‹ L'Église romaine et le premier empire, 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédites (volume 5)Chapitre 23 sur 81 · OEuvres complètes du cardinal Paeca, U I»', p · texte numérisé non relu

OEuvres complètes du cardinal Paeca, U I»', p

arrive. Le plus souvent les populations des villes et surtout celles des petits bourgs et des campagnes n'avaient en aucune façon deviné quels personnages emportaient ainsi à fond de train-ces mystérieuses voitures escortées par des gendarmes qui avaient si grand soin d'écarter tous les curieux.

Depuis Poggibonzi jusqu'à la chartreuse de Florence, oii Radet avait ordre de conduire le saint-père, il n'y avait plus moyen de dissimuler à la foule qui se pressait sur les routes quel était le prisonnier enfermé dans ce carrosse si bien clos et si attentivement gardé. Les rassemblements, qui étaient en certains endroits fort considérables , ne laissaient pas d'inquiéter un peu le général. La curiosité de voir le saint-père, le désir de lui donner des marques de dévouement et de respect, n'étaient pas en effet les ^euls sentiments dont ces groupes fussent animés. Quelques-uns semblaient des plus mal disposés pour l'escorte du saint-père. Radet s'en tira par ce qu'il nomme une ruse de son métier dont il se sait à lui-même infiniment de gré. « Je m'en débarrassais, écrit-il au ministre de la guerre, en leur criant de se mettre à genoux à droite et à gauche de la route, parce que le saint-père allait leur donner sa bénédiction; puis tout h coup j'ordonnais aux postillons de fouetter. Par ce moyen , les populations étaint encore à genoux que

--Si.-

nous étions déjà bien loin et au galop ; cela m'a réussi partout ^ »

Le 8 juillet, le saint-père était rendu à la chartreuse de Florence, si souffrant/ si épuisé de fatigue, qu'à peine put-il lever la tête et prononcer quelques mots à peine entendus pour reconnaître les compliments et les offres de service que lui apportait un chambellan de la cour d'Élisa Baccîbcchi, grande-duchesse de Toscane. Pie VII et le cardinal Pacca s'étaient attendus à faire quelque séjour à la chartreuse, ou ils étaient arrivés à peu près à minuit. On le leur avait donné à entendre, et l'état de santé du pape réclamait du repos et beaucoup de ménagements, car sa faiblesse et son accablement étaient extrêmes à la suite de trois nuits qu'il avait passées sans sommeil.

Cependant, à trois heures du matin arriva un colonel expédié par la princesse Élisa et portant Tordre de faire lever le pape et de le faire partir sur-le-champ. Pacca s'empressa de l'aller prévenir. Son visage élait comme décomposé, dit-il, et tout son corps anéanti de douleur. « Je vois bien, qu'ils veulent me faire mourir à force de mauvais traitements, et, pour peu que cela dure, je sens bien en effet que je succomberai bientôt. » Le saintpère se trompait en supposant d'aussi épouvantables

1. Le général Radet an ministre de la guerre, 13 juiUet 1809.

desseins à ceux qui usaient de tant de rigueurs mver& toi. La princesse Ëlisa en particulier n'était pas une personne cruelle; mais elle avait tout simplement peur de déplaire à son redoutable frère. Elle craignait d'assumer sur die une responsabilité quelconque en gardam le pape dans ses États pendant si peu de jours que ce fûU Elle était pressée de s'en débarrasser et de passer à quelque autre une charge aussi lourde. C'est pourquoi elle avait décidé qu'il partirait pour Gênes, n'importe à quelle beure, n'importe dans quel état de santé. Gènes appartenait à la France; si le pape était malade, si le pape devait mourir, il était indifférent pour lui^ il valait mieux pour elle, qu'il fût malade et qu'il mourut dans les États de son Arère que dans les siens. Il fallait surtout éviter qu'il passât en plein jour à Florence, car, si les habitants de sa capitale lui faisaient trop bonne réception, elle en serait elle-même compromise, et voilà pourquoi, malgré ses souffrances, quoique ce fût dimanche et qu'il demandât instamment de pouvoir dire ou seulement entendre la messe, ce qui lui fut refusé à son grand désespoir, le pape, séparé du cardinal Pacca, dut se remettre en route sans savoir positivement quel était le lieu de sa destination.

Le voyage de la chartreuse de Florence à Gènes dura trois jours. Le pape ne coucha qu'une nuit à Lerici, sans pouvoir y trouver grand repos. On le fit s'arrêter à quelque

distance OT rmsi de Gènes, dans une villa de belle apparence appartenant k la famille génoise des Spinola. Un instant le saint-père espéra qu'on l'y laisserait séjourner. Le brait s'était même répandu dans la ville que le pape y ferait son entrée ie lendemain et serait logé chez le cardinal ^ina. Le peuple de cette grande cité commerciale se préparait à lui faire une réception enthousiaste ; mais ce bruit était une rase. Les autorités françaises, en annonçant auK Génois qu'ils verraient le lendemain le pape dans leurs murs, avaient voulu empêcher qu'ils ne se portassent à l'avance à la villa Gastegna, oii s'était arrêté Pie VIL

A Gênes comme à Florence, il eût été trop dangereux de mettre ce pape souffrant et prisonnier en présence d'une grande population dont les sentiments très-catholiques et fort peu français étaient alors trop avérés. Â la tombée de la nuit^ deux litières furent amenées à la villa Castegna, destinées l'une au saint-père, l'autre à son majordome, Mgr Doria. Une nombreuse troupe armée les accompagnait. Ces litières ' emportèrent à la lueur des torches le saint-père et Mgr Doria jusqu'au bord de la mer, où une grande chaloupe les attendait ». On traversa

1. Relation manascrite en italien du premier valet de chambre 4e Ss^ Si^inteté. — ^ritisb Muséum, û» 8;389.

le golfe de Gènes pendant là nuit, à la rame, pour descendre à Saint-Pierre-d'Arena, évitant ainsi la traversée de la ville, et le saint-père, toujours de plus en plus souffrant et de plus en plus fatigue, fut conduit à Âleicandrie* Là, il s'arrêta plusieurs jours dans la maison hospitalière d'une noble famille piémontaise, les Castellani, qui lui témoigna les plus grands égards. On attendait les ordres de Turin. A Turin, le prince Bwghèse, pas plus que sa bellesœur, la princesse Élisa, à Florence, n'avait reçu d'instructions de l'empereur. Il ne se souciait pas^plus qu'elle de voir le saint-père traverser- la ville où il résidait. Pie VU fut acheminé par Mondovi et Rivoli vers Grenoble. Maintenant que non-seulement la nouvelle de l'arrestation du saint-père, mais aussi les détails de son enlèvement du palais Quirinal étaient connus des populations, il n'y avait plus moyen d'arrêter Télan qui les portait à se présenter partout en masses sur son passage pour le saluer de leurs acclamations et lui demander à genoux sa bénédiction. L'escorte de gendarmes qui gardait Pie VII n'était pas, on le comprend, assez forte pour s'opposer, surtout pendant la traversée des petites villes, à de pareilles manifestations. Il lui fallait les subir avec patience et n'en paraître pas trop courroucée. A Mondovi, le clergé de la ville, toutes les congrégations religieuses, bannières en tète, s'étaient portées au-devant du saint-père. On avait

sonné les cloches à toute volée. On eût dit un jour de fête, et cela y ressemblait en effet beaucoup. Rien de plus singulier que le spectacle de ce vieillard à la figure sereine et douce devant lequel des bourgades entières venaient se mettre à genoux , dont la voiture était suivie avec acclamations et transports par des bandes de femmes et d'enfants qui lui jetaient des chapelets et des fleurs à bénir. Pie VII avait commencé son voyage en ra^rrlyr, il le finis- ^t presque en triomphateur. Enfermé sous clef et gardé à vue, il avait l'air de protéger l'escorte dont il était accompagné.

Chose étrange, dont l'entourage du saint- père ne pouvait revenir, et qui ne laissa pas d'étonner un peu le capitaine de gendarmerie qui depuis Florence remplaçait le général Jladet, l'enthousiasme pour le saint-père s'accroissait à mesure que Ton approchait davantage de Grenoble. Ce qui avait été un incident à Mondovi, en Italie, était devenu coutume depuis que Pie VU avait passé la frontière de France. Voyant que les militaires qui entouraient le saint-père souffraient tout et ne s'opposaient à rien ( comment l'auraient-ils pu faire ? ), les naïves populations de la Savoie et du Dauphiné en vinrent sans doute à s'imaginer que les ovations qu'elles faisaient au saint-père étaient vues avec plaisir par le gouvernement. Dès lors, elles ne les ménagèrent plus. Ce n'était plus seulement à la Ira-

versée des villages, c'était tout le long de la roate, snr les pentes de leurs vertes collines, que venai^t se grouper les habitants des riches vallées qui environnent la ville de Grenoble, Ce fut au milieu d'une foule immense qui lui prodiguait les plus signalés témoignages de sympathie et de respect que Pie VII, réuni de nouveau im cardinal Paccâ, fit son entrée dans cette ville le 21 juillet.

A Grenoble, ee ne fut plus tout à fait la même chose. Le concours populaire était pareil , l'accueil aussi chaleureux de la part des classes inférieures : le peuple était à genoux quand le saint-père traversa la ville pour aller loger au palais de la préfecture ; mais, à Grenoble, il y avait des autorités pour prendre les mesures ordonnées de Paris ; il y avait aussi une ganiison pour prétef main-forte aux mesures de l'autorité. On s'en aperçut en ce que les cloches ne furent pas mises en branle , et que le clergé fut invité à ne pas se rendre hors de la ville au-devant du saint-père. A Grenoble, le cardinal Pacca fut de nouveau séparé du pape. Toute communication fut interdite entre eux, et l'ancien secrétaire d'État demeura gardé à xne dans une maison particulière. Quant au saint-père , on le traita avec beaucoup d'égards ; on lui offrit des voitures pouf aller visiter les environs de la ville; il les refusa, disant qu'il se considérait toujours comme prisonnier, ti accepta seulement de se promener dans le jardin de la

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préfecture. La foule, qni oonnaissait lès henres de ses promenades^ f^ I»*essait auK grilles du jardin pour vcàt Pie VU de plas près et solliciter sa bénédiction. On prenait pour cela de trës-ltôfl dans les campagnes. Jamais celte ardeur ne se ralentit. Le préfet de Grenobte était alors absent. Lés autorités de Grenoble étaient , en géaéral , attentives pour Pie VII y très-polies même , mais un peu gênées et fort sur leurs gardes ; on eût dit qu'elles attendaient quelque chose pour prendre leur parti sur Tatlitiide qu'il contenait de garder avec le pape. Elles attendaient, ^n effet, les erdres de l'empereur,

€és ordres étaient enfin arrivés ; ils étaient adressés à Fouché, ministi^ d£ la police générale de l'empire. Us étaient datés de SchfienlHrunn , 6 juillet, douze jours après la victoire de Wagram. L'empereur se trouvait avoir reçu à la fois non-seulement la nouvelle de l'arrestation du pape, mais aus^ celle de l'effet que cette arrestation avait produite Home, à Florence, à €êneset sur tout le chemin qu'avait parcouru le saint-père depuis qu'on l'avait enlevé violemment de son palais du Quirinal. Il se sentit alors un peu embarrassé des instructions si positives qu'il avait envoyées au général Miollis et au roi Mural. Peut-être en avait-il oublié la teneur. En tout cas, l'exécution de ses ordres lui causait maintenant quelque ennui; il prit le parti de les nier,.. «Je suis fâché,

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écrit-il à Fouché, qu'on ait arrêté le pape , c'est une grande folie : il fallait arrêter le cardinal Pacca et laisser le pape tranquille à Rome ; mais enfin il n'y a point de remède, ce qui est fait est fait. Je ne sais ce qu'aura fait le prince Borghèse ; mais mon intention est que le pape n'entre pas en France. S*il est encore dans la rivière de Gênes, le meilleur endroit pour le placer serait-Savone. Il y a là une grande maison oii il serait assez convenablement, jusqu'à ce que l'on sache ce que cela doit devenir. Je ne m'oppose point , si sa démence est finie , à ce qu'il soit renvoyé à Rome. S'il était entré en France, faitesle rétrograder sur Savonc et sur San-Remo ; faites surveiller sa correspondance. Quant à Pacca, failes-le enfermer à Fénestrelle, et faites-lui connaître que , s'il y a un Français assassiné par l'effet de ses instigations, il sera le premier qui payera de sa tête*. »

Ainsi, l'on s'était trompé du tout au tout sur les intentions de Napoléon. La princesse Ëlisa et le prince Borghèse, en se pressant si fort d'expédier le pape en France, au péril même de ses jours, avaient , par-excès de zèle , agi à l'opposé de ce qu'aurait souhaité l'empereur. Maintenant, Fouché connaissait ses volontés ; il n'y avait plus

1. Lellrt de Tempereur à Fouché, 18 juillet 1809. — Correspond dance de Napoléon /«»", t. XIX, p. 265.

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qa'à les suivre et se dépêcher de fidre rétrograder le salnlpère jusqu'à Savone. Ainsi fut-il fait en toute hâte ; mais, quelques jours après , ce n'était plus cela. L'empereur avait probablement reçu de nouvelles informations venues de Turin, de Mondovi , peut-être de Grenoble même. Il savait, à n'en plus douter, quelle prodigieuse secousse imprimait^ aux sentiments catholiques des provinces italiennnes récemment annexées , — même à ceux de notre vieille France, — la vue d'un pape proscrit, errant par les chemins. Ce n'était pas là un spectacle bon à donner à ses sujets : il ne pouvait que nuire à sa popularité.

L'empereur reprend donc la plume, et il assure derechef le plus sage de ses conseillers, Tarchichancelier Cambacérës, que tout cela s'est fait sans ses ordres et contre son gré*. A Fouché, il écrit : « J'aurais désiré qu'on n'eût arrêté à Rome que le cardinal Pacca. J'aurais désiré, puisqu'on n'a pas laissé le pape à Gènes, qu'on l'eût mené à Savone; mais, puisqu'il est à Grenoble, je serais fiché que vous l'eussiez fait partir pour le conduire à Savone. Il vaudrait mieux le garder à Grenoble, puisqu'il y est; cela aurait l'air de se jouer de ce vieillard... » Si l'empereur en est à regretter ce qui s'est fait à l'égard de

i. Lettre de Temlpereurau prince Gambacérès, archichancelier de l'empire, 23 juillet 1809.

Pie VU, il garde entière son irritation contre la secrétaire d'État, le cardinal Pâcca , qui n'a jamais fait qa*eKécuter les ordres de son maître. « Quant au cardinal Pacca, je suppose que vous l'avez envoyé à Féneslrelle, et que vous avez défendu qu'il communiquât avec personne. Je fais une grande différence entre le pape et lui, d'abord h cause de ses qualités et.de ses vertus morales. Le pape est un homme bon» mais ignorant et fanatisé. Le cardinal Pacca est un homme instruit et un coquin, ennemi de la France, qui ne mérite aucun ménagement.... Bien entendu que, si déjà vous avez fait partir le pape pour Savome» il ne faut point le faire revenir *. » .

Le pape, comme nous le raconterons tout à l'heure, avait effectivement été tr^sporté k Savooe,, et ,, comme malgré les précautions prises par les agents de^Fouché, ce second voyage à travers les populations tcès-cathoUques du midi de la France avait encore été d'un assez fâcheux effet pour le gouvernement, le ministre de la police , maintenant instruit des dernières intentions de son maître, se garda bien de l'en faire de nouveau bouger. A une époque antérieure seulement de quelques semaines, l'empereur s'était déjà fort clairement ei;:prii»é avec son

1 Lettre de l'empereur à Fonché, minislre de la^ police générale, 6 août 1809. — Correspondance de Napoléon /ep, t. XIX, p. 309.

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oMmstre dé la potiee sur la manière dont il entendait qa*on se (xnidaislt dans toutes les affaires qui coocer* naient te saint-père. « Je vois avec peine, lui avait-il écrit dès le 25 juin 1809, que vous vouliez faire desarticles sur Rome. C'est une mauvaise route. Il ne faut en parler ni en bonne ni en mauvaise part, et il ne doit point en être question dans les journaux. Les hommes instruits savent bien que je n*ai pas attaqué Rome. Les faux dévots, vous ne les changerez pas; partez de ce principe. Je suis même fâché que vous ayez laissé mettre le décret ( celui du 17 mai) dans îas gazettes avant qu'il n*ait été communiqué au Sénat *. »

Ainsi il avait été parfaitement juste et opportun de confisquer les États du pape par un décret dans k rédaction duquel l'empereur, conune nous l'avons vu, avait déployé son meilleur style , il était excellent que ce déeret eût reçu son exécution à Rome avec les circonstances cpie nous avons racontées; mais ce qui aurait mis le comble à la perfection, c'est qu'on n'en sût pas la moindre chose en France. Il ne fallait pas que le pape restât à Rome, oii sa présence avait été jngée si dangereuse, que, malgré tant de dénégations, il avait donné Tordre de l'y arrêter. En Toscane,

1. Lettre de Tempereur à Fouché, 27 join 1809. — Correspondance de Napoléon /«r, i. XIX, p. 183.

c'était la sœur de l'empereur, en Piémont, c'était son beaufrèr«, qui avaient jugé le séjour même momentané de Pie VII si périlleux, qu'ils n'avaient pu l'y souffrir un instant. En France, l'empereur n'en aurait pas voulu davantage. Encore fallait-il bien que le pape fût quelque part. D'accord : mais il fallait qu'il y fût aussi peu que possible, comme s'il n'y était pa§, et surtout qu'en France on ne sût rien, absolument rien, ou, si l'on savait quelque chose, qu'à tout le moins on n'en soufflât pas mot. Voilà quel était l'idéal de l'empereur et, ne craignons pas de l'avouer, ce qu'en partie et pour un certain temps il obtint à peu près complètement. A la longue pourtant, le silence deviendrait impossible à garder; il faudrait soi-même , parler. Restait alors la ressource du mensonge.

Nous avons raconté cet épisode de l'enlèvement de Pie VII d'après des matériaux authentiques et incontestables ; nous nous flattons — du moins l'avons-nous essayé — de n'avoir rien exagéré, et, si le tableau que nous avons fait des procédés de l'empereur Napoléon inspire quelque répulsion, ce n'est pas que nous ayons forcé à dessein les couleurs; nous les avons plutôt adoucies. Cependant, notre tâche finie, il nous a paru curieux de rechercher comment, voulant rendre compte aux évoques du concile national de 1811 de ce qui s'était passé entre le pape et lui, l'empereur avait souhaité qu'on leur parlât de l'enlèvement du

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pape à Rome. Nous avons sous les yeux l'exemplaire mannscrit d'un mémoire demandé par Pempereur au directeur des archives impériales en 1811, M. Daunou. Les matériaux de ce mémoire, les mêmes sur lesquels nous travaillons en ce moment, avaient été officiellement communiqués au directeur des archives impériales par le ministre des cultes de ferapire. Ce travail, plusieurs fois remanié et biffé, contient un récit historique trës-détaillé et très-bien fait,'au point de vue du gouvernement français, de tous les différends survenus entre l'empereur et Pie VU. Voici textuellement ce que nous y lisons, écrit avec force ratures de la main de M. Daunou, à propos de l'enlèvement du pape au Quirinal : « Le pape avait tout fait pour que sa présence à Rome devînt inutile, et quelques-uns de ses partisans pouvaient, malgré lui, la rendre dangereuse. // m sortit le 6 juillet, à Vinsu de Vempereur, et vint à Savane, où Sa Majesté le fit recevoir , traiter^ établir avec tous les égards dus au malheur ^ »

Certes il est triste d'avoir à raconter, comme nous avons dû le faire, les violences mêlées de ruses employées par un souverain tout-puissant contre un adversaire aussi faible.

1. Ce curieux mapuscrit de H. Daunou, qui nous avait é(é obUgeamment prêté par M. TaiUandier, ancien conseiller à la cour de cassation, se trouve présentement à la Bibliothèque impériale, qui en a fait dernièrement l'acquisition.

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