‹ L'Église romaine et le premier empire, 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédites (volume 5)Chapitre 53 sur 81 · III · texte numérisé non relu

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avec laquelle il venait d'écrire au comte Maret au assez singulier billet dans lequel il se vantait d*étre maintenant nop, moim apostolique et pltis chrétien que son auguste correspondant, Tancien empereur d*Âllemagne S Napoléon faisait savoir à M. Bigot de Préameneu « qu'il approuvait de commencer par faire venir d*abord à Paris les cardinaux français. Ce premier pas fait, on verrait, disait-il, ce qull serait convenable de faire pour les cardinaux du royaume d'Italie* ». Le lendemain, les yeux toujours tournés vers Rome, il écrivait de nouveau à son ministre des cultes afin qu'il lui fit un rapport sur cette question : « Qu'est-ce .qui constitue les secrétaireries papales pour Texercice du gouvernement spirituel de TËglise ? Quels sont les individus qui les composent ? comment sont-ils? où sont-ils? 4^renez des renseignements et rendez-m'en compte, afin que je prenne une résolution^. »

Nous avons déjà dit quelle fut la résolution définitive

1. Voyez le billet de l'empereur au comte Maret, secrétaire d'État, et le projet de lettre à Tempereur d'Autriche, SchœnbruDO, 23 septembre 1809. — Correspondance de Vempereur Napoléon /w, t. XIX, p. 491.

1. Lettre de l'empereur à M^ le comie Bigot de Préameneu, Schœn- ^ruon, 23 septembre 1809. Cette lettre n'est pas insérée dans U Correspondance de Napoléon /«'.

3. Lettre de l'empereur au comte Bigot de Préameoeu, ministre 'des cultes, Schœnbrunn, 24 septembre 1809. — Correspondance de Napoléon /«•-, t. XIX, p. 506.

de Tempereurà regard des membres du sacré collège, l^os lecteurs se souviennent sans doute qu'à peine rentré en France après le traité de paix signé à Vienne, le 14 octobre 1809, Napoléon n'avait rien eu de plus pressé qae de faire arriver en grande hâte à Paris, non-seulement les cardinaux qu'il appelait français parce qu'ils étaient nés

dans les provinces maintenant annexées à son empire,

- * mais encore tous ceux du royaume d'Italie. Un très-petit

nombre de dispenses avait été assez difficilement accordé à quelques vieillards inflrmes et presque moribonds, pour lesquels ce voyage avait été reconnu matériellement impossible. Nous avons eu occasion de raconter comment, à l'exception du cardinal Consalvi, ces grands dignitaires de l'Église romaine avaient, sans de trop vives répugnances, accepté de toucher sur les fonds du trésor impérial ntî traitement égal à celui de leurs collègues, les cardinaux d'origine française. Nous avons même dû noter en passant la surprise involontaire qu'avait éprouvée l'ancien secrétaire d'État et l'ami intime de Pie VII en voyant ces conseillers naturels du souverain pontife se mêler un pea trop volontiers, suivant lui, aux fêtes de la cour impériale, et mener, au milieu de la brillante société parisienne, une vie qui ne laissait pas que de contraster assez étrange-^ ment avec celle qui était alors Imposée au malheureux prisonnier de Savone. .

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Peut-être la complaisance toute méridionale qui les avait , portés à s*accommoder si vite et si aisément aux conditions extérieures de leur nouvelle existence avait-elle contribué à tromper Napoléon sur la véritable nature de leurs secrètes dispositions. Le fait est qu'il ne se donna guère la pdne de faire enlre eux aucune différence. Les ayant tous vus réunis autour de son trône également craintifs et unanimement respectueux, Fidée ne lui était pas venue qu'il y

en eût dans le nombre d'assez osés pour s'opposer jamais, par des motifs de conscience, à ses volontés clairement manifestées. Le refus signifié par écrit de tenter sous ses auspices aucune démarche collective auprès de leur chef captif l'avait jelé^dans une première et violente surprise; son indignation^ ses emportements et ses rigueurs n'avaient plus connu de bornes alors que, par des scrupules du même genre, la moitié des cardinaux italiens présents à Paris (treize contre quatorze) avaient refusé d'assister à la cérémonie religieuse de son mariage avec l'impératrice Marie-Louise. Pareille déception, moins publique, il est vrai, beaucoup moins retentissante, mais non moins significative, l'attendait à Rome, et cette fois encore motivée par son mépris affiché, parlons plus exactement, par son incurable ignorance des délicats mobiles de la conscience religieuse.

L'empereur, également désireux de mettre sous son

influence la notable portion du clergé italien qu*il avait dû aécessairement laisser en grande partie dans les anciens États pontificaux, et non moins soucieux de se rendre maître de l'esprit des prélats romains que de celui des cardinaux, avait pris ses dispositions en conséquence. Le général Miollis était muni à Rome des mêmes instructions que M. le comte Bigot de Préameneu à Paris , et , comme lui, il avait à sa disposition un assez large crédit destiné à subvenir aux besoins des anciens fonctionnaires ecclésiastiques du gouvernement pontifical qui auraient recours à sa munificence. Mais , si la tâche était la même de l'un et de l'autre côté des Alpes, le résultat en fut tout différent. C'était grâce à son adresse, à ses infinis ménagements, par suite surtout de la sincère bienveillance qu'il ressentait pour eux, que le ministre des cultes était parvenu à faire accepter aux cardinaux romains un traitement qu'il avait eu l'art de leur présente^ et que la plupart considéraient, de bonne foi peut-être, comme le juste remboursement de leurs dépenses de voyage, et comme une naturelle indemnité pour les frais de leur entretien dans une ville étrangère.

A Rome, la situation ne se présentant pas sous cet aspect, les choses s'y passèrent tout autrement. Soit, en effet, que le général Miollis, malgré son esprit conciliant et sa modération accoutumée, ait agi en cette occasion

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plus en militaire qn*en diplomate, soit qu'il fut moins mal^ aisé de contrarier l'empereur à ceux qui étaient placés, loin d4i^ loi qu'à ceux qui résidaient à sa propre cour et sous le coup de sa redoutable main, soit enfin que Tindépendance de caractère (ce qui s*est vu ailleurs que dans les rangs du clergé) n'ait rien à voir avec l'élévation du grade, toujours est-il qu'à Rome les employés secondaires de l'ancien gouvernement pontifical ne voulurent point suivre l'eKcmplequi leur avait été donné de Paris par le^ cardinaux, c'est-àdire par les chefs les plus éminents de la hiérarchie ecclésiastique. Au 17 mars 1810, huit mois après qu'il avait ordonné l'enlèvement de Pie VII au Quirinal, le général MioUis était obligé de convenir qu'il avait complètement échoué dans sa mission. Pas un des anciens serviteurs du saint-père n'avait voulu accepter une obole de sa main. C'est en vain qu'il avait fait ouvrir des crédits mensuels pour les traitements des membres de la maison du pape et des premiers dignitaires de la cour de Rome : « Us ont évité de les toucher, écrit-il assez piteusement à M. Bigot de Préameneu ; on leur a dit de sîe faire inscrire pour leur paye; ils sont restés également passifs et paraissent recevoir de l'argent par des voies particulières *. » Refuser obstinément ses bienfaits, et, ce qui était plus

i. Lettre du général MioUis au ministre des cultes, 17 mars 1810.

grave encore, accepter les secours qui leur arrivaient païf un canal mystérieux et probablement hostile,, c'étaient là ' autantdecriraes irrémissibles aux yeux de Tempereur. Mm les moyens ne lui faisaient pas défaut pour tirer vengeance d'une opposition d'autant plus insupportable qu'elle était . toute morale et purement passive. Il ne permettrait à pef-. sonne, et à des ecclésiastiques devenus ses sujets moins qu'à qui que ce soit, de se dérober ainsi à l'empire qu'il entendait exercer non pas seulement sur les faits extc-r rieurs, mais sur l'âme même et les sentiments les plus intimes de tous ceux qui étaient rangés sous ses lois. On ne tarderait pas à s'apercevoir qu'il avait à sa disposition les armes les plus diverses, propres à atteindre également toute sorte de rebelles. Malheureusement pour eux, et malheureusement aussi pour Napoléon, celles qu'il se proposait en ce moment de tourner contre le clergé récalcitrant des anciens États romains étaient d'une double nature, relevant plutôt du pouvoir spirituel que de la puissance temporelle. Malgré ses prétentions de fraîche date, le maniement délicat n'en était pas encore aussi familier à l'empereur que l'avait été de tout temps l'emploi des formidables engins de guerre qui l'avaient jusqu'alors aidé à triompher de tous ses adversaires.

Dans cette lutte d'un genre si nouveau pour lui, Napoléon ne devait plus désormais atteindre Tennemi qu'en se

blessant des coups frappés par ses propres mains. Les blessnres qu'il reçut de l'autre côté des Alpes ne furent pas encore bien oangerenses. Mais , engagée à propos des mêmes cpiestions, poursuivie par les mêmes procédés, aboutissant aux mêmes résultats, la querelle religieuse de l'empereur avec le clergé romain est pour ainsi dire le prélude de celle qu'il a plus tard portée devant le concile national de 1811. C est pourquoi, avant de parler des affaires intérieures de FÉglise de France, il conviwit d'abord de rendre compte de ce qui s'était passé à ce sujet en Italie.

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