‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 74 sur 83 · LETTRE DU GENERAL DE FLEISCIIMANN · texte numérisé non relu

LETTRE DU GENERAL DE FLEISCIIMANN

Stultfrart, 12 juillet iMi.

Monsieur,

On vient d'appeler mon attention sur une lettre de Son Altesse Impériale le prince Napoléon, en date du 27 juin dernier et insérée dans la livraison du l'"'" juillet de la Revue des Deux Mondes. Le principal but de cette lettre est d'éclairer

riiistoire du mariage conclu daus l'année 1803 en Amérique par M. Jérôme Bonaparte , alors mineur . et de prouver la nullité de cette union, nullité résultant du défaut de consentement maternel ; mais la discussion de ce point histoiique a en même temps fourni au prince Napoléon l'occasion de parler en lennes on ne peut plus blessants pour l'auteur et pour l'éditeur d'un livre qui a paru en 1858 sous le titre de Mémoires du comte Miot de Melito, et qui, selon lui, a été publié sous une inspiration notoirement hostile. Voici, monsieur, ce que j'ai à répondre aux attaques trop peu mesurées que le prince Napoléon a dirigées contre feu mon beau-père et contre inui.

En 1827, le conilê Miol vint s'établir à Stuttgart auprès de sa fille et de son gendre. Désirant, avant de commencer la traduction de Diodore de Sicile , qu'il se proposait d'entreprendre, occuper ses loisirs par un travail moins sérieux , il résolut de mettre en ordre et de compléter, à l'aide de ses propres souvenirs, le journal dans lequel il avait l'habitude , depuis nombre d'années, de noter, le soir, ce que dans la journée il avait observé ou appris de mémorable. Ce travail , dans lequel j'assistai mon beau - père , prit plus de deux ans , et forme quatre gros volumes de mémoires mis au net par moi et corrigés çà et là de la main de M. Miot. Les principaux faits contenus dans ces quatre volumes manuscrits, notamment les récits des entretiens confidentiels avec le prince Josejth , qui ont particulièrement déplu à Son Altesse impériale le prince Napoléon , sont tirés littéralement du journal du comte Miot. Naturellement, je ne l)rélends pas en certifier l'exactitude ; mais ce que je puis garantir , c'est que le comte Miot , dont la loyauté , la bienveillance et le désintéressement seront sans nul doute attestés par tous ceux qui l'ont" connu , était incapable d'altérer sciemment, en quoi que ce soit, la vérité. 11 est donc éùdonlciuc. s'il y a dans ces récii- -h < iiiexactiludcs ou des

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exagérations, il faut s'en prendre, non au comte Aliot, mais aux personnes qui lui ont livré les particularités dont l'authenticité serait contestée.

Le prince Napoléon dit que, dans la dernière partie de sa carrière, le comle Mioi avait rompu les liens politiques qui l'avaient altaclié à la famille impériale : cela n'est pas exact, et, comme preuve du contraire, je citerai le récit de la scène à Blois, du 7 avril 1814 (l. III des Mémoires^ page 362), le dévouement infatigable avec lequel M. Miot a servi l'empereur même pendant les Gcnt-Jours, et enfin son voyage en Amérique, entrepris à un âge assez avancé sur les pressantes invitations du comle de Survilliers, avec qui il est resté en correspondance jusqu'à sa mort.

En 1831, le comte Miot retourna en France, emportant avec lui le manuscrit de ses mémoires, et, en 1838, nommé moimême ministre plénipotentiaire de Wurtemberg à Paris, je vins l'y rejoindre avec ma famille. M. Miot mourut en janvier 1841, et, la révolution de 1848 ayant mis tin à ma mission auprès du gouvernement français, je retournai à Stuttgart. A Paris déjà, quelques personnes à qui j'avais communiqué des fragments des Mémoires du comle Miot et qui les trouvaient aussi intéressants que précieux pour l'histoire de l'époque mémorable qu'ils embrassent, m'avaient encouragé à les livrer à la publicité. Je me déterminai donc à en faire une édition lorsque la tourmente des années 1848 et 1849 eut commencé à se calmer. J'en ai retranché tout ce qui ne pouvait pas offrir un intérêt historique ; mais, dans les trois volumes de cet ouvrage , il n'y a pas un mot de mon cru. Les Mémoires du comle Miot devaient paraître en 1856; ils n'ont paru qu'en 1858 par suite de circonstances indépendantes do ma volonté. J'ai cru devoir entrer dans ces détails pcir expli(iuer pour(juoi le livre n'a vu le jour ([uo dix-sept ans après la mort de l'auteur

Par les insinuations très-peu bienveillantes pour moi conte-

nues dans la lellre du prince Napok'on et par le dédain avec lequel il se plaît à y parler de ma personne , je vois avec regret que je ne puis me vanter de jouir de ses boones grâces. Son Altesse impériale me reproche d'avoir combattu contre les Français, et il est vrai que, dans les campagnes de 1814 et 1815, j'ai fait partie, avec les troupes wartembergeoises , des armées alliées qui ont pénétré en France ; mais il est vrai aussi que, dans les guerres précédentes, j'ai combattu à côté des Français; mon souverain était alors l'allié de l'empereur Napoléon. C'est la destinée du soldat, le prince le sait sans doute , de se battre contre celui qu'on lui désigne comme ennemi.

Le prince Napoléon prétend que j'aime peu la France; celte affirmation est toute gratuite. J'ai passé seize ans des meilleures années de ma vie à Paris, j'y ai trouvé un accueil bienveillant et plus dun ami. Ma femme était Française, lé fils que j'eus le malheur de perdre a fait en F'rance ses études comme ingénieur, il y a été employé comme tel et a épousé une Française; le mari de la fille qui me reste et mes petits-fils sont Français. Les liens qui m'attachent à la France sont donc nombreux, et j'ai bien des motifs de souhaiter toute sorte de prospérités à ses habitants.

Le prince Napoléon est dans Terreur lorsqu'il dit que le prince Pierre Bonaparte a obtenu de moi une rectification concernant son i)ère, le prince Lucien. Comme simple éditeur, je ne pouvais rien rectifier dans un ouvrage dont je ne suis pas l'auteur ; mais je me suis engagé, si jamais il y avait lieu de publier une seconde édition des Mémoires du comte Miot, à y supprimer les passages qui étaient de nature à blesser le sentiment filial du prince Pierre.

Quant à la supi)Osilion du prince Nai)oloon, qui avance que je me suis inspiré des ennemis de l'Empire, je no puis que répéter ce que j'ai déclaré dans une autre occasion : mes opinions sont parf.iitemcnt indépendantes, elles ne sont inspirées

par personne ni par aucun parli, cl ne reposent que sur mes scnlimcnls et mes convictions individuels.

Après tout ce qui précède, je crois pouvoir à mon Luur laisser à chacun le soin d'apprécier la valeur des doutes que Son Altesse impériale le prince Napoléon a cherché à jeler sur l'aulhenlicité et la véracité des Mémoires du comte Miot de Me II ta.

Agréez, monsieur le directeur , l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Général de Fleiscumann.

LE CARDINAL CONSALVI AU CABDINAL C.MMtAUA.

Rome, 18 seplembre 1806.

Votre Éminencc, par sa dépêche du 18 août, insiste pour le prompt renvoi du catéchisme. On était occupé à l'examiner avec le soin que mérite un objet de cette importance traité par un auteur aussi savant. L'importance môme de l'objet et la multiplicité des occupations de tout genre n'ont pas permis d'activer encore cet examen, que l'on se croit obligé de suspendre aujourd'hui, parce que, pour être fidèle au secret recommandé, on n'a pas cru devoir prendre copie de l'original qu'on renvoie à Votre Émincnce.

Votre Éminencc a exprimé le doute de savoir si l'on peut donner à chaque évcquc la faculté de se servir du caléchisme que chacun d'eux croit préférable, ou si le youvernemcnl a le droit d'en déterminer un qui soil le même dans toute l'élenduo de l'empire français. Au iiremier cas, l'on conliimerait à faire; en France ce qui s'y esl praiiciué dans le temps passé; cluuiuc

<?v6 |ue se sentait dans l'enseignement de la doctrine chrétienne de la méthode qu'il croyait la mieux adaptée aux circonstances du diocèse.

Le saint-siége a toujours souhaité l'uniformité dans la manière d'enseigner ou d'apprendre la doctrine chrétienne, et, à cette tin, le pape Pie V, en conséquence du décret du concile de Trente, avait ordonné l'impression du catéchisme romain pour les curés, et le pape Clément MI, celle du catéchisme de Bellarmin pour les enfants. Néanmoins, la liberté du choix n'a jamais été enlevée aux évêques, et pariiculièremeui à ceux d'outre-monts, sous la réserve seulement de ce qui est prescrit par Benoit XIV, dans la constitution Et si miramur, etc., 17... Ainsi, pourvu que l'on observe ces sages prescriptions du pape Benoit XIV, le saint-père, à l'exemple de ses prédécesseurs, ne s'opposera point à ce que les évoques de France adoptent chacun le catéchisme qu'il croira le plus convenable aux circonstances particulières de son troupeau. Mais Sa Sainteté ne pourrait souffrir en aucune façon que quelque évéque fit choix d'un catéchisme qui aurait déjà été condamné par le saintsiége, ou qui, quoique n'ayant pas encore été condamné, parce qu'il serait inconnu, contiendrait des doctrines corrompues ou seulement suspectes.

Au second cas, c'est-à-dire si le gouvernement voulait donner la préférence à un catéchisme, ou peut-être en composer un nouveau et en imposer d'autorité l'usage aux évéques, Sa Sainteté ne pourrait regarder cet acte que comme une injure faite au corps entier de l'épiscopat. Sa Sainteté fait remarquer que le divin législateur a donné à ses apôtres seuls et aux évoques, leurs successeurs, et non à d'autres, le pouvoir d'enseigner. Il s'agit de la doctrine de la foi dont Dieu a donné le dépôt à l'épiscopat et particulièrement au chef des évéques et des maîtres chargés d'enseigner à tous les fidèles, non-seulement pour ce qui regarde la substance du dogme catholique, mais encore pour ce qui regarde les mots, l'expres- II. 26

sion cl la méthode, car celui qui a reçu le pouvoir d'cnscjguer a reçu également le pouvoir de choisir la méthode à suivre dans l'enseignement. Un seul mot peut avoir une grande influence sur la substance de la doctrine, et c't st pour des mois seuls, et sur l'usage qu'on en a fait, qu'il s'est élevé dans l'Église de très-graves discussions qui n'ont pu souvent être terminées que par des définitions données par les conciles généraux ou par des jugements apostoliques. // n'appartient donc pas au pouvoir séculier de choisir et de prescrire aux cvêques le catéchisme qu'il aura préféré. Cela appartient au jugement seul de l'Église. Ensuite, Sa Sainteté pourrait encore bien moins tolérer en silence que le nouveau catéchisme que l'on proposerait aux évoques fût adapté à l'esprit du temps, comme on a lieu de le supposer. Le saint-père remarque avec une vive douleur qne cet esprit du temps n'est que trop un esprit d'irréligion, d'incrédulité, ou tout au moins un esprit de nouveauté, d'indifférence et de penchant à adopter toutes les sectes chrétiennes. Il est impossible que l'empereur des Français, avec sa piété et sa religion, veuille suivre un pareil esprit, qui porterait d'ailleurs le désordre dans l'empire môme et donnerait occasion à des discordes et à des schismes qu'il a employé tant d'efforts à étouffer.

Il sera donc digne du zèle de Votre Éminence, si, comme évoque et comme légat du chef des évoques, elle s'emploie de tous ses moyens pour empêcher qu'un pareil catéchisme ne soit publié. S'il arrivait à votre connaissance que quelqu'un visât à surprendre la religion de l'empereur pour en obtenir l'autorisation de promulguer un catéchisme de celte espèce, que Votre Éminence n'hésite pas à prévenir Sa Majesté et à lui dire, au nom de Sa Sainteté, qu'elle se garde des auteurs de semblables conseils ; que le snint-père est persuadé qu'en matière de doctrine. Sa Majesté Impériale ne pense certainement i)as à s'arroger une faculté que Dieu a confiée exclusivement à l'Église et aux mains de Jésus-Christ.

Sa Sainteté m'ordonne de dire à Voire Éminence pour sa gouverne que, dans la partie du catéchisme renvoyé par ce même courrier, qui a été lue et examinée, il s'est trouvé des inexactitudes, des défauts et beaucoup de choses qui auraient besoin d'être corrigées. Mais admettons qu'on eût la facilité et ■le temps de l'approfondir et de l'examiner en entier, le saintpère n'en éprouverait pas moins une grande répugnance à faire ce que n'a jamais fait aucun de ses prédécesseurs : à savoir de prescrire aux évêques d'une nation tout entière l'emploi d'un même catéchisme pour les enfant-, et dont il ne serait pas permis à ces prélats de se départir selon les besoins de leurs diocèses respectifs.

LETTRE DE 11. PORTALIS MINISTRE DES CULTES A l'empereur NAPOLÉON le^

13 février 1803.

Sire,

Votre Majesté avait pense que la rédaction générale d'un catéchisme uniforme pour toute la France, ordonnée par la loi du 48 germinal an x, devait être encore différée. Cette intention de Votre Majesté me fut manifestée avant les nouvelles constitutions de l'empire français.

Dans ce moment, ces constitutions se trouvent établies et tous les Françcis ont le bonheur de vivre sous les lois du plus grand des souverains. J'ai donc pensé que le temps était venu de remettre sous les yeux de Votre 3Iajesté la partie du catéchismo relative aux devoirs de tout sujet envers son prince.

Déjà on avait présenté avant le nouvel ordre de clioscs divers articles sur cet objet. Ces articles parlaient vaguement de la soumission que l'on doit aux puissances et aux chefs des États d'après la doctrine évangélique.

Mais il me semble que ces généralités ne suffisent plus. Il s'agit d'attacher la conscience des peuples à l'auguste personne de Votre Majesté, dont le gouvernement et les victoires garantissent la sûreté et le bonheur de la France. Recommander en général la soumission des sujets à leur souverain, ce ne serait pas, dans l'hypotlièse présente, diriger cette soumission vers son véritable but. Le précepte général peut suffire dans les temps ordinaires et quand on vit sous un ordre de choses qui existe depuis longtemps. Mais, aujourd'hui, le mot souverain n'est qu'une expression vague dont chacun pourrait arbitrairement faire l'application selon ses intentions et ses préjugés ; — j'ai donc cru qu'il était nécc-ssaire de s'expliquer franchement et de rapporter le précepte d'une façon précise à Votre Majesté. Cela ôte toute équivoque en fixant les cœurs et les esprits sur celui qui peut seul et doit réellement fixer les esprits et les cœurs.

... A propos de l'obéissance qui serait due également aux successeurs légitimes de l'empereur, Votre Majesté prononcera, et ses intentions seront remplies. Dès que Votre Majesté aura fait connaître ses intentions, l'ouvrage marchera promptemcnt. J'ai l'honneur de la prévenir que M. le cardinal-légat est déjà nanti de tous les pouvoirs nécessaires pour consacrer le nouveau catéchisme.

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