Mémoires du cardinal Consalvi, t. Il, p
ini pour ajouter aux chagrins du prisonnier de Savone le faisait frémir d*indignation.
Consalvi ne fut pas admis seul à Taudience impériale ; il fui présenté en même temps que quatre autres cardinaux arrivés dans la semaine à Paris. C'étaient , outre le cardinal di Pietro, venu de Rome avec lui, les cardinaux Pignatelli, Saluzzo et Despuig. Le cardinal Fesch les avait placés à part en demi-cercle et du même côté, tandis que tous les autres cardinaux, résidant depuis longtemps à Paris, se tenaient de l'autre côté. La cour était au grand complet. Arrive l'empereur avec son accompagnement ordinaire de rois, de reines, de princes, de princesses du sang et tous les grands dignitaires de l'État. Le cardinal Fesch se détache, et commence à lui présenter les nouveaux venus par ordre de prééminence de cardinalat, il lui nomme
le premier « le cardinal Pignatelli ». Napoléon, qui était probablement dans un de ces jours de superbe dont parlait naguère Cambacérès, répond : « Napolitain, i et passe outre. Le cardinal Fesch présente le second : « Le cardinal di Pietro. w L'empereur s'arrête un peu : « Vous êtes engraissé ; je me rappelle vous avoir vu ici avec le pape lors de mon couronnement. » Et il passe. Le cardinal présente le troisième : « Le cardinal Despuig. — Espagnol, répond l'empereur. — De Mayorque , sire, » ajoute le cardinal, plein de frayeur, et comme s'il voulait renier sa
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patrie. L*emperfor continuant sa tournée, arrive enfin à Consalvi, et, avanl que Fesch l'eût nommé : « Oh ! cardinal Gonsalvi , comme vous éte^ maigri ! Je ne tous aurais pas reconnu. — Sire, les» années s'accumulent. En voici diK écoulées depuis que j'ai eu l'honneur de saluer Votre Majesté. — C'est vrai, voilà bientôt dix ans que vous êtes venu pour le concordat, nous l'avons signé dans cette même salle; mais à quoi a-t-il servi? Tout s'en est allé en fumée. Rome a voulu tout perdre, et die a tmi perdu. Il faut l'avouer, j'ai eu tort de vous renverser du ministère. Si vous aviez continué à occuper ce poste , les choses n'auraient pas été poussées aussi lœn *. »
C'étaient justement là les paroles que Ce^salvi avait tant redouté d'entendre. Son trouble était si grand, dit-il, qu'il n'y voyait presque plus. Cependant, ne consultant que son honneur et que la vérité : « Sire, répondit le cardinal, si je fusse resté dans ce poste, j'y aurais fait mon devoir. » A ces mots , Napoléon le regarda fixement , puis , s'éloîgnant de lui et se promenant de droite à gauche dans le demi-cercle formé par les cinq cardinaux, il commença un long monologue, dans lequel il se mit à énumérer toute la suite dé ses griefs sur la conduite du pape dans