CHAPITRE XLI
Difficultés relatives à Tinstitution canonique des évoques français nommés par Tempereur. — Pie YII est moins disposé à céder qu'il ne Tavait été en 1807 à propos des évoques italiens. — Motifs de sa détermination. — L'empereur est très-embarrassé pour trouver moyen de faire parvenir officiellement ses propositions d'accommodement au saintpère.— Vie retirée de Pie TU à Savone. — Lettres envoyées au saintpère par les cardinaux et les évoques français. — Réponse adressée par Pie VU au cardinal Gaprara. — L'empereur songe à faire administrer les sièges vacants par le^ évoques nommés, en leur confiant les pouvoirs de vicaire capitulaire. — Rapport de M. de Préameneu à ce sujet. — Son mariage une fois conclu avec llarie-Loaise, Napoléon ne garde plus aucun ménagement avec le souverain pontife.
Ainsi que nous l'avons raconté 'dans le précédent chapitre, les difficultés touchant le spirituel ne surgirent, de l'autre côté des Alpes, avec le clergé italien qu'après la prise de Rome et par suite de Tenlèvement du pape. A peine engagée, la lutte avait été poussée par l'empereur à de telles extrémités, qu'au bout d'une année seulement il lui avait fallu destituer la majeure partie des évêques, les faire conduire en France par ses gendarmes, confisquer leurs biens, et déporter en jCorse un nombre considérable de chanoines et de curés dont la présence lui
LE PAPE A SAYONE 349
avait fini redoutable pour sa dominatioD. Quoique devant aboutir aux mfimes violences finales^ les choses se passeront un peu différemment en France. A vrai dire, la main mise sur la personne du souverain pontife et sa séquestration à Savone ne firent naître dans le domaine religieux aucune question nouvelle. La quelPelle relative à la nomination aux évèchés vacants était déjà pendante entre les deux gouvernements avant que le drapeau aux trois couleurs eût remplacé au château Saint-Ange les enseignes pon-?
tificales; la violence dépossession du saint-père et sa dure captivité n'eurent pour effet que de l'aggraver considéra^ blement et de lui donner un caractère et une portée qui étaient loin d'être favorables à la cause du chef de l'Empire.
Aussi longtemps que Pie VII était demeuré de sa personne à Rome^ fort gêné à coup sûr dans l'exercice de sa puissance temporelle, journellement menacé de se voir arracher les derniers lambeaux de son principat terrestre^ mais traité encore, ostensiblement du moins, en souverain indépendant, la controverse engagée au sujet de Finstittttion canonique des évêques n'avait pas trop différé jle tant d'autres discussions pareilles qui, plus d'une fois» au cours de notre histoire nationale, avaient momentané-: ment brouillé le Vatican avec quelques-uns des prédéces* seurs de Napoléon. Il s'en fallait de beaucoup que cette
question des investitures épiscopales, déjà soulevée entre Louis XIY et Innocent XI, divisât pour la première fois Rome et la France ; ce qui était sans précédent, c'était la position respective des deux parties. Certes, à ne considérer que l'aspect extérieur des choses, il semblait à première vue que l'avantage fût tout entier du côté de l'empereur. Matériellement, Napoléon était, sans contredit, aifôsi fort et puissant à cette époque que Pie YII était faiUe et désarmé ; mais, gardons-nous de l'oublier, il ne s'agissait point d'une lutte matérielle. Au point de vue moral, à ne tenir compte que du bon droit et de la naturelle équité, quel saisissant contraste entre les deux adversaires ! Autant l'empereur s'était récemment fait de tort par la rudesse de ses dernières mesures, autant le pape s'était gagné les cœurs par sa résignation. Depuis qu'il était si indignement retenu à Savone, non-seulement les âmes pieuses, non-seulement les esprits élevés, mais les plus indifférents et les plus sceptiques avaient secrèt^odent épousé la cause de Pie vn.
U ne faut pas en effet hésiter à le reconnaître, le public ' n'est pas, somme toute, mauvais juge en ces matières. Qusmd le pouvoir civil et l'autorité spirituelle sont aux prises, l'opinion se tourne le plus souvent, en France, contre celui des deux adversaires qu'elle strpr^id à vovlair sortir de ses attributifs, ou qu'elle soupçonne d'aï»*-
bitionner un rôle qui ne lai revient pas natnrellement. A ce point de vue, la cour de Rome avait, de vieille date, éveillé de ce côté des Alpes, non-seulement parmi les hommes de goitVernement, mais au sein surtout de la bourgeoisie française, d'ombrageuses susceptibilités dont les vieux parlements s'étaient faits, en plus d*une occasion, les éloquents et populaires interprètes. Est-il besoin de dire que cette tradition des anciens temps avait persisté sous le régime nouveau ? Depuis la signature du concordat, comme sous Tordre de choses qu'il avait remplacé, le chef de l'État était assuré de rencontrer toujoui*» un cordial appui auprès du corps nombreux des fonctionnaires publics, parmi les classes éclairées, et jusque dans les rangs inférieurs de la population, chaque fois qu'il aurait à repousser quelques entreprises téméraires ou seulement quelques prétentions tant soit peu hasardées du saintsiége. Autant qu'aucun des souverains ses prédécesseurs, Napoléon avait conscience de la force qu'il puisait dans ce sentiment presque unanime de la nation qu'il gouvernait, et mieux que pas un d'eux il avait su s'en prévaloir dans ses rapports^ avec le Vatican. Pie Vn était bien loin d'ignorer cette tendance des populations françaises à épouser volontiers la cause de leur gouvernement contre les prétentions ultramontaines. Il avait même eu soin d'éft tenir grand compte lorsque s'étaient élevées, en 1807, les
VSê, VteUSE ftOMAI5E ET U PftfJOEm EHPBE
dUieaUés doot nous mvis d^ parié ai sôet de HubtMiOD euKMiîqiie des éréfoes italiens. AfitenwBûlam doetrisalaiieiii sm droit strid de DC pis îBitî^^ éf êqoes dioisis par Xapoléoo, inssi loDgMpips qK oâD-^ D'aiirait pas de soD cfilé exécuté bâ-aiëflie kn^eBeoi les antres danses dn cooeordat italien^ le p^e s'éuit, « s*en souvient, vite eoqM^ssé de transiger, en offirat d'assigner anx âéges vacants de Tantre oOté des A^es les mêmes pastenrs qui avalait âé robja des préCérenoes di gooremement impérial. Nul donte, à notre sais, qn^en se rérignant de bonne grâce à cette sage concession. Pie TD, outre la longanimité dont il était en toute occasion bien aise de donner les preuves les plus signalées, ne fui alors déddé par cette sage réflexion qu'il risquerait de heurter inopportunément l'opinion dn public firançais. 11 avait trèsraisonnablement considéré que, s'il devait, par conscience, s'armer un jour de son omnipotence spirituelle et refuser les bulles d'institution, canonique aux évêques choisis par l'empereur, il serait souveraiDement imprudent de recour rir à une mesure aussi grave par suite des difficultés survenues dans la mise à exécution du concordat italien. A risquer telle chose qu'une rupture ouverte, il valait mieux qu'elle éclatât au sujet des affaires religieuses de la France, pour des motifs d'une importance extrême et fiicilement appréciables par tout le monde.
Ces circoQstânces indispensables au succès moral de la lutte qu'il lui incombait de soutenir contre son terrible oppresseur étaient maintenant complètement réunies; Pie VII se sentait soutenu cette fois non-seulement par l'adhésion du clergé de ses anciens États et du royaume d'Italie, mais aussi par les ecclésiastiques de tous les pays^ y compris mâme, quoiqu'ils n'osassent pas s'en exprimer tout haut, ceux de la France gallicane. Quel catholique, quel chrétien, quel homme droit et impartial voudrait désormais le blâmer, si, réduit à toute extrémité, violemment dépouillé de son patrimoine, promené de ville en ville comme un prisonnier vulgaire, et matériellement privé de toute communication avec le troupeau dont il était le pasteur, il déclarait ne pouvoir en suffisante connaissance de cause donner immédiatement l'institution canonique aux évêques choisis par son persécuteur ? Son bon droit n'était-il pas évident, aussi évident aux yeux de tous que rétait à ses propres yeux l'impérieuse obligation de se servir des armes spirituelles remises en ses mains par Dieu môme ? Il n'hésiterait donc plus. Étrange résultat des violences de l'empereur, résultat inattendu pour lui, quoique trop prévoyable s'il avait été plus sage, il se trouvait avoir définitivement fortifié Tadversaire qu'il croyait avoir réduit à néant; car entre eux il n'y avait plus désormais d'intérêts temporels à débattre et la supériorité