qui n'a l'ail qu'appliquer la loi commune, sous l'empire de Inquelle s'otail produit l'acto enlaclié de nullité.

Sous le premier Empire, la Restauration, le gouvernement de Juillet, la République, jusqu'en i856, c'osl-à-dire pendant cinquante ans, le dénoûment donné à l'affiire du mariage américain par les décrets de mars I8O0 a été acceplé par tout le monde comme U'i fait juridique, légal, irrévocable, et a été presque oublié par les contemporains. Madame Palerson a sollicité et accepté une pension de l'empereur Napoléon I«'^ en témoignage de son acquiescement i\ la sentence impériale ; le mariage du roi Jérôme avec la princesse Catherine de Wurtemberg a été l'objet d'actes iuternaiionaux entre la France et le Wurtemberg, sans qu'aucune protestation de madame Paterson ou de sa famille ait rappelé des droits définitivement condamnés. Plus tard, sous la Restauration et la monarchie de Juillet, le fils de madame Paterson a été accueilli par sou père, par ma mère, la princesse Catherine, par madame Lselitii ei toute la famille Bonaparte avec la plus affectueuse tendresse, preuve irrécusable qu'en Europe comme en Aniéri pie le souvenir de la naissance de cet enfant ne cachait de pri'leniions d'aucune espèce. Ce n'est qu'après plus d'un demi- siècle de silence et d'oubli que l'affaire de Baltimore a reparu sur la s(^ne judiciaire. Elle y a été introduite, non avec la prétention de contester le deuxième m.iriage, ce qui était impossible, mais avec le désir de la part du fils de madame Paterson de se faire reconnaître comme enfant légitime, en tant qu'issu d'un mariage qui, bien qu annulé, avait été contracté de bonne foi, disait-il, et t.evait en conséquence donner droit à un parlag'i d'hérédité.

Il m'est impossible de suivre ce long procès à travers la filière judiciaire qu'il a parcourue jusqu'à ce que toutes les juridictions aient été épuiées. Sous quelque forme que se soient produites les p'Oirstations contre la nullitr du mariage

de 1803, elles ont été condamnées par le conseil de famille, par le tribunal de la Seine, par la cour impériale. Jo regrette vivement que la persistance de l'esprit de parti à entretenir le public d'une afifaire si complètement et si irrévocablement lerfiiinée me force à citer encore les termes dont la justice s'est servie pour reconnaître la vérité et nous donner gain de cause. Je me bornerai au dernier considérant de l'arrêt de la cour impériale en date du [«juillet 1861, considérant qui résume tout le procès :

« Considérant qu'ainsi l'acte de mariage qni sert do base aux conclusions des appelants a été anntilé par deux décrets souverains, et son exécution repoussée par deux sent-nces renoues eu demi r ressort; que le résultat inattaquable de ces droisions est conforme d'ailleurs à la plus évidente équité : que le mariage contracté par le prince Jérôme, le 12 août 1807, sous Us yeux de l'Europe entière, témoignage solennel des grandeurs de la France impériale, célébré en pleine bonne foi el sous les plus augustes sanctions, ne pourrait sans injustice voir les droits qu'il a fait naître sacrifiés à un acte passé en fraude des lois de la patrie, accepté par la double imprudence d'un mineur de dix-neuf ans et d'une famille avertie, et dont l'annulation souverainement prononcée est restée pendant plus d'un demi-siècle incontestée ,

ï Par ces motifs :

» La cour, staluan: sur l'appel, dit que l'action de la dame E. Paterson et de J.-N. Bonaparte est reconnue mal fondée, dans tous les cas non recevable, les déboute de toutes les tins el conclusions, dit que le dispositif du jugement dont e^t appel sera exécuté selon sa forme et teneur. »

Voilà donc la question du mariage civil complètement éclaircie et vidée. Reste la question du mariage religieux ; que M. d'Haassonvillc traite dans son article.

L'empereur n'avait eu garde de les confondre. Par les décrets de mars 1805, il avait résolu l'une définitivement ; au

mois de mai de la même année, il demanda au pape de résoudre l'autre, en déclarant religieusement nulle l'union contractée devant l'cvéque Caroll. C'était uniquement par convenance religieuse et dans l'intérêt du catholicisme que l'empereur s'adressait au saint-siége, car, à tout prendre, il n'avait pas besoin de son intervention pour rendre à son Irère la liberté matrimoniale, telle que la comportait la loi française. L'auteur de l'article se trompe dans cette circonstance en parlant ironiquement de ces sentiments de Napoléon. Sa sincérité ne pourrait sérieusement être mise en cause : il lui répugnait de donner, dans sa propre famille, l'exemple de l'indifférence religieuse, et d'être le premier, dans la personne de son frère, à se priver d'une sanction que la législation n'imposait pas aux citoyens, mais dont sa politique recommandait le respect. A cette ouverture, le pape répondit par un refus, et M. d'Haussonvillc cite à peu près en entier la lettre du saint-père.

Cette citation textuelle est un véritable acte d'impariialité, car il est impossible que le lecteur ne soit pas frappé de la singularité de cette pièce, dans laquelle le pape reconnaît que le mariage est nul au nom du droit canon, tout en refusant de déclarer cette nullité, par un scrupule de formalisme qu'on ne saurait prendre au sérieux. Ainsi « la cause canonique de nullité résulte de la clandestinité; celle cause d'empôcliement a été spécialement formulée par le concile de Trente.» L'Église a donc le devoir d'annuler l'acte clandestin; mais, par malheur, a le décret du concile de Trente n'a pas été publié à Baltimore: il est en conséquence hors du pouvoir du pape de prononcer le jugement de nullité. » Le pape « a ordonné les recherches les plus secrètes et les plus minuliouses aux archives d<; l'inquisition pour savoir si le décret du concile de Trente a été publié à Baltimore, et l'on n'a rien trouvé. »>

M. d'Haussonvilln constate que la lettre du pape parut ;'i Napoléon a d'une puérilité ridicule ». Je n'oserais pas répondre qu'elle ne lui fasse pas à lui-même cet etfct; seulement, il ne

met pas en doute la bonne foi du pape, tandis qu'il reconnaît que l'empereur n'hésita pas à voir dins un refus si é rangement motivé « une prouve surabondante de l'offensante mauvaise volonté du pape et rintenlion où le Vatican était de lui être désagréable, et de prendre ainsi sa revanche de rafifaire des Légations. »

Je n'ai pas à me prononcer entre ces deux appréciation-. Ce (lu'il m'importe de constater, c'est d'une part les motifs et la teneur du refus momentané du pape, de l'autre le retour ultérieur que le pape crut devoir faire sur celte première décision. Celte seconde phase de l'affaire, l'auteur la passe sous silence, ainsi que je l'ai dii en commençant, et c'est peut-être ce silence que je regrette le plus dans son article.

Je crois devoir y suppléer.

Quels qu'eussent été les motifs de sa première résistance, le pape n'y persista pas; si! ne rendit pas lui-même une bulle pour l'annulation du mariage, il permit que l'officialiié diocésaine de Paris prononçât cette annulation par décision du 6 octobre 1806. Le 23 août 1807, le mariage religieux du roi Jérôme et de li princesse Catherine de Wurtemberg fut célébré en grande pompe dans la chapelle des Tuileries. Le prince-primal. assisté de plusieurs évoques, officia et donna la bénédiction nuptiale aux époux. Le prmce-primat n'était ni un prtlat français ni un sujet de Napoléon. C'était un prince souverain. On ne supposera probablement pas qu'il ail célébré le mariage de Jérôme sans l'assentiment du pape et en opposition, sur un si grave sujet, avec l'auloriié de l'Église et du saint-siége ; celte célébraiien n'est-ellc pas la n. connaissance de la radicale nullité du premier mariage au point de vue religieux i

Enfin j'ajouterai que, ious la Restauration, ce môme pape Pie Vil donna pendant quelque temps à Rome un généreux asile au prince Jérôme, errant et proscrit, et prodigua k ma mère, quoique protestante, les marques d'une estime et même

d'une affection lonle parliculière dont j'aime à me souvenir. En agissant ainsi, peut-on croire qu'il fût encore sous l'empire des préoccupations que lui avait inspirées la lettre de juiti 1805 sur la validité canonique du mariage de Baltimore? C'est ce que personne n'a jamais soutenu, pas même le célèbre avocat de la légitimité que j'ai eu pour adversaire devant les différentes juridictions dans toutes les phases et dont les éloquentes plaidoiries ont visiblement influencé les jugements de M. d'Haussonville.

J'aurais désiré borner la rectification contenue dans cette leitre au sujet qui intéresse directement la mémoire de mon père ; mais, au moment de la terminer, je ne puis me décider à laisser passer sans protestation l'étrange tableau que l'auteur de l'article trace de l'intérieur de la famille Napoléon en 1804 et 1805.

Les rapports de l'empereur avec ses trois frères, Joseph. Lucien et Louis, y sont présentés sous le jour le plus odieux. Ici, c'est Napoléon qui dit « que Lucien est capable de l'assassiner, mais qu'il a meilleure opinion de Joseph; » là, l'empereui tient le discours suivant, digne d'un tyran de mélodrame : « Vous n'avez rien à craindre de moi ; je ne suis pas le tyran de ma famille. Jamais je ne commettrai de crime, puisq)ie je n'en ai pas commis pour me séparer de ma femme, pour faire un divorce qui avait été réso'u dans ma tête jusqu'à mon voyage en Normandie et en Belgi(|ue, où j'ai pu connaître la bassesse des Français et m'assurer qu'il n'était pas nécessaire d'en venir là pour obtenir de leur servilité tout ce que je voulais en exiger. » Voilà les paroles que l'on met dans la bouche de l'homme qui, plus qu'aucun chef de nation qui ait paru dans le monde, a mis son orgueil à confondre sa propre grandeur avec celle du peuple qu'il représentait ! Plus loin, on montre l'empereur saisissant le prince Louis par le milieu du corps, et le jetant avec la plus grande violence hors de son appartement. Partout enfin nous lisons les plus outra-

gcanles allusions aux soupçons et aux plaintes de ce frère de Napoléon.

L'auteur de l'article du !«' mai, nous le reconnaissons, indique la source oii il a puisé ces révélations d'une si grossière invraisemblance, mais sans qu'un seul mot de sa pari donne à entendre qu'il ne les accueille qu'avec réserve, sinon avec défiance. Cette source est un livre qui a paru en 1858 sous le titre de Mémoires du comte Miot de Melito. Je demande à 1 opinion publique de condamner formellement ce système littéraire en vertu duquel un fait, parce qu'il est rapporté dans un écrit imprimé, acquiert pour un auteur le caractère de la certitude historique au point d'être enregistré par lui sans commentaires. I! n'y a pas de fausseté, d'erreur, de calomnie, qu'il ne soit possible d'accréditer au moyen d'une authenticité de cette nature. Je le dis en thèse générale : mais, quant aux Mémoires du comte Miot de Melito, je puis préciser les motifs qui auraient dû les faire accueillir avec plus de circonspection par un écrivain du caractère do M. d'Haussonville. Veut- on que des mémoires sur une personnalité aussi exposée aux passions politiques de nos jours que l'esl celle de Napoléon I^' el de ses frères puissent être consultés en qualité de documents historiques, il faut évidemment qu'ils n'aient pas clé rédigés et publiés sous une inspiration notoirement hostile. Il faut une preuve quclcocque de la vérité des documents invoqués. Or, quelle apparence de réalité ont les lettres ou les conversations citées dans les Mémoires du comte Miot de Melito? Aucune. Si c'est le comte Miot de Melito qui a écrit ces mémoires, ce c'est pas lui qui les a publiés. Je ne sais pas quelles sont les noies qu'a pu laisser c*t ancien serviteur du roi Joseph, qui a rompu dans la dernière partie de sa carrière les liens politiques qui l'avaient attaché à ma famille. Ce qui est certain, c'est que ces notes, tombées, par suite d'alliance de famille, entre les mains du i,'énéral wurtendjergeois Fleischmann, ont été puliiiées par ce dernier longtemps après la mort du il. 2*

comte de Melilo. M. le général Flciscliinann était un étranger qui a combattu contre nous, et qui, aimant peu la France, s'est inspiré des ennemis de l'Empire et a fait une œuvre de parti. Est-il besoin d'insister sur la valeur historique des mémoires publiés par ce personnage ? Ce n'est pas la première fois que les faussetés des Mémoires du comte Miot de Melito ont été 'rectifiées. Si j'ai bonne mémoire, un de mes cousins, le prince Pierre Bonaparte, a exigé et obtenu une rectification qui concernait son père, le prince Lucien, dans le premier volume de cet ouvrage.

Je laisse à chacun le soin d'apprécier l'aulhenlicité et la véracité des Mémoires du comte de Melito ; mais je soutiens qtie, si un écrivain a le droit de citer des documents, j'ai celui do signaler leur origine et leur valeur.

Aujourd'hui, monsieur le directeur, je demande à votre impartialité l'insertion de la présente lettre, destinée â compléter et sur certains points à contredire le récit de M. d'Haussonville. Partisan pour chaque citoyen de la liberté de publier ses opinions par la voie de la presse, c'est à cette liberté môme que je crois devoir recourir ici, convaincu qu'en général c'est à la liberté de la presse seule qu'il faut demander le redressement de ses abus et de ses erreurs.

Recevez, monsieur le directeur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Napoléon (Jérô.me).

hilais-Uoyal, le il juin I86Ï. .

AU DIRECTEUR DE LA Rcvue des Dcux Mondcs.

l'-r juillet 1867.

Monsieur,

Je m'oxplique et je respecic le mouvement de piété tiliale qui a diclé les observations de Son Altesse impériale le prince Napoléon insérées dans la dernière livraison de la Revue des Deux Mondes. Je suis aise de pouvoir rendre hommage aux opinions qu'il exprime sur la liberté de la presse : ces opinions sont les miennes ; justes en elles-mêmes, elles deviennent véritiblement méritoires chez les princes, surtout quand ils y conforment leurs actes dans la bonne fortune; elles me semblent aussi, par comparaison peut-être et par je ne sais quel contraste, dignes d'être remarquées dans la bouche de celui qui occupe sur les marches du trône impérial une position si élevée,

A présent que j'ai rendu justice aux sentiments de Sou xVltesse impériale, vous trouverez simple, monsieur le directeur, qu'avec ce même esprit d'indépendance que le prince veut bien me reconnaître, sans mécarter des égards qui lui sont dus et des règles ordinaires d'un polémique courtoise, je désire discuter, non toutes les assertions contenues dans la lettre qui vous a été .ndrcsséc, mais seulement celles qui me concernent personnellement, et semblent prendre la forme d'un reproche d'inexaciiiude et de malveillance préméditée envers la famille impériale. J'esi^re démontrer que ce> assertions sont dénuées de fondement.

Il m'arrivo ici ce qui est arrivé à l'historien de Consulat et de l'Empire, lorsque par le cours naturel de son récit il fut amené à parler du mariage contracté en Amérique par le prince

Jdrômo Bonaparte. Il reçut alors, ou plulôl ses éditeurs reçurent pour lui, du fils du prince Jdiôme et d'Elisabeth Paterson, une protestation qui est insérée au dix-septième volume de ce bel ouvrage. Aujourd'hui, et c'est, hélas ! le seul rapport que j'aie avec M. Thiers, je reçois, ou plutôt vous recevez, monsieur le directeur, une réclamation du fils né du mariage du môme prince Jérôme avec Son Altesse la princesse (Catherine de Wurtemberg. Ces réclamations ne prouveraient-elles point qu'il y a parfois dans l'étude de nos temps modernes des sujets d'une nature si délicate, qu'il est impossible, quelque soin qu'on y apporte, de les relater même brièvement et en toute conscience sans exciter bien malgré soi de vives et honorables susceptibilités. .le m'étais presque flatté de. n'en provoquer aucune, et, pour mieux y parvenir, je m'étais abstenu d'exprimer aucune opinion quelconque sur la validité ou la nonvalidité du mariage contracté à Baltimore par le prince Jérôme. Je n'ai fait que transcrire le jugement qu'en avait alors porté le pape Pie VII. D'appréciations personnelles, il n'y eu a nulle trace dans mon étude ; je me suis volontairement borné à exposer les faits tels qu'ils sont énoncés dans les lettres do l'empereur, dans celles du roi Jérôme et dans le mémoire si habilement rédigé par l'émincnt conseil" du prince, M. Allou. De ces iait?, Son Altesse impériale n'en contredit d'ailleurs aucun. KUe m'accuse uniquement d'avoir omis, dans un chapitre consacré aux événements de 1803, les événements qui se seraient produits deux ans plus lard, en 1807, au mojucnt du mariage du roi de Westphalie avec la princesse Catherine de Wurtemberg. Un tel re])roche est fait pour étonner tous les historiens de l'Europe. L'article contenu dans la Revue de ce jour ne va lui-même que jusqu'à la moitié de l'année 1806. Je demande à Sou Altesse impériale un peu de patience, et, si elle veut bien me suivre jusqu'au bout de ce long travail, nous arriverons à cette année 1807; mais peut-être ne scrai-je pas assez heureux pour me trouver alors parfaitement d'acco^-d

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avec elle. Le prince Napolt^on dit positivement qu'à celle époque « le saint-père avait reconnu le peu de fondement de SCS premiers scrupules, et qu'il avait donné la bénédiction religieuse au second mariage du roi Jérôme. >•

Voilà, je l'avoue, la première nouvelle qui m'en parvienne. Si les choses se sont en effet ainsi passées, nul doute que je ne sois fort empressé de le reconnaître et de le bien constater quand le moment sera venu ; mais, pour cela, il est absolumen! nécessaire que Son Altesse impériale veuille bien avoir la bonté de me venir efficacement eu aide, car le malheur veut que les documents qui sont actuellement en ma possession ne s'accordent point avec la version du prince. Je sais bien, et le prince en cela ne m'a rien appris, que, lors du mariage du roi Jérôme, Sa Sainteté s'empressa d'écrire à l'empereur des Français pour lui adresser ses compliments et lui exprimer ses vœux pour le bonheur des jeunes époux ; mais je sais aussi qu'il faisait en même temps ses réserves en exprimant Tespoir que des théologiens plus heureux que lui avaient sans doute trouvé pour invalider le premier mariage des motifs qu'il n'avait pas pu découvrir. Voici, d'ailleurs, le texte de cette lettre du pape Pie VII à Napoléon I*"^ :

« Nous remercions bien affectueusement Votre Majesté pour la lolire très-gracieuse et pleine des plus vives exj^ressions de sa piété filiale et de son attachement pour nous, par laquelle elle nous fait part du mariage célébré entre Son Altesse impériale le prince Jérôme Napoléon, notre très-cher fils ei son très-aimé frère, avec la princesse royale Catherine de Wurlcmberg. Nous leur souhaitons de tout notre cœur non-seulement !es plus grandes, mais encore les plus pures consolations. Tandis que nous louons le Seigneur pour tout le bien qu'il lui a plu de départir à Voire Majesté et à son auguste famille, nous espérons encore qu'après l'examen q:>e nous avons fait des motifs qui ont été produits relativement à la nullité de l'autre mariage contracté par le prince impérial susdit, il peut s'être présenté de nou-

vfdlcs ei valables raisons qui, ne nous ayant pas clé exposées alors, nous sont cntiôromenl inconnues, en suite desquelles s'en est suivie la célébration à laquelle Voire Majoslé a participé. J'ai la contiancc que ce sera une consolation pour celle amertume et cette inquiétude ([ue, devant Dieu et dans l'intimité de notre cœur, nous ne pouvons nous empcchor de nous rappeler lorsque sur cette proposition nous avons écrit autrefois à Voire Majesté'... »

Ce n'est pas celte démarche purement courtoise de Pie VII que Son A liesse impériale entend représenter comme l'équivalent d'un démenti donné à son jugement antérieur. Si le prince Napoléon pensait qu'il a prouvé l'assentiment définitif du souverain pontife parce qu'il a rappelé que le mariage du roi son père a été célébré en çrrandc pompe aux Tuileries par le prince-primat, assisté de plusieurs évéquos, je l'engagerais, pour touie réponse, à se faire présenter la correspondance du cardinal Caprara, légat du saint-siége à Paris. Il y verra que ce membro du sacré collège a été trcs-ouvei-temenl réprimandé par Pie Vit pour avoir, justement à cette même époque, osé prendre sur lui d'officier au mariage de Son Altesse impériale la princesse dcBeauharnais, qui éiait catliolique, avec le grandduc de B;idcn, qui était pro!e.4ant. La lellro du pape est longue, rédigée en termes clairs et très-sévôros pour son représentant à Paris. La raison principale qu'il donne de son niéconteniemenf, c'est que la pré;ence du légat a pu faire croire à des personnes mal informées qu'il approuvait de semblables unions. L'approbation du souverain pontife ne résulte donc en aucune façon du fait qu'un ecclésiastique quelconque, voire un légal, et le primat ne l'était pas, aurait assisté de sa personne ou donné la cons<>cration A un mariage non reconnu

1. Cctle lettre a été écrite par Pie VU en Ualien; nous donnons la traduction toile qu'elle oxislo dans les documents officiels français. La lettre est sans date, mais olle ihtjl être du mois d'amU ou deseplcinlire 1807.

par le saint-pèro. Le passigo suivant, emprunlô aux Mémoires du cardinal Consalvi (t. Il, p. 452) no laisse à cet égard aucun doute : « Le pape, dit le cardinal, reconnni donc les nouveaux rois de Bavière et de Wurtemberg-, le grand-duc de Berg, le duc de Baden et d'autres princes semblables; mais il ne consentit point à agir de la sorte vis-à-vis des nouveaux rois de Naples et de Westphalie. S'il eût donné son adhésion à ce dernier, et s il eut entamé des négociations avec lui, il se serait trouvé fort embarrassé par rapport à la nouvelle compagne du prince Jérôme, car. tant que le premier mariage contracté en Amérique n'était pas légitimement annulé. Sa Sainteté ne pouvait accordera cette princesse le titre de reine. « Voilà ce que Consalvi, ministre bien informé s'il en fut des intentions de son souverain, écrivait, en 1811, pendant sa séquestration à Reims.

Qaanl aux témoignages d'estime et d'affection que Pie Vil aurait prodigu-^s, prndant leur exil, au roi Jérôme et à sa femme protestante, il est bien évident que ces marques d'hospitalité ne sauraient avoir à aucun degré le caractère d'une décision canonique impliquant l'approbation des faits accomplis. Y a-l-il uoe pièce qui corrobore l'affirmation toute nouvelle pour moi « que le pape aurait reconnu le peu de fondemont de ses premiers scrupules? » Voilà toute la question. Si ce document existe, je serais heureux, monsieur le directeur, que Son Altesse impériale voulût bien le produire.

Le jour où cette pièce inédite me serait communiquée, je n'aurais cependant rien à rectifier, car, n'ayant pas eu occasion de raconter le second mariage du roi Jérôme, je n'ai rien avancé ni rien préjugé à ce sujet. Pour anticiper ainsi sans nulle nécessité sur l'ordre des temps, je sentais trop ce qu'il y a de scabreux à soulever seulement de pareilles controverses, qui, par leur nature, échappent à la compétence de l'historien et ne relèvent que de la Ihco'.ôgie. Aujourd'hui, même en présence de la lettre du prince N.ipoléon, je me refuse absolument

à les ahoidor; qu'il soit Sfiiiloment assur('! que je suis, comme lonlcs les personnes vers(!!es dans IVtudo de la première moitié de ce siècle, plein de respect i)Our la mémoire de l'ancienne reine de Wcstphalie, sa mère. Elle a 6[é sur le trône cl dans l'adversité une princesse entourée de l'estime publique, et, pendant tout le cours d'une union qu'elle n'avait pas recherchée, on a pu la citer comme une épouse parfaitement noble, douce et résignée à toutes les épreuves.

La seconde partie des observations de Son Altesse impériale porte sur les Mémoires du comte Miot de Melito. Sans le dire formellement, le prince paraît vouloir contester l'aulhen icilé et l'autorité de cet ouvrage. « Je soutiens, dit-il, que, si un écrivain a le droit de citer des documents, j'ai celui de signaler leur origine et leur valeur. » Cela est parfaitement juste; ce droit appartient inconleslablcment à Son Allcsse impériale. Je regrette qu'elle n'en ait pas usé plus tôt, et je vous demanderai la permission, monsieur le directeur, de faire remarquer que ces mémoires ont été publiés en 1858, il y a neuf ans, par M. le général de Fleischmann, gendre de l'auteur. Il me semble que c'est au général de Fleischmann lui-même que les réclamations du prince auraient dû être directement adressées. Pour ce qui me concerne, d'après les propres paroles de Son Altesse, je ne serais à blâmer que si je m'étais légèrement servi de ces mémoires sans me renseigner sur leur valeur et leur origine. Telle n'est pas mon habitude. M. de Fleischmann dit positivement, dans la préface mise en tôle des mémoires de son beau-père, qu'il les publie intégralement, « en retranchant seulement ce qui ne pouvait avoir d'intérêt ([ue pour la famille du comte Miot de Melito, et qu'il s'est bien gardé d'y rien ajouter qui pût altérer la nature des impressions que les événements ont produites sur l'esprit de l'auteur. » C'est bien là la lâche d'un éditeur consciencieux.

Pour garantie de la façon dont cette tâciie a été accomplie, nous avons donc les propres affirmations du général do Fleis-

chnianu ; quelle valeur ont-elles? Les hommes que j'ai consultés, les hommes le^; plus haut placés dans l'opinion publique, connaissant personm-llemcnt lo général de Fleischmann, m'ont assuré que ses paroles avaient une valeur extrême, et que c'était un officier plein de droiture, aussi éclairé quiodépcndant, et vivant aujourd'hui dans ses terres, près de Stuttgart, où il lira sans doute avec surprise les assertions de Son Altesse impériale. M. de Fleischmann est un Wurtembergeois, dit le prince; cela est vrai; mais je ne vois pas pourquoi, aux yeux du fils d'une princesse de Wuitemberg et d'un ancien roi de Westphalie, la parole d'un ^^'u^lembergeois ne vaudrait pas celle d'un autre, jusqu'à preuve contraire, bien entendu; cette preuve, le prince ne la donne pas. M. de Fleischmann a combattu contre nous, dit encore Son Altesse. Je ne sais. Les Wurtembergeois de sa génération se sont presque tous battus en effet avec et contre nous. Cela non plus n'est pas en soi une démonstration de la fausseté des Mémoires du comte Miot de Melilo. Dans la préface que je citais tout à l'heure, le général de Fleischmann nous apprend que le comte Miot de Melito, son beau-père, avait l'habitude d'écrire tous les soirs ce qu'il avait ap|iris ou observé dans la journée. Les extraits de conversation que j'ai cités paraissent avoir été en effet consignée par écrit par quelqu'un qui en avait l'esprit encore tout fraîchement rempli et qui reproduit textuellement les expressions mêmes qui l'ont le plus frappé. Faut-il mettre en suspicion le comte Miot de Melito lui-même? C'était un membre de l'Institut estimé de ses collègues; il a été conseiller d'État, ambassadeur et ministre sous l'Empire. Il devait tout à la Révolution et à l'empereur. Que faut-il de plus à un auteur de mémoires historiques pour avoir droit à la confiance du public? Que, dans la dernière partie de sa carrière, celui-ci eût t rompu les liens politiques » qui l'attachaient à la famille impériale, ce n'est pas là une circonstance faite pour enlever à un honnête homme le droit d'être cru sur les choses qu'il avance. Après tout.

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l'iini(}uc raison qiio donne lo prince Napoléon de la mélianoo que lui inspirent les Mémoires du comte Miot de Melito, c'est qu'ils représentent l'empereur et ses frères comme ayant souvent été divisés entre eux ets'étani sé\èrenient el désagréablement exprimés sur le compte les uns des autres. A ce titre, tous les mémoires sérieux de cotte époque seraient à peu près également suspects. On aurait beaucoup à faire, si l'on voulait démentir, non pas tous ces écrits, mais seulement ceux qui nous viennent des serviteurs les plus éprouvés de la dynastie impériale. A s'en tenir aux jilus authentiques, il faudrait contredire M. de xMcneval, le duc de Rovigo et le comte Rœderer, dont les souvenirs trés-curieux el Irès-recherclié.s ont été récemment mis en circulation à un trop petit nombre d'excmplaiies. Il faudra aussi se préparer h réfuter les papiers laissés par les fonctionnaires de l'Empire les plus haut placés, par rarchichancclier Cambacérôs, par M. de Talleyrand, par M. Pasquicr, ouvrages qui n'ont point encore pnru, mais dont l'exislonco n'est pas Ignorée des personnes bien informées. Il faudra que l'on réfute les Mémoires du roi Joseph, publiés par M. Du Cas«e, et l'ouvrage du roi Louis sur les affaires de Hollande ; il faudra enfin nier tout ce que nous ont raconté nos pères, loiit ce qu'ils ont vu de leurs yeux et entendu de leurs oreilles. Il y a plus : il faudra (juc le piince s'inscrive en faux contre la correspondance de l'empereur Napoléon I", publiée officiellement par une commission dont il est lui-même aujourd'hui le président. Plus la publication de cette correspondance avancera, plus éclateront en effet, si on nous la donne entière, les preuve? de la division qui, par moment, a été si vive entre les membres de la famille impériale.

Il est vrai qu'une précaution a été prise récemment pour en soustraii'c désormais au public les symplôme-; les phis fcleheux. La commission de ISÎJi, qui avait si scrupuleusement édité les ([uinze premiers volumes de la correspondance, a été dissoute. C'est encore Son Altesse le prince Napoléon qui préside la

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nouvelle commission, et il a eu la bonne foi de nous avorlir liii-môme, dans le rapport qui précède le seizième volume, que les lettres de l'empereur ne seraient plus intégralement publiées. « En général f nous avons pris pour guide celte idée bien simple, dit Son Altesse impériale, à savoir que nous étions appelés à publier ce que l'empereur aurait livix^ à la publicité, si, se sur>"iYant à lui-même, et devançant la justice des âges, il avait voulu montrer à la postérité sa personne et son système. > Le nouveau plan est en effet bien simple, et peutêtre en sail-on mieux la portée en lisant la réflexion qui se trouve quelques lignes plus haut dans ce même rapport. « Quel est le gouvernement , quelle est la famille même qui , ayant eu un de ses membres mêlé aux grandes affaires du îTiOnde, voudrait prendre l'opinion publique pour conSdenic •non-seulement de ses actions, mais de ses pensées les plus intimes? 9 Le prince a peut-être raison; mais cela mènerait loin : après avoir expurgé les lettres de Tempereur, il faudra sans doute biffer les clauses de son testament, puisqu'à son lit de mort il a écrit : « Je pardonne â Louis le libelle qu'il a publié en 1820 ; il est plein d'assertions fausses et de pièces falsifiées. » Cependant, si, d'un côté, les Mémoires du comte Miot de .Mclilo doivent être tenus en suspicion parce qu'ils accusent les divisions qui ont existé parmi les membres de la famille impériale ; si, d'un autre côté, les lettres qui constatent ces mêmes divisions doivent être éliminées de la corrrsponilance de l'empereur parce qu'elles le feraient apparaître au milieu des siens autrement qu'il aurait souhaité de se montr.^r à la po:térJté; si, pour la même raison, il faut cacher son tes-' lament, il est permis de se demander ce que devient l'histoire ainsi entendue. Je la conçois, je l'avoue, tout autrement. J'ai le culie passionné de la vérité ; je la clierche consciencieusement partout, et, lorsque je crois l'avoir rencontrée, je m'efforce de la dire telle que je l'entrevois sans aucun esprit de parti ; c'est mon intention du moins. M'es", il donné d'y réussir ? Le

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public en dt^ciclera niioiix quo Son Allosso inijK^rialo, qui n'osl poul - ôlrc pas, maigre^ ses lumicros, le jugo lo plus ddsinlércssé en celte maiirrc. Je lâche de faire eu ce moment passer sous les yeux des lecteurs de la lieime un des dpisodes les plus curieux et les moins connus de nos annales i)resque contemporaines. L'dtuilc à laquelle je me livre avec toute i'al- Icntion et tout le scrupule dont je suis capable n'est pas, à coup sûr, le panégyrique enlbousiaste de rEmi)ire, elle n'en est pas non plus, ce me semble, la critique amôre et malveillante. Si je commets quelque erreur, je ne demande pas mieux que d'être redressé ; mais je voudrais qu'on m'opposât des témoignages de nature à infirmer ceux que j'invoque. En attendant, je poursuivrai mon travail de la manière la plus impartiale, en indiquant toujours les sources où je puise el^les documents dont je m'appuie. Ce ne sera pas ma faute si l'hisloii e ainsi rendue ne concorde pas tout à fait avec les légendes que plusieurs s'attachent à propager en France, et qui semblent avoir surtout cours à Ajaccio.

Agrée?, monsieur le directeur, l'assurance de mes sentiments de considération les plus distingués.

d' Hau sson ville.

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