M. de Pradt, les Quatre Concordats, t. Il, p
Au retour de la cérémonie, les spectateurs de la galerie m foreiH pas mécbocremaii surpris de voir cette phy- «onoœie du maître, tout à l'heure si radieuse, devenue en si peu de temps sombre et menaçante. Que s'était-ii passé f Bientôt l'on connut l'absence des treize cardinaux, qui seule avait causé cette colère de l'empereur. Les effets en fnrent terribles et immédiats. « Quoi ! ils avaient osé persister dans une résolution qu'il les avait défiés d^acoomplir ! Quoi ! ils avaient ett la hardiesse de le braver et de lui faire un affront public ! Ils en subiraient un à leur l^ir. Ils n'avaient pas voulu assister aujourd'hui à son mariage, eh bien, demain, il les chasserait honteusement de sa cour. » Le lendemain était en effet le jour oii devait . se faire aux Tuileries la présentation de tous les grands corps de l'État aux deux souverains assis sur leur trône. Les treize cardinaux s'y rendirent avec leurs collègues, ainsi qu'il avdt été convenu. Rien.de moins assvréqne \mr contenance. « On peut facilement imaginer, dit te phis brave d'entre eux, le cardinal Consalvi, de quel cc^ir nous attendions, dans la grande salle oii se trouvaient réunis cardinaux, ministres, évoques, le Sénat, le Corps législatif, les magistrats, les dames de la cour ei tous les fonctionnaires de l'empire, le moment de voir l'empereur et d'en être vus. »
Tout à coup, après trois heures d'antii&aoïlMre, une
pointe s'ouvre, et parait un aide de camp apportant Tordre aax cardinaux qui n'avaient pas assisté au mariage reli^ gieuK de partir sur-le-champ, parce que Sa Majesté ne voulait pas les recevoir. Qu'on juge de Teffet et de l'étonnemeni de toutes les personnes présentes * Les unes entendirent Tordre lui-même, les autres virent avec non moins de surprise i^es graves personnages, que leur costume rouge désignait à tous les yeux, se retirer avec un manifeste embarras et traverser, non sans peine, les salons encombrés pour aller regagner leurs voitures. Ce^ pendant, les i^rdinaux qui avaient assisté au mariage religieux étaient restés. Quand ils défilèrent un à un, Tempereur, debout devant son trône, lança les apostrophes les plus terribles contre les cardinaux expulsés. Ses inve.c- Uves tombèrent principalement sur les cardinaux Oppizzoni et Consalvi. Il reprochait au premier son ingratitude, parce qu^il lui avait donné Tévéché de Bologne et le chapeau d^ cardinal ; mais c'était surtout contre Tanden secrétaire d'État de Pie VII que s'exhala son comrroux. Il était plus coupable que tons ses collègues. « Les autres sont peutt-étre excusables, disait avec colère Napoléon, à eause de leurs préjugés théolo^ques. Il m'a offensé, lui, par principes politiques. Il est mon ennemi. Il veut sr venger de ce que je l'ai renversé du ministère. Pour cela, a osé me lendfe Un piège profondément médité en présentant
contre ma dynastie un prétexte d'illégitimité, prétexte dont mes ennemis ne manqueront pas de se servir quand ma mon aura dissipé la crainte qui les comprime aujourd'hui.» Nous croyons que Consalvi se trompe quand il ajoute que ce fut un miracle, s'il ne fut pas alors fusillé , ainsi qu'Oppizzoni et un troisième cardinal, probablement di Pietro, car dans sa première fureur Feinpereur en aurait donné^rordre ; et peut-être s'exagère-t-il la bienveillance de son singulier ami, le ministre de la police, lorsqu'il suppose que, dans cette circonstance, la suprême adresse de Fouché lui sauva la vie. Napoléon, fort capable d'avoir articulé de semblables menaces, ne songea certainement pas à les exécuter. La scène étrange qu'il s'était donné le plaisir d'arranger avec tant d'éclat devant toute sa cour n'était d'ailleurs que le premier acte de sa vengeance, très-froidement et trèà-mûrement calculée. Dès le jour même, il écrivait en effet à son ministre des cultes : « Plusieurs cardinaux ne sont pas venus hier, quoique invités, à la cérémonie de mon mariage. Il m'ont par là essentiellement manqué. Je désire connaître les noms de ces cardinaux et savoir quels sont ceux qui ont des évô- (^és en France, dans mon royaume d'Italie ou dans le royaume de Naples. Mon intention est de donner à ces individus leur démissim, et de suspendre le payement de leurs pensions, en ne les considérant plus comoïe cardi-
naux. Vous me ferez un rapport In-dessas pour que je prenne un décret authentique *. »
Cette façon de donner leur démission aux évoques qui lui avaient manqué, mesure à laquelle l'empereur revint depuis si 'souvent, était encore loin de lui suffire. A peine eut-il reçu le rapport de M. Bigot de Préameneu, rapport fait avec modération et qui chargeait aussi peu que possible les cardinaux contre lesquels il était dirigé,- que Napoléon donna l'ordre à son ministre de la police de mettre en détention et de faire conduire dans une maison d'arrêt celui d'entre eux qui se permettrait de porter les insignes du cardinalat. Sa Majesté était inébranlable. Elle ne voulait recevoir aucune excuse. Elle considérait comme factieux et comme conspirateurs contre TÉtat les cardinaux qui avaient émis la doctrine que le pape devait nécessairement intervenir dans la dissolution de son preiUi^r mariage. Elle était- résolue à les envoyer devant une cour ' spéciale, afin de faire un exemple et d'intimider tous ceux qui, étant dans l'impuissance de troubler aujourd'hui l'État, voudraient semer pour l'avenir des germes de discorde civile *. Mais l'idée de faire comparaître des cardi-
1 . Lettre de Tempereur à M. le comte Bigot de Préameneu, 5 avril 1810. Cette lettre n'est^as insérée dans la Correspondance de Napoléon l«'.