III
3i L'ÉGLISE nOMAliNE ET LE PnEMlER EMPIRE
Vierge, mère de notre Dieu, n'avez- vous pas été obligés de passer à travers des faisceaux d'armes, de gens armés, de canons auxquels on était prêt à mettre le feu, et qui étaient dirigés contre les portes de notre demeure? N'avez-vous pas été témoins de la profonde douleur, des gémissements, des larmes^ du sileuce et de la stupeur de tous les gens de bien qui se trouvent dans cette ville infortunée*? »
Ce préambule était suivi d'une énumération trè^-détaillée de toutes les exigences mises en avant par Napoléon, et du récit des négociations auxquelles elles avaient donné lieu à Paris. Après avoir soigneusement expliqué quelles cx)ncessions il lui avait semblé possible de faire parce qu'elles n'entamaient pas Tessentiel de la foi, et quelles étaient celles qu'il avait dû repousser parce qu'elles étaient contraires aux devoirs du père commun des fidèles. Pie VII rappelait l'invasion à main armée de sa capitale par les troupes françaises et toutes les violences qui en avaient été la suite. Il insistait particulièrement sur l'arrestation des cardinaux napolitains.
« Comment taire, s'écriait- t-il, ce qui nous a si cruellement, ainsi qu'à vous, déchiré l'âme ? Par un horrible
1. Allocution pontificale de Pie VIT an consistoire des cardinaux, tenu le IG mars 1808.
sacrilège, sous nos yeux, à la vue de tous les habiuints de cette ville qui en gémissaient, on a eu Taudace d'arrêter vos collègues» les cardinaux de la sainte Église romaine qui sont originaires du royaume de Naples. On a traité de même les prélats de cette sainte Église qui sont nés dans ce royaume, et la plupart d'entre eux ont été conduits vers Naples, accompagnés par des soldats françiàis... C'est pourquoi, si l'esprit de douceur dont nous avons été constamment animé nous a empêché de rappeler nos légats à Rome le lendemain du jour où les Français se sont emparés de cette ville..., nous ne pouvons pas et nous ne devons pas souffrir, tandis qu'on nous tient ici dans la plus dure captivité, qu'au mépris de tout ce qu'il y a de plus sacré, nos représentants demeurent encore à Paris, et que leur présence dans cette ville donne à entendre à toutes les nations que, si rous n'approuvons pas tout ce qui se passe à Rome et dans les autres États de notre dépendance, au moins nous n'en sommes pas très-faché. Nous avons donc pensé qu'il était de notre devoir de leur prescrire de faire connaître à l'empereur que, s'il persévérait dans ses sen-
timents, ils avaient ordre de quitter Paris et de revenir à Rome pour partager avec nous et leurs autres frères le sort qu'il plairait à la divine Providence de nous réserver. . . » Ce sort, quel qu'il fût, Pie VII se disait prêt à en supporter toutes les rigueurs avec la plus parfaite résignation.
« Le seul soulagement qui nous reste au milieu des chagrins qui nous accablent, disait-il en terminant, c'est de nous rappeler les grandes preuves d'amour, de dévouement et de respect que nous ont données nos chers fils les Français lorsque nous étions parmi eux. Nous désirons bien sincèrement leur témoigner notre reconnaissance par les moyens que nous prenons aujourd'hui. Nous exhortons, nous prions donc, nous conjurons l'empereur et roi Napoléon de changer de résolution et de reprendre les sentiments qu'il a manifestés au commencement de son règne. Qu'il se souvienne que le Seigneur Dieu est un roi bien au-dessus de tous les rois et de lui-même, tout puissant qu'il peut être, qu'il ne fait acception de personne et ne respecte la grandeur de qui que ce soit, et que ceuxlà qui commandent aux autres seront eux-mêmes jugés un jour par lui avec une extrême sévérité. Nous comprenons que nous avons présentement une grande persécution à souffrir ; mais nous y sommes tout préparé, fortifié par ces paroles du divin Maître : « Heureux ceux qui souffrent » persécution pour la justice ! »
Il n'y avait pas lieu de se le dissimuler, et à Rome surtout on n'entretenait à cet égard aucune illusion : le rappel du cardinal-légat et le discours prononcé par le saint-père dans le consistoire du 16 naars étaient des actes qui devaient exciter au plus haut fiig^Je courroux de
GUAVITÉ CHOISSAWTE DE LA SITUATION 37
l'empereur. Pendant quelques semaines, les membres du sacré collège et tous les fonctionnaires du gouvernement pontifical tremblèrent de voir arriver de France des ordres impitoyables qui précipiteraient le dénoùment d*une si funeste querelle. Les cardinaux romains ne se trompaient pas en effet sur les sentiments provoqués chez l'empereur Napoléon par les déterminations du saint-père ; mais, au moment où la nouvelle lui en était transmise à Paris , Tempereur était sur le point de partir pour Bayonue, et, tout entier aux affaires d Espagne, il n^a^cordait plus ^ tout le reste qu'une attention assez distraite.
Cependant, au sujet même de ce qu'il allait essayer à Bayonne, ses idées n'étaient pas encore parfaitement arrêtées. Que ferait-il de la couronne dé ce grand pays d'Espagne qu'il croyait ou qu'il feignait de croire entièi'ement disposé à se donner à lui ? Il ne le savait pas encore positivement à cette époque. Serait-il possible de tout consommer par les seules voies de l'intrigue et de la perfidie, ou bien faudrait-il employer la force et recourir à la conquête ? Comment le prévoir à l'avance ? En tout cas, ainsi que l'explique si bienj^. Thiers, il était parfaitement décidé, aussi longtemps que les choses resteraient en suspens, à ne pas se mettre à la fois sur les bras une guerre religieuse de l'auMj^ côté des Alpes et une guerre politique par delà les P|IÉi|^'. Détrôner l'infortuné roi d'Espagne,
^É L'ÉGLISE ROWAINK liT LE PREMIER EMPIRE
qui venait si naïvement se confier à lui, mellre la main sur le pontife qui lavait sacré et ne lui demandait en retour d'autre grâce que de vouloir bien respecter les obligations de sa conscience, c'étaient là des projets qu'agitait dès lors assez confusément l'âme toujours fort peu scrupuleuse de Napoléon ; mais, si elle était slms frein, wsa profonde ambition n'était pas encore sans prévoyance, et Tcmpereur comprenait parfaitement qu'il n'était ni opportun ni prudenl de mener de front ces deux opérations. Il ne fallait même pas qu'on soupçonnât chez lui la pensée de les jamais entreprendre ; car, en pareille matière, ainsi qu'il l'écrivait à cette époque à son frère le roi Louis de Hollande, à qui par avance il offrait le trône de Ferdinand VII, « il faut qu'une chose soit faite pour qu'on avoue y avoir songé*. »
Retenu à Bayonite jusqu'à la fin de juillet 1808 par les
difficultés de plus en plus inextricables dans lesquelles il s'était volontairement jeté en prenant h sa charge les affaires de l'Espagne, l'empereur n'avait plus le*teinps de s'occuper en grand détail de ce qui allait se passer à Rome. Il s'en était remis à M. de Champagny à Paris, au vice-roi d'Italie à Milan, et sur les lieux au général Miol-
1. Lclire de l'em^îereur au roi Louis du Hollande, 27 m.trs 1808. — Correspondance de Nopoléon /«% t. I®"*, p. 500. (D'après l'original communiqué par Tempereur Napoléon III.)
lis, du soin d'y pourvoir, n'intervenant de sa personne que de loin en loin pour imprimer aux uns et aux autres des directions qui ne concordaient pas toujours entre elles, , car elles dépendaient (ie la fluctuation des événements de Tautre côté des Pyrénées. Lorsqu'il' entrevoyait comme prochaine Tissue de la lutte entamée avec la nation espagnole, Napoléon se sentait pressé d'en finir avec la résis* tance que lui opposait le saint-siége. Quand, au contraire^ la guerre lui paraissait deyoir s'éterniser, il prenait son parti d'ajourner à des temps plus opportuns les grands coups qu'il méditait de frapper sur la cour de Rome. En attendant, il avait grand soin de ne rien rabattre de ses premières exigences. Avant de quitter Paris, il avait donné l'ordre à son ministre des relations extérieures de sommer encore une fois le saint-père d'avoir h entrer immédiatement dans la confédération italienne, sous peine d'être privé de son pouvoir temporel.
f ...S'il s'y refuse, c'est qu'il veut la guerre. Or, le premier résultat de la guerre, c'est la conquéfe, et le premier résultat de la conquête est le changement de gouvernement... La cessation des pouvoirs du légat et son rappel à la veille de la semaine sainte sont des mesures que la cour de Rome n'aurait pas songé à prendre, si elle avait encore été animée d'un véritable esprit évangélique... Quoi qu'il en soit, le saint-père ayant retiré ses pouvoirs
au cardinal Caprara, Sa Majesté ne le reconnaissait plus pour légat. L'Église gallicane rentrait alors dans l'intégrité de sa doctrine... Ses lumières, sa piété, continueront de conserver en France la religion catholique, que l'empereur mettra toujours sa gloire à faire respecter et à défendre... Rome était donc en guerre avec la France, et dans cet état de ehoses Sa Majesté aurait à donner les ordres que la teanquillité de Tltalie rendrait nécessaires*. »
Les mesures auxquelles M. de Champagny ftiisait allusion étaient de différente'nature. Les unes, exclusivement comminatoires et de pure forme, n'aggravaient en rien la situation actuelle du pape. Tel était, par exemple, l'ordre envoyé à M. Lefebvre de présenter au saint-père l'ultimatum dont nous venons de parler et l'invitalion de quitter Rome après un certain délai, si cet ultimatum n'était pas accepté. Ce qui était infiniment plus grave, c'était un décret signé par Tempereur le matin même du jour oii il montait en voiture pour se rendre à Rayonne, car, si ce décret ne changeait rien par lui-même à l'état présent des choses, les considérants très-singuliers dont il était accompagné étaient de nature à donner beaucoup à réfléchir à la cour de Rome.
•1. Lettre de l'empereur à M. de Cliampaguy. a avril 1808. — Corrçipundance de Napoléon /er, t. XVI, p. 468. — Noie de M. de Champagny au cardinal Caprara, 3 avril 1808.
GRAVITÉ CROISSANTE hK LA SITUATION 41
« Attendu, disait-il, que la donation de Charlemagne, notre illustre prédécesseur, des pays comprenant l'État du l^pe a été faite au profit de la chrétienté et non à l'ayantage des ennemis de notre sainte religion ; considérant que le souverain actuel de Rome a constamment refusé de faire la guerre aux Anglais et de se coaliser avec les rois dltalie et de Naples pour la défense de la presqnlli dltalie; considérant que Tintérèt des deux royaameffjll de l'armée d*Italie et de Naples exige que leur communication ne soit pas interrompue par une puissance ennemie; vu la demande de passe-ports faite le 8 mars par l'ambassadeur de la cour de Rome auprës de nous, avons décrété et décrétons ce qui suit : Article ^•^ Les provinces d'Urbin, Ancône, Macerata et Camerino seront irrévocablement et à perpétuité unies à noire royaume d'Italie... — Art. 3. Le code Napoléon y sera publié... — Art. 4. Lesdites provinces formeront trois départements*... »
Un second décret du même jour ordonnait aux cardinaux, prélats, officiers et employés quelconques auprès de la cour de Rome natifs du royaume dltalie d'avoir à rentrer dans le royaume, sons peine de confiscation de leurs biens en cas de désobéissance. Ces mesures, qui témoignaient de la mauvaise humeur de l'empereur en
1 Décret impérial du 2 avril 1808.
face de la résislance inattendue de Pie VII, n'aggravaient pas d une minière notable la malheureuse situation du sainl-père ; mais elles ne furent pas les seules. A Rome, le général Miollis, soit qu'il obéit à de secrètes instructions de M. de Champagny dont nous n'avons pas retrouvé les traces, soit plutôt qu*il cédât, malgré sa modération ordinaire, à Timpatience assez naturelle que lui causait la position embarrassante oii le maintenait son gouvernement, saisissait sans beaucoup de choix et sans aucune utilité apparente toutes les occasions possibles de blesser de plus en plus le pape. C'est ainsi que, le 7 avril, un officier commandant un détachement de soldats français se présentait par son ordre à la grande. porte du palais du Quirinal. Le Suisse qui* était de garde, ayant déclatré qu'il ne pouvait admettre une troupe armée dans la demeure du saint-père, offrit néanmoins à Tofficier, s'il voulait entrer seul, de lui faire ouvrir la petite porte du palais. A peine cette porte était elle entre-bâillée, que l'officier, s'y précipitant, fit signe à ses soldats de le suivre, et tous ensemble, la baïonnette en avant, s'élancèrent dans la cour du Quirinal; puis la troupe française se porta dans l'intérieur du palais et s'empara du petit nombre d'armes qui servaient à monter la garde dans les antichambres du souverain pontife ^
1. Let're du canlinal Gabriplli au général Miollis, 7 avril 1808.
Cette yiolation de son domicile, accomplie presque sous ses yeux au moyen d'une misérable ruse, fat extrêmement sensible h Pie VIT. 11 n'apprit pas avec moins d'émotion qu'à la même heure d'autres détachements, envoyés par les rues de la ville, avaient arrêté et conduit au château Saint- Ange les soldats de sa garde noble, ainsi que leurs principaux officiers. A coup sûr, c'étaient, en cas de lutte avec l'armée française, de faibles défenseurs pour la cause du saint-père que ces jeunes gens qui appartenaient aux premières familles de Rome, et qui remplissaient auprès de sa personne les mêmes fonctions qu'autrefois à Versailles et à Vienne les fils de la noblesse avaient coutume de briguer à la cour de leurs souverains. Si de paît et d'autre on avait couru aux armes, ce ne sont pas les vieilles hallebardes fleurdelisées que les étrangers remarquent aux mains des Suisses ef des Bergamasques dans toutes les cérémonies religieuses de Rome qui auraient décidé du sort de la bataille. L'injure était gratuite, et fut par cela même d'autant plus amèrement ressentie par Pie VIL Quel motif, sinon l'envie d'aigrir profondément le saint-père et de le porter à quelque fâcheuse extrémité, avait pu engager le général Miollis à faire presque à la même époque arrêter un prélat distingué dont Pie VII faisait un cas tout particulier? La seule bienveillance que lui témoignait son souverain semblait avoir attiré cette
violence sur la tète de Mgr Gavalchini, chargé des fonctioDS assez peu importaDtes de gouverneur de Rome^
dette série de mauvais procédés, ces raffinements dans le choix des coups dirigés contre sa dignité de pontife et son indépendance de souverain, avaient, quelle que fût sa douceur, fini par jeter le saint-i[>ère dans une sorte d^exaspération nervrase. On lui avait déclaré la guerre, soil ; il saurait bien la soutenir, il la soutiendrait par les moyens qui lui étaient propres, les seuls qui eussent été laissés à sa disposition. Un l'accablait par la force maténelle, il ferait* lui, appel à la conscience de ses sujets. Le gouvernement firançais entendait exiger le serment des ionolit>niKiires nouvellement nommés dans les provinces italiennes détachées de ses États ; eh bien, il leur interdirait iV serment, A des prétentions sans justice il opposerait les droits du prince légitime. Non-seulement il protesterait t^r la voie diplomatique contre un décret inique (celui du i avril lâ08> qui le privait des plus belles proviniYs de sa souveraineté temporelle ^ mais il écrirait aux é>^V)ues ik's (M^>vinces réunies au royaume d'Italie afin de U^ avertir de la conduite qu ils avaient à tenir en face
I . t44ln» Ua CMiiiiMt CUlwielU au jpènérml Mîollis. â2 avril 1808.
^. LtHIr^ À N« le chevalier AU>eiii, chun^ d'affaires da royaume dilalie. 19 m^ii 1)^. r- («inrutair^ a«\ ministres élran^rs près la \^w de Home, 19 m;»i 181)8. — Leilr» an\ carlÎAamx. 19 mai 1808.
de l'usurpation française et des règles qu'ils devaient prescrire aux fidèles de leurs diocèses *..
I^ décision h laquelle Pie Vil venait de s'arrêter dépassât en importance toutes celles qu'il avait prises jusqu'à ce jour, et rien n'était plus grave, soit au point de vue politique, soit au point de vue religieux, que la teneur des instructions qu'il prenait sur lui de faire en ce moment parvenir aux évoques des provinces d'Urbin, d'Ancône, Macerata et Camerino. Non-seulement elles avaient pour but de circonscrire la nature des rapports que ces évoques étaient personnellement autorisés à entretenir avec les nouvelles autorités françaises, mais elles posaient au nom de la religion des principes qui devaient servir de règle à tous les habitants catholiques de ces provinces. Après avoir établi que les droits de la souveraineté pontificale étaient d'une essence unique dans son genre et supérieure à ceux de toutes les autres souverainetés, Pie VII parlait avec une réprobation toute nouvelle dans sa bouche de ce gouvernement français qu'il s'agissait de substituer au gouvernement de l'Église.
« C'était, — s'écrîait-il dans des termes atout le moins un peu extraordinaires de la part de celui qui avait signé
i. Loltie du pape Pie VII aux évéques des provinces réunies au royaume d'Italie.
4b L ÛUSE KOMAIXE ET LE MiKJilER EMPIRE
z\ec tint de sitis&crion le eoooordai, qui naguère encore, il y aTait dau mois à peine, avait élé sur le poinl de s*aN lier arec Xapoléoo contre r Angleterre, — c'était on gouremement notoireioent ^Tahissenr de la poissance spiritoeUe ei proiectear de tontes les sectes et de tous les cultes. Li formule de ses serments, ses con.<titntions, son code, ses lois, ses actes, refirent lindifférentisme poar toutes les religions, sans en excepter la religion juive, cette ennemie implacable de Jésus-Cbrisl, et ce système qjii ne suppose aucune religion est ce qu'il y a de plus injurieux, de plus opposé à la religion catholique, apos-' tolique et romaine, laquelle, parce qu'elle esl divine, est nécessairement seule et unique, et par là même ne peut faire alliance ayec une autre, de même que le Christ ne peut s'allier avec Bélial, la lumière avec les ténèbres, la vérilé avec Terreur, la vraie piété avec l'impiété! La protection jurée et si vantée du souverain des Français pour tous les cultes n'était donc autre chose qu'un prétexte et une couleur pour autoriser la puissance séculière à s'immiscer dans les affaires spirilueHcs, puisqu'cn montrant tant de respect pour toutes les sectes avec toutes leurs opinions, le gouvernement français ne respectait en eifet aucun droit, aucune institution, aucune loi de la religion catholique... Il résultait de là, poursuivait Tinstruclion adressée aux évoques italiens : 1» qu'il n'était point per-
mis aux sujets du souverain pontife, tant eccelésiastiques que laïques, de prêter jamais à ce gouvernement intrus serment de fidélité, d'obéissance et d'attachement exprimé dans des termes illimités et qui comprendraient en euxmêmes li déclaration d'une fidélité et dune a[q[)robation positives, parce qu'un pareil serment senût un acte d'infidélilé et de félonie «n vers le souverain légitime,... serment d'un scandale grave qui favoriserait un fait qui ne pouvait tourner qu'au détriment de la foi et à la perte des âmeSy serment dans tous les sens répréhensible, injuste et sacrilège ; 2" qu'il n'élait pas non plus permis d'accepter et bien moins encore d'exercer des emplois qui auraient une tendance plus ou moins directe à appuyer, à aider, à consolider le nouveau gouvernement dans l'exercice de son pouvoir usurpé;... 3*» qu'il n'était pas permis aux évêques et aux autres pasteurs ecclésiastiques de se prêter au chant du Te Deum à l'occasion du gouvernement illégitime... Sa Sainteté espérait que, l'expérience elle-même ayant démontré à quel point il élait dangereux pour la tranquillité publique d'exiger des serments qui mettaient ceux auxquels ils étaient imposés dans la funeste alternative soit de trahir leur conscience, soit de s'exposer à des périls graves et imminents, une pareille extrémité serait épargnée à ses sujets ; mais le contraire pouvait aussi arriver. Le nouveau gouvornement voudrait
peat-étre colorer uoe lelle violence da prétexte de sa sécurité. Dans ce cas, sans contrevenir aux principes incontestables établis dans la présente instruction, on pourrait lui donner salisraction par une formule qui, se restreignant à tme promesse de fidélité et d'obéissance passive^ c'esl-à-dtTf de soumission et de non-opposition^ en même temps qu'elle garantirait le repos public (qu*il n*est jamais permis aux particuliers de troubler par des complots et par des factions à cause des désordres et des scandales plus grands qui eu résultent d'ordinaire), ne ferait tort ni à la justice ni à la religion... Quelque grande que puisse être la rigueur qu'on voudra exercer sur eux, les sujets de Sa Sainteté se rappelleront qu'ils sont chrétiens et par conséquent disciples de ce divin Maître qui, en promettant de grandes récompenses éternelles dans la vie à venir, n'a annoncé et n'a prédit pour celte vie mortelle que des tribulations et des persécutions , et qui pour cela leur a enseigné à craindre non point ceux qui tuent le corps et ne peuvent aller plus avant, mais Celui qui peut livrer rame et le corps à la perdition éternelle * ■. »
11 est plus facile d'imaginer que de décrire l'immense agitation jetée au sein des villes et des campagnes des
1. Instrnclion envoyée par ordre de Pie VII aux évêques des provinces italiennes annexées, 22 mai 1808.
Marches et de l'Ombrie par ces paroles adressées du haut du Vatican à des populations très- catholiques, sur lesquelles leurs évoques, leurs curés, les mornes surtout avaient gardé une très-puissante influence. Les dangers trop pro- • bables d'une révolte populaire, dont la responsabilité aurait lourdement pesé sur la conscience du saint-père (car la répression en aurait été aussi facile qu'impitoyable), avaient engagé beaucoup de bons esprits à détourner Pie VII de lancer celte imprudente provocation ; mais il avait repoussé les instances de ses plus fidèles et plus intimes serviteurs. Il en était de cette instruction comme de la lettre de rappel du cardinal Caprara ; elle était Tœuvre personnelle du saint-père. Depuis que, par ordre de l'empereur, tant de membres du sacré collège avaient été enlevés do Rome, et parmi eux un certain nombre de cardinaux qui, rattachés par leur origine aux provinces devenues françaises ou réunies à l'Italie, auraient eu tout intérêt à calmer les impétueux sentiments de Pie VII, il arrivait une chose que Napoléon, s'il avait été lui-même plus prévoyant, aurait pu à l'avance facilement deviner.
Le malheureux pontife, laissé à ses propres impressions, de plus en plus surexcité par la solitude qu'on avait faite . autour de sa personne, mettant une sorte d'orgueil à témoigner que sa force était en lui-même et qu'on n'aurait jamais raison de lui par la violence, repoussait de parti
pris les avis qu'il suflpect^it de tiniidilé, et se trûuvail, par la force des circonstanees et p)r la foutQ de remper^ur, n'avoir désormajs auprès de lui, poup conseillers et pour auxiliaires dans la lutte opiniâtre qu^il avait à soutenir, que des eardinaux la plupart aoeabtés de vieillesse et d'in- ^ firinités, ou des homnies plus jeunes, noais aussi plus obs^ tinés, plus ardents, h^ passions très-^étroites et doppis longtemps connus pour leur hostilité envers la Friiiipe. M. Lefebvi^ avait, comme M. Âlquier, rendu un compte exact à M. de Champpgny de ce q\ii se passait sous ses yeux ik Home, lorsqu'au moment de prendre oongé du saint-père il l^avait représenté comme ayant, pap sa volonté personnelle vivement exprimée, triomphé des hésitations persistantes du chef et de la plupart des fonctionnaires de la secrétairerie d'État, qui sMtaient en vain appliqués it vaincre ses scrupules. « Ceux qui étaient parvenus à alar^* mer la conscience du saiutrpère sont demeurés les plus forts, disait le chargé d'affaires de France. La teneur de la réponse à l'ultimatum que j'ai été chargé de lui remetti^ a été changée deux fois ce matin, tant on balançait encore sur le parti qu'on avait à prendre. Le^ théologiens euxmêmes étaient partagés jusque dans le sacré collège, et Je ne doute pas que le refus de Sa Sainteté de s'entendre avec l'empereur ne consterne le plus grand non(Are d^ aes plus chauds partisans. »
Ce n'étaient pas seulement quelques-uns des membres du sacré collège qui regrettaient tout bas le parti auquel s'était arrêté le saint-père; à Rome, le corps diplomatique presque entier ne semblait pas approuver beaucoup Topposition de Pie VII aux volontés de Napoléon. La forme essentiellement dogmatique et reli^euse qu'il venait de donner à sa résistance par la lettre récemment adressée aux évoques d'Italie soulevait nombre d'objections de la part des légations étrangères. Au fond, il déplaisait aux ministres de ces puissances qui avaient tant de fois cédé à Tempereur, qui s'àalent^ les unes après les autres, si eom^ plétement humiliées devant lui, que le premier exempte d'une plus iière attitude fût donné par le Dsdble souverain d'un si petit État. La Prusse protestante et la Russie s(^smatique n'avaient pas grande sympathie pour les malheurs du chef de rÉgUse catholique.
Chose singulière, la froideur était presque égaie eh^ les représentants des nations qui reconnaissaient la juridiction spirituelle du souverain pontife. A l'excepti(Hi de Tambassadeur d'Espagne, ils avaient tous reçu avec une sorte d'indifférence affectée la protestation de Pie VII contre l'annexion des Marches et de l'Ombrie, tant ils avaient eu peur de mécontenter le gouvernement français. Le ministre de Bavière, qui avait si bien profité des dé^ pouilles de l'Autriche après Àusterlitz, ne semblait à au'
cun degré trouver maavais qae Temperear s'adjugeât d*un trait de plume les plus belles provinces du saint-siége. Le croirait-on ? le ministre de l'empereur François, qui dès lors méditait pourtant de rompre avec Napoléon pendant qu'il était si malheureusement engagé dans les affaires d*Ëspagne^ le chevalier de Lebzeltem, d'ordinaire si favorable aux intérêts de la cour de Rome, demeurait luimême tout à fait impassible. Rendant compte en termes très-circonspects au comte Stadion des violences que le commandant des troupes françaises multipliait contre le pauvre pontife, il n'hésitait pas en revanche à blâmer trèspositivement les instructions envoyées aux évoques. « Je ne puis dissimuler, quel que soit le respect dont je suis pénétré pour cette cour, que la lettre circulaire qui vient de lui attirer de nouveaux désagréments y et que l'on qualifie ici de direction purement spirituelle, me parait impolilique, d'ailleurs mal rédigée, et s'écartant tellement des Ijimières du siècle, qu'elle ne pourrait que laisser une impression désagréable sur la plupart de ceux qui en feraient la lecture. Les sentiments qui y sont exprimés sur la tolérance des cultes regardent tous les souverains, et, quand même ils seraient conformes aux anciennes maximes, ce n'est point l'époque oii ils peuvent être proclamés et appliqués, dès qu'ils sont en opposition avec les principes que des souverains pieux et zélés pour le catholicisme ont
cru devoir établir... II est toujours bien à déplorer, ajoutait M. de Lebzeltern, qu'une conciliation si désirable entre la cour de France et la cour de Rome paraisse devenir à tout moment plus problématique, sinon tout à fait impossible ^ > M. de Lebzeltern avait sans doute raison quand il blâmait l'imprudence de la circulaire adressée aux éyéques italiens ; il n'avait pas tout à fait tort non plus quand il regrettait, sans toutefois en donner des motifs ni très-justes ni trës-élevés, les principes exposés par le saint-père dans sa circulaire. Ce n'en était pas moins un signe caractéristique de cette époque d'entendre un ambassadeur d'Autriche parler alors à Rome avec tant de goûtdes lumières du siècle; à coup sûr, H. de Lebzeltern ignorait tout à fait les préparatifs de sa cour en vue d'une guerre prochaine avec Tempereur, quand il prenait résolument parti contre le pape en faveur des souverains si pieux et si zélés pour le catholicisme qui avaient eu le mérite d'établir la tolérance dans leurs États ; il était loin de soupçonner Talliance à peu près formée déjà, moyennant de gros subsides, entre rAutriche et rAngleterre,lorsqu'en termes pleins de tristesse il déplorait le manque (acheux d'accord entre Rome et Paris. Quant aux nouveaux désagréments que, par sa faute sans doute, s'était attirés la cour de Rome, voici ce dont il s'agissait.
i. Lettre de M. le chevalier Louis de LebzoUern an comte Stadion, citée par M. Artaud. Vie de Pie VII, t. II, p. 190.
^^ L'ÉGL»K ROMAINR ET LE PIIKIUER BHPlliE
A peine le gëntfral Miollis anit-il en coDtoaissance de la circulaire adressée anx érèqoeâ italiens, quil s*était hâté den envoyer copie h Bayonne; mais il fallait attendre longtetttps avant de recevoir le* instructions de Terapereiir. Que déciderait-il? Il lui semblait opportun de prévenir des troubles qui par le fait n'éclatèrent point, mais qu*à Rome chacun croyait immtnetits dan* les proviuces italiennes récemment annexées. Aiu*i que nous TaVou* dit, il y avait eil division jn^ue parmi les membres du gouvernement pontificat, *tir Topportunité des instructions envoyées aut évêques de ces province*. On disait beau' côttp que le secrétaire d*Êtal ne les avait pas approuvées, ce qui paraissait vrai ; on ajoutait même, ce qni ne Tétait point, qu'il avait refusé de les signer. Le général Miollis, encouragé par ces fausses rumeurs et ^'exagérant d'ailletîrs beauconp Timportance du mouvement d*opinIon quIl croyait voir se prononcer à llome en faVeur du régime impérial, en était venu h penser que le moment était ar^ rivé de frapper Un grand coup d*auiôHlé. ïl avait donc envoyé deut ofBciers français au Quirinàl, cheï lé cardi* naî Gabrlclli, s*enquérîr s*il était Tauteur des instructions : à quoi le cardinal avait répliqué quinterpellé officiellement, il n*avalt pas autre chose à dire, sinon qu'il n*avait do compte à rendre de ses actions et des affaires dont il était chargé qu*à DieU et h son souverain; inter-
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Itgé ât)i{àilemehl> il rétK)fidrait sâHs hésiter qu*il ttvoit en
effet sigfié ëeâ ihstt'tictiôtts.
Le lettâëfflâid/ léin mêtaëd officiers sé pi^Beritèi*eilt Utie seconde fois cheÊ 16 sect*élaiïH3 d'Étôt, procédèi^ent à là levée des scelles qu'ils àtâient la Veille apposés stii* ses pLpieH, et> à^f^ tes avoir èkâriiihés, Itii intimèrent de la pàH du gériërdl Miollis Poindre dé se i^Hdre directemetit h im logi^, m il demeurerait prisôtiùiér jU^qd*à ce qUII m le lëUdetiiàiti eOnduit par la force ii^iflée ft sofi fivéché de (iinipgiiâ ^; Gëtte âl'î'esUUDfi du mthistre de Sa Mû- M6, qUl étéit Rdlbaili de UàissëUtie, al^réëtàtioil fôité dâtik le propre palais de Pie VU, à quelques pàS de m àppàr- * lëtUfentj presque iwusses yeu^, ceite mainmise sur léis papiers de là sëCWlaii^erte d*État par deUx ihllilait^s tWnëâis, tout ëëlii n*éltiit pas scUlemettt tine fbf'te meÈure pH§ë pf lé géUéral MfoUis^ àiiisi qtié la qualifiait par une ëipwséldfi irfts^âdôttëie M. de LebÉdlteru éërtVâht àu cômlê Stadiôtt, ft ViëUne; détail de sa part titte démarche âUssl îAVim quë moust^tiêUse. L'effet immédiat de cette Vlblëtteê tut (àë Heter très-vite au séèbhd plâri là Icltl* assez ffialëheôttlt»eUsé adressée àUx évëques. TdUS les esprilS hetJBètëîi, toutes les âmes gëftéreusès, n'épt*oUvàlënt
i. Lettré du seciétaire d'État cardihal GabrieUi an général MioHis, 12 juin 1808. — Lettre du même aux ministres étrangers accrédités Jii^ès là coUf de Rotr.o, Î7 juin iSOft.
r>6 L'ÉGLISE ROUAINE ET LE PREMIER EIP^IRE
plus d*hésitâtion ; Topinion, un instant indécise, redevenait plus que jamais favorable à la cause du saint-père et contraire au gouvernement étranger dont les agents se permettaient de si étranges abus de pouvoir.
Que pensait cependant Tempereur Napoléon des scènes si nouvelles qui se succédaient si rapidement dans la capitale du saint-siége? La vérité est que son attention était alors à peu près absorbée par d'autres scènes non moins étranges qui venaient de se passer sous ses propres yeux h Bayonne, et dont les conséquences étaient en train de se produire de la façon la plus inattendue pour lui, et la plus désastreuse pour nos soldats, sur le versant opposé des Pyrénées. Si nous nous en rapportons à la correspondance • de Tempereur, il semble que des impressions contraires se soient tour à tour partagé son esprit. A son départ de Paris, quand il espérait encore arranger vite et facilement ^ les affaires d'Espagne, il avait adressé au prince Eugène, vice-roi d'Italie, des mstructions ou régnait la plus entière confiance, celle d'un homme toujours assuré du succès et qui ne cherche qu'à en tirer le plus d*effet possible. Il lui avait écrit : « Je désire relarder jusqu'au 30 avril l'exécution de mon décret relatif aux quatre Légations, et que vous le teniez jusque-là très-secret. Ces dix jours de plus vous mettront à même, ajoutait-il, de prendre mieux vos mesures, de mieux régler tout, de manière
que tout cela se fasse comme un coup de théâtre ^ > Napoléon s'était toujours complu aux coups de théâtre; mais la pièce montée à Rayonne n'avait qu*à moitié réussi : elle avait eu pour triste dénoûment Tinsurrection de l'Espagne presque entière. Contre cette nation partout soulevée pour défendre son indépendance, nos armées étaient encore restées victorieuses toutes les fois qu'elles avaient agi par grandes masses ; cependant, elles étaient déjà presque cernées par des bandes qui détruisaient impitoyablement tous nos corps détachés. Une grande déception, des embarras sans nombre, des périls redoutables, ste montraient là où l'empereur n'avait entrevu qu'une facile conquête. Le temps n'était plus où l'on pût aller courir en Italie quelque semblable aventure. Il valait mieux tout ajourner. Ce que l'empereur aurait préféré, c'était de n'avoir plus à s'occuper en aucune façon de cette ennuyeuse question romaine, d'autant plus ennuyeuse qu'elle tombait si mal à propos. Il lui déplaisait qu'on lui en parlât ou même qu'on s'en entretint. Telle était la disposition d'esprit dans laquelle vint le surprendre «à Bayonne la nouvelle de l'arrestation du cardinal secrétaire d'État Gabrielli. Rien de plus incommode; mais
1 . Lettre de remperear Napoléon au prince Eugène, vice-roi d'Ilalie, 2 avril 1808. — Correspondance de Vempereur Napoléon /e*", t. XVI. p. 469.
m L ËGLififi AOMAINB BT L6 PREMIER RMPIRE
G*é(ait Chose faite. Il ne Youlut ni TâpprouVer positive-ment, ni surtout la blâmer» Le 17 juillet 1808^ c'est-àdire quelques juurs ayant d'apprendre une n&uvelle bien autrement désustreùse> celle de la eajûtulation du màlheu» retix gi^nërnl Dupont^ eapitulatioh qui allait causer à l'empereur un si violent désespoir et porter à sa piiissànee . une si formidable atteinte^ il écrivait ^u vice»roi d'Italie i « J'ai vu âved plaii^ir que vous aveii fait venir à Milaii le cardinal Gabrielli,' évéfque de Sinigaglia. Il faut le laièëcr Ih. Quand vous pourrez le votr^ vous lui demanderei s'il veut ou non prêter le serment prescrit ^r le eoncordati Â'II no vôoi pas, vous renverrez dans un couvent ; votts sétiUésIrerex ^on téUiporehéi On ne lui laisMeHi qu'une pension aiimeniairé de 1,000 écus, Tout liela doit se faire f^nns brdlt. Il ne fimt imprimer aucun décret... i Agir sans parler; sans Hen écrirO; ^'il était poëtiible, surtout sans rien LUsï^er imprirtier, telle prâlt élre la prinoipftle
recommandation que l'empereur faisait &lor§ parvenir à ses agents en Italie. Moins on en parlera, Miëflit cela vuii^ ifrà, t'est h quoi il revient ëhflS ce^Sè. « AyèÉ soin^ ajeuttî*-
t-il en terminant sa lettre àu viee-roi, aye* soin qu'il «e
soit qiiesHon de cela dans aUCUne gâfeêttei et qu*dn H'6ti fasse aucun bruit *. » •
i. LeUfe do l'eiïijiëfrftùr Nàtîbléoh au Vice-roi d'ItâlIë, Bdydtthe, 17 juillet 1F08. — Correspondance de Napoléon /«', I; XVI, jl. 4o2.
CIIAPîTftÊ tXW.
MINI!It6KI$ fttJ GARDtNAL PACCA»
Nomination du cardinal Pacca à la secrétairerie d'État. — Son caractère . — Il éiail îe chef du îJarti bppoSè & tonSélVi, et contraire aux cohct»?sions Taites à Napoléon^— Ses premiers rapports avec le général Miollis sont empreints de beaucoup do meSure et de modération. — Le pape exige qu'il adresse des réclamations plus âeeentiièefl au gouverneur général de Rome. — Irritation de Miollis. — Il veut faire arrôter Pacca au Qùirinal. — tntervenliori pefscbûellti de Plé Vil, qill emrtiène son ministre et le fait loger dans une chambre voisine de la sienne. — : La guerre d'Espagne, qu'il est allé conduire lui-même, distrait forcément retbpeiHeur des affaires de Home» tnais son langage et ses lettres témoignent de son irritation croissante. — Campagne contre l'Autriche. — A peine a-l-il remjjorté ses preiriierS suôeôs on Allemagne, qu'il sod^ à se venger du pape en réunissant ses États à l'empire français. — Lettre à M. de Champagny. — Décrets du 17 mai 1809. — Murât est choisi pour mettre les décrets' à e^écutien. ^ Yaguës inquiétudes ressenties à Rome; on y prépare une bulle d'excommunication. — Retaixis dans l^ekécution dcS bHtéi de relhpereur. — Le drapbaii français est arboré le 10 juin au château Saint-Ange.— La bulle d'excommunication est affichée dans Rome.
Lé jotir même oh le cartlnnl secrétaire d'Élat Gébrielll avait élé enlevé dé Rome par la forée armée, Pie Vil liom* tnait polir le remplacer le cardinal Pacca. Ge choix luittième était la meilleure preuve du tort que l'empereur avait fhit à sa ^càmè eî\ élôignaftt du saint-père Irthl de membres dii sàéré collège. Ltiissé libre dans se» prêté-
00 LÉGUSE ROMAINE ET LE niEMlER EMPIRE
rences, jamais le saint-père n'anrait de son propre moovement confié au cardinal Pacca les fonctions da ministère. Ce n*était pas que Pacca fAt un personnage obscur ou médiocre d*esprit, loin de là. D appartenait à cette portion du sacré collège qui, sans jamais avmr fait acte d'opposition ouverte à l'égard du cardinal Gonsaivi, n'avait pas craint toutefois d'exprimer à plusieurs reprises quelques doutes sur la convenance et l'utilité des concessions faites à l'empereur des Français par ce fidèle serviteur et cet ami intime de Pie VU.
11 en était résulté que, sans être, à vrai dire, en disgrâce, le cardinal Pacca était depuis un certain nombre d'années demeuré un peu à l'écart des affaires. Il n'avait pas au fond de son cœur approuvé l'alliance contractée en ISOl avec le chef de la révolution française, non plus que le concordat, et encore moins* le voyage du saint-père à Paris pour le sacre. Ses sympathies avérées étaient d'un tout autre côté. Il était avant tout homme d'ancien régime : non pas, tant s'en faut, qu'il fût un prêtre rigide, altier et d'un caractère intraitable; tout au contraire, il était aimable, enjoué, plus versé qu'aucun de ses confrères du sacré collège dans la société romaine, s'y plaisant assez et y plaisant beaucoup, irèô-vif dans la conversation, très-prompt h la riposte, fort arrêté dans ses idées, peu différentes de celles que le comte Joseph de Maistrc, un Italien de Savoie,
déreadait alors avec tant de verve dans les salons de Saint- Pétersbourg, mais ne craignant pas non plus d'examiner toutes choses sous leurs divers points de vue^ facile à émouvoir comme la plupart de ses compatriotes, et cependant intrépide, allègre même en face du danger.
Tel était alors le nouveau ministre qu'au mois de juin 1808 Pie VII venait d'appeler près de lui, et tel encore nous l'avons connu à Rome vingt ans plus tard dans son alerte vieillesse, Tun des chefs les plus actifs du parti absolutiste, demeuré malgré ses quatre-vingts ans un intrépide causeur, médisant volontiers de la France et rappelant toujours avec la plus évidente satisfaction les années qu'il y avait passées presque toujours en captivité, affectant de mépriser beaucoup les idées libérales et recherchant de préférence les hommes qui les professaient avec le plus d*éclat. Avec de telles opinions, qui n*aurait cini que le nouveau secrétaire d'État allait aussitôt entrer en collision avec le général Mioilis ? Il n*en fut rien ; au contraire, les rapports entre la cour de Rome et le commandant des troupes françaises semblèrent se détendre un peu.
Comme il arrive le plus souvent dans les afiaires humaines, le ministre du saint-siége, précisément parce qu'il était décidé à opposer une résistance très-énergique aux exigences du gouvernement français, était d'autant
plus pQrto k »^ mmim (^m\mi d^n» l^s i»eid§ot^ i^ pçi]^ d'importianoe^ Il »'ab*Uftt pe^(^ant plussieura jouFi d'él^Yftr AUOune plwftW, de formuler ^«çun gmi; Il {«'H même soiq d^ téft^oigner à l'égard d^ts Français le» disfi^ sitions Ifia plu» p^oif^qv^» $i 14^ QUQ l6 g^néril CKim-
ftienç^it à voir avec plairir un oH$4>^ qui l'avait d'al»rd passal)lawe)it mécontenté ^ Ce (u( Iq p^y^ qui sq Iftapa le preiw^f de Qettci patience de squ pûnirt w, <^ Monsieur le
cardinal, lui dit-il dans une de se§i audience* du watio, cm
prétend dans Ren^e que mn damions i il faut prouver que noua ammes éveiUéa et adreaaer au général français une noie vigoureuae» *
Ce n'étaient pas leçi ç^oeasiena de note qui manquateni, c£U' {es violences des autorités franeiûaes n'avalent paa m instant disçc^tinuét Jusque-là» le cardinal Paeea avait cherché de^ biais pour n'avoir pas à réerinûnep oiBoîelle^ ment contre les mesures ordonnées par le général Mlollt^. U avait recommandé sous main aux employé» du goovei^ nement pontifical de se prêter» dans Texercioe 4t leurs fonctiona, à tous les actes qui ne seraient pas absoluHie»t incompatibles avec leurs devoirs envers le sainl-p^* Quand des difficultés s'étaient élevées entre les fonction^ naires des deux gouvernements, il s'étail efforcé^ avant