III
4 ines , devaient suffire à rassarer complètement Temperenr
sur la stricte exécution de ses desseins ; mais sa passion ici est en jeu, c'est pourquoi il déclare à l'avance ne vouloir reculer devant aucun sacrifice. Napoléon , faisant manœuvrer de nombreuses colonnes mobiles entre Florence et Rome afin d'appuyer la destitution des évéques , des chanoines et des curés de paroisse qui , dans les États romains , n'ont pas voulu lui prêter serment , rappelle involontairement Louis XIV envoyant ses dragons pour aider à la conversion des protestants du midi de la France. Â la distance d*un siècle, l'attitude et le laiigage des deux despotes sont exactement les mêmes. « J'ai déjà envoyé 12,000 hommes en trois colonnes, écrit Nat)oléon à son ministre des cultes. J'en enverrai 100,000, si cela est nécessaire. 11 faut qu'au 1®" juillet tout soit dans les départements romains sur le même pied qu'à Paris ^. »
n est facile d'expédier de pareils ordres. U n'est pas non plus impossible de les faire exécuter, même quand ils répugnent à la conscience de ceux qui sont tenus d'y préter leur concours. Ce qui ne dépend d'aucune vol(»ité * t « liumaine, si puissante et si obéie qu'elle soit , c'est d'empêcher que tôt ou tard, dans le présent ou dans l'avenir,
1. Lettre de Temperenr â M. le comte Bigot de Préamenea, MiddeU)arg, 11 mai 1810. — Correspondance de Napoléon /«r, t. XX, p. 342.
dans un avenir souvent tardif, toujours inévitable , l'iniquité de l'oppression, soit qu'elle ait été ignorée, soit même qu'elle ait été approuvée par les contemporains, ne retombe un jour comme une charge terrible sur la mémoire de l'oppresseur. Les violences qui furent de l'autre côté des Alpes la conséquence des mesures arbitrairement décrétées par l'empereur contre le clergé italien sont assez peu connues. Le public, quand elles se produisirent, y demeura , il faut en convenir, assez indifférent ; elles n'ont jamais été , que nous sachions , bien vivement reprochées à Napoléon. Peut-être cependant faut-il considérer comme un commencement de châtiment la nécessité où il s'est trouvé de recourir plus tard , pour expliquer sa conduite envers le pape, aux singulières contradictions qui déparent les beaux Mémoires de Sainte-Hélène. Quel que fût son mépris naturel de la vérité, quelle que fût sa confiance dans le dévouement plus touchant, il est vrai, qu'éclairé des honorables serviteurs qui le suivirent dans son exil, certes, pour peu qu'il les respectât, il a dû en coûter beaucoup à l'illustre prisonnier, qui sur d'autres sujets avait dicté à ses compagnons de captivité des pages d'his-« toire si nobles et si parfaitement véridiques , de les induire,, à propos de ses rapports avec l'Église romaine, dans des erreurs si palpables et si évidemment volontaires. Jamais aucun d'eux n'avait un seul instant songé à
demander au grand homme qui faisait l'objet de leur culte enthousiaste de se disculper de quoi que ce soitau monde. Nous savons par les écrits de la plupart d'entre eux qu'ils admiraient particulièrement la façon dont il avait dirigé pendant son règne les affaires religieuses de son empire. Cependant, c'est le ton de l'apologie, presque celui de la justification et de l'excuse, qui règne dans les six notes dictées k Sainte-Hélène à propos de l'ouvrage de l'abbé de Pradt, — excuses vagues, justifications pleines d'ambages , apologies déclamatoires et creuses , qui font un fâcheux contraste avec d'autres chefs-d'œuvre de narration simple et ferme que nous devons à ce glorieux émule de César. Les reproches que les hommes de son entourage étaient hors d'état de hasarder, il entendait déjà la postérité les lui adresser tout bas dans le solennel silence que la scflitude avait faitautour de lui. Par malheur, il a voulu agir avec la postérité comme nous l'avons vu agir avec les générations de son temps. Il a cherché à la tromper. Après avoir lu les lettres que nous venons de citer, comment admettre cette assertion de Napoléon, « qu'il n'avait eu que faire de demander la réforme des évéchés trop nombreux en Italie, parce que le concordat italien y avait pourvu * »,
1 . Deuxième note. — Mémoires de Napoléon, t. lY, p. 197, édition de 1830.
et comment lui concéder c que la discussion avec le saint-siége*soit restée purement temporelle jusqu'en 1811, et qu'elle ne devint spirituelle qu*à propos de la nomination des vicaires apostoliques dans les diocèses vacants en France* »?
Une autre affirmation non moins surprenante^e lit également dans les Mémoires de Napoféon. c Le fait est qu'il n'y a jamais eu, dit-il, plus de cinquante-trois prêtres retenus par suite des discussions avec Rome ; ils l'ont été légitimement ^. » Sur ce point encore, nous chargerons, selon notre constante habitude^ Napoléon de se réfuter lui-même, et toujours par ses propres lettres , dont la copie authentique est sous nos yeux. II est vrai que ces lettres n'ont pas été insérées à leur date dans la correspcmdance officielle de Napoléon P" ; mais nous nous tenons pour assuré que les personnes qui n'ont pas jugé convenable de les publier, sans doute parce qu'elles montrent l'empereur autrement qu'il n'aurait aimé à être représenté devant la postérité 3, jugeront encore moins à propos de les. démentir. Lorsque l'empereur écrivait ce chiffre si
i. Troisième note.— Mémoires de Nd^poléon, t. IV, p. S09, édition de 1830.