Œuvrei complètes du eardincU Pacca, t. !•', p
(j[ue d'avoir soin de Tavertir à la moindre alarnae *. Le secrétaire d'État, en se rendant dans la chambre du saint-père, le trouva se levant avec une grande sérénittj d'esprit, ayant déjà jeté sur sa robe la mozetta (le camail) et rétole, et se préparant à se rendre dans la salle d'audience. Presque en même temps que le cardinal Pacca était surveni^le cardinal Despuig, Espagnol de naissance, archevêque de Séville et provicaire de Rome, o Me voici, s'écria Pie VII en les voyant tous deux près de lui, me voici en compagnie de mes véritables amis. — Saint père, répliqua Despuig, voici le moment de montrer votre courage et d'implorer l'assistance du Très-Haut afin que vous puissiez nous servir à tous d'exemple. Votre Sainteté me permettra-t-elle de lui rappeler que nous sonames dans l'octave de la fête de saint Pierre ^ ? » Cependant, le bruit allait croissant dans les pièces qui précédaient l'enlrée des appartements du saint-père. On entendait de plus en plus les coups redoublés des haches et des crosses de fusil avec lesquelles la bande que conduisait le général Radet s'efforçait de faire tomber les portes des antichambres. Le cardinal espagnol proposa au saint-père de se rendre
1. Rclazione deU' assalto dato il 6 laglio 1809 al palazzo Quiriuale et del rapimento del sovrano pontifice papa Pio VII. — Manuscrit italien, British Muséum, n® 8,387.
t. Ibidem*
à sa chapelle particulière, qui était proche ; mais déjà le général Radet était arrivé jusqu'à la porte de la pièce où se tenait Pie VU; on la voyait trembler sous sa pression. La retraite vers la chapelle aurait eu Pair d'une fuite. Pie VII, s'asseyant sur un sofa qui était juste en face de la porte et derrière une table, fit signe aux cardinaux de prendre place à côté de lui, et ordonna que Ton ouvrit la porte afin d'éviter tout désordre.
Radet alors entra, ne sachant encore ni où il était ni devant qui il se trouvait ; bientôt cependant il le devina à Taltitude des hommes qui le suivaient, et dont quelquesuns, sans compter celui qui lui servait dç guide, étaient Romams et connaissaient le saint-père. Informé qu'il était en wsa présence, Radet mit son chapeau à la main, et, renvoyant le plus gros de sa troupe, il fit entrer un à un la plupart des officiers de sa suite et quelques sous-officiers de gendarmerie qui, se glissant le long de la porte entrebâillée et des murs de l'appartement, vinrent se ranger symétriquement, l'épée nue et le mousquet au pied, à sa droite et à sa gauche. Deux groupes placés en face l'un de Tautre occupaient donc la pièce. A la tête du premier, le général Radet, le chapeau à la main, botté, éperonné, le sabre au côté, dans la tenue d'un militaire qui vient de livrer un assaut, parfaitement respectueux d'ailleurs et flanqué d'une douzaine d'officiers et de sous-officiers fran-
çais auxquels s'étaient mêlés deux ou trois des commandants de la garde civique romaine, suivis eux-mêmes de quelques gens de la lie du peuple. Vis-à-vis était le pape, en habit ecclésiastique des plus simples, ayant à son doigt, dit notre relation italienne, Tanneau pontifical que Pie VI avait porté pendant sa captivité en France, les deux cardinaux assis près de lui, et, derrière, un groupe composé des principaux serviteurs de sa maison. De pari et d'autre, on s'observait réciproquement; le silence dura plus de cinq minutes.
Il était évident que le général Radet était fort décontenancé : il avait peine à reprendre ses esprits; sa figure était pâle ; il semblait vouloir parler, mais les mots ne lui venaient pas à la bouche. Enfin il s'avança de quelques pas, s'inclina et dit à Sa Sainteté qu'il avait une mission douloureuse à remplir, mission imposée par ses serments et les devoirs sacrés de sa place * . A ces mots, le pape se leva, et, le regardant avec dignité : « Que me voulez-vous ? Et pourquoi venez-vous à cette heure troubler ainsi mon repos et ma demeure ? — Très-saint-père, reprit le général Radet, je viens au nom de mon gouvernement réitérer à Votre Sainteté la proposition de renoncer officiellement à son pouvoir temporel. Si Votre Sainteté y consent, je ne