Mémoires du cardnuU CanêaMf 1. Il, p
PRjÊLlBUNAIRES DU MARUGE 251
beaucoup d'estime et d affection. Ce qui rendait à ses yeux sa position plus difBdle encore, c'est que les cardi-^ naux arrivés avjint lui à Paris y avaient adopté une conduite toute différente de celle qu'il se croyait en conscience obligé de tenir. Non-seulement ils avaient tous accepté la pension de trente mille francs que l'empereuc leur avait allouée, mais ils couraient à toutes les soirées, dans les maisons des grands fonctionnaires et des ministres iù l'empire, où leur présence assidue n'était pas une des iuoindres singularités de cette époque fertile en âurpre-* nants contrastes.
Consalvi commença par refuser la pension de trente mille francs, ne donnant d'abord pour motif de son r^fus que la vague assurance qu'il pouvait s'en passer; mais les instances réitérées du ministre des cultes l'avaient obligé de convenir qu il ne consentait pas à Taccepter parce qu'elle répugnait à sa conscience. Une autre épreuve à subir le préoccupait davantage : c'était la récep- ' tjQH qu'il reneontrerait de la part de l'empereur. Il avait te pr^sentiment que, malgré son ancien mauvais vouloir, puisqu'il l'avait fait sortir du ministère. Napoléon lui ferait trëiSrbon accueil. Cette pensée, qui le tourmentait beaucoup, était pour lui, nous assure-t-il, comme une épine dans le cœur. Il était vivement frappé du préjudice que pourraient porter à sa considération ies gracieusetés pubU-
qaes de celui « qui jouissait, dit-il en ses Mémoires, de tout autre chose que Tamour et Testime du monde ^ ». Il n'ignorait pas que l'empereur, au jour même où il s'était plaint de lui avec le plus d*amertume, n*avait pas cessé de parler avec goût de sa personne et de son esprit. li croyait même savoir que Napoléon se plaisait à le représenter conmie ayant au fond modifié beaucoup ses oignions, et n'étant plus, naturellement ou par principes, bosUle à sa manière de voir. Souvent on avait répété autour de l'empereur que la retraite de cet ancien secrétaire d'État, l'ami particulier de Pie VII, avait été un très-fatal incident. « S'il avait refusé parfois ce qu'il ne s'était point cru le droit d'accorder, celui-là du moins n'était pas un fanatique , et jamais il n'avait repoussé les arrangements possibles ; la jalousie du cardinal Fesch , qui avait seule préparé et causé sa chute, avait fait le plus grand tort aux affaires publiques. » C'était la terreur de Consalvi qu'en s'exprimant ainsi en public Napoléon ne voulût donner à penser que l'ancien ministre de Pie Vil blânoait secrètement la conduite tenue par la cour de Rome depuis qu'il était sorti du ministère. La seule idée que l'adversaire de son bien-aimé souverain songerait peut-être à se servir de