ibidem
3. Rapport fait par le commandant de la gendarmerie et certifié par le préfet de Montenotte, Chabrol, 12 juillet 1810.
LE PAPE A SAVONË 397
Aussitôt que l*empereur eut reçu de Savone ces rapports précis et circonstanciés sur les dispositions de Pie VII, son parti fut immédiatement pris. Certes, il ne donnerait pas au saint-père plus de facilités qu'il n'en avait en jusqu'à présent pour communiquer avec les membres du clergé et les fidèles de TÉglise de France. Encore moins lui accorderait-il les conseillers dont il disait avoir besoin pour entrer en négociation. Puisque Pie VII ne voulait pas céder, puisqu il prétendait poser ses conditions, eh bien, on se passerait de lui ; il ne serait pas si malaisé de lui faire voir qu'on pouvait, sans son assistance, pourvoir au gouvernement des affaires ecclésiastiques de France. A peine les lettres des cardinaux envoyés auprès du saintpère et les dépêches du préfet de Montenotte avaient-elles été déchiffrés aux Tuileries, que le ministre des cultes reçut ordre d'écrire aux évêques nommés d'Asti, de Liège, de Poitiers et de Saint-Flour, afin qu'ils eussent à se rendre immédiatement dans leurs diocèses sans attendre plus longtemps l'institution canonique ^.. On sait, d'après le témoignage de M. Bigot, à quel point il répugnait aux évoques nommés, mais non encore institués canoniquement, de se présenter sans titre reconnu au milieu de leur nou-
1. Lettre circalaire de M. le comte Bigot de Préamoneu aux évéqnes d'Asti, de Liège, de Poitiers et de Saint-Flour. 3 août 1810.
veau troapeau ; mais leurs convenances ne ftirent point consultées, Us durent tous partir. Une mesure plus éclatante encore témoigna bientôt de la vivacité avec laquelle l'empereur entendait mener la lutte toute spirituelle qu'il lui avait plu d'entamer contre le chef de l'Église catholique. Le cardinal de Belloy, archevêque de Paris, était mort le 10 juin 1808. Six mois après sa mort, Napoléon avait nommé pour le remplacer son oncle le cardinal Fesch. Fesch avait accepté ces fonctions nouvelles sans se démettre toutefois de l'archevêché de Lyon, soit parce qu'il ne voulait pas sacrifier le certain pour l'incertain, soit parce qu'il ne reconnaissait pas à son neveu le droit de rompre les liens qui l'attachaient à sa première Église. La gestion provisoire par son proche parent du siège de Paris donnait suffisante garantie de sécurité à l'empereur. Ce choix avait d'ailleurs été plutôt agréable au clergé de la capitale. « Le chapitre en corps, les grands vicaires à leur tête, dit d'Astros dans ses mémoires manuscrits, allèrent le féhciter, et en même temps l'inviter à diriger l'administration diocésaine. Il ne s'était élevé aucun doute sur la canonicité d'une pareille mesure. Le concours du cardinal dans notre administration ne présentait qu'un accroissement et un appui tout-puissant auprès du ministre ^ »
1. Mémoire manuscrit de Tabbé d'Astros, plus tard cardinal et
L'empereur S'était jusqu'alors arrangé de celle espèce cle compromis qui pourvoyait aux nécessités du diocèse de Paris, sans trancher positivement aucune question. Mais» aujourd'hui qu'il avait résolu de braver le saint-père, et de lui montrer quil était maître de se passer de son concours et de gouverner à son gré les Églises de France, il somma tout à coup le cardinal Fesch de prendre ostensiblement possession de son nouveau siège. A son grand étonnement, ce fut la plus énergique résistance qu'il rencontra de la part de son oncle. Le cardinal Fescb avait trouvé tout simple, malgré les objections à lui présentées par le scrupuleux abbé Ëmery, d'être à la fois primat des Gaules, archevêque en titre de Lyon, archevêque nommé de Paris, et d'administrer simultanément les deux diocèses. Avec cette confiance imperturbable en lui-même qui était propre à tous les membres de la famille Bonaparte, il ne jugeait pas que ces doubles fonctions céunies entre ses mains fussent au-dessus de ses forces, ni surtout de son mérite. Il était même persuadé qu'il rendait par ce cumul un grand service à son neveu. Il fit, au début, semblant de ne pas comprendre ce que Tempereur exigeait de lui. « Si Sa Majesté ne veut poiat encore nom-
archevéqne de Toulouse, cité dans sa biographie par le R. P. Cabsselte, p. 170.
mer à rarchevêché de Paris, mandait-il le 30 août 1810. à M. Bigot, et si, dans sa sagesse, elle croit convenable que je prenne l'administration de cette Église jusqu'à ce qu'il lui plaise de nommer un archevêque, je me croirais très-heureux non-seulement de continuer à m*occuper des affaires du diocèse, comme j'ai fait depuis ma nomination à ce siège, mais encore de me charger de son administra- * tion ^ » Le 4 septembre, le cardinal Fesch, malgré les avis de plus en plus pressants de l'abbé Émery, n'avait pas encore renoncé à sa chimère. « Lorsque je me suis décidé à prendre l'administration de Paris, écrit-il derechef au ministre des cultes, jusqu'à ce que l'empereur ait nommé un archevêque, voulant toujours conserver mon archevêché de Lyon, j'ai désiré faire quelque chose qui fftt agréable à Sa Majesté, et en même temps au diocèse de Paris, ce qui ne peut s'effectuer qu'en ne faisant pas connaître au public mon option pour Lyon. Il n'est donc pas nécessaire que l'empereur confirme par un décret la nomination du chapitre. Il serait possible que Sa Majesté jugeât par la suite utile de conserver les deux titres sur une même tête. Ce ne fut qu'à cette condition que se fit ma nomination à l'archevêché de Paris. L'option alors
1. Lettre du cardinal Fesch à M. le comte Bigot de Préameneu, 30 août 1810.
n'aurait pas lieu, et celle que je fais en ce moment n'est qu'une formalité conservatrice de mon siège de Lyon. Du reste, je ne voudrais pas d'une administration qui m'assimilerait h un simple grand vicaire. Ce serait jeter l'alarme, paralyser le bien que je pourrais faire dans Paris, et faire une chose qui ne convient pas à ma dignité. Le décret de ma nomination doit subsister et avoir son plein effet jusqu'au moment où l'empereur nommera un autre archevêque, et fera connaître au public mon option pour le diocèse de Lyon, Je, le répète, l'option que je fais en cp moment n'est que conservatrice de mon siège de Lyon, et, après cette protestation, rien n'empêche que je prenne le titre de nommé à V archevêché de Paris * . »
Il était facile au'cardinal Fesch de développer au ministre des cultes les ingénieu&es combinaisons où, se complaisait son orgueil, et par suite desquelles, sans rompre ni avec l'empereur ni avec le saint-père, il aurait continué a gouverner à lui seul les deux plus importants diocèses de France. Mais Napoléon ne l'entendait pas ainsi. Ce qu'il voulait, c'est que, dans la querelle religieuse maintenant pendante, le premier dignitaire du clergé de France se rangeât de son côté et prit ouvertement parti pour lui et
1. Lettre du cardinal Fescli à M. le comte Bigot de Préameoe«> i septembre 1810.
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contre le saint-père. A cela Fesch ne voulut jamais coiic sentir. En vain l'empereur fil tout ce qui dépendait de lui pour vaincre une résistance d'autant plus pénible qu'elle venait d'un membre de sa famille, il n'obtint rien, et son oncle demeura inflexible. Ce fut à Fontainebleau, au sortir d'une conversation très-animée avec lé cardinal Fesch, que Tempereur envoya chercher le cardinal Maury, lui annonça brusquement qu'il l'avait nommé à Tarchevéché de Paris, et tout aussitôt, sans autre formalité, lui fit en cette qualité prêter serment entre ses mains. L'abbé F^yonnet, aujourd'hui archevêque d'Albi, auquel nous devons une vie détaillée de Fesch, raconte que ce fut ronde de l'empereur qui, bien contre son gré, car il n'avait aucun goût ni .'iucune considération pour le cardinal Maury, fit venir h rempereur Tidée de ce choix auquel personne alors ne s'attendait. Suivant l'abbé Lyonnel, Napoléon aurait sommé Fesch de prendre définitivement possession * du siège archiépiscopal do Paris. « Sire, aur.ût répondu le cardinal, j\attendrai Tinstitution canonique du saint-père. ~ Mais le chaphre vous a donné des pouvoirs. — <i'est vrai , mais je n'oserais pas en user en cette circonstance. — Vous condamnez donc, reprit l'empereur irrité, les évéques nommés d'Orléans, de Saint-Flour, d'Asli, de Liège, etc. ? Je saurai bien d'ailleurs vous y forcer. — Sire, potius mori.,, — Ah! ah! potius
inori, plutôt Maupy... Eh bien, soU, vousTaHrer, Maury *. » Quoi qu'il en soit de' cette anecdote, qui dans le moment rencontra partout créance et n*â jamais depuis été démen^ lie, la vérité est que le choix soudain dont il venait d'être Tobjet commença par troubler tant soit peu le cardinal Mâury, dont Fassurance était pourtant si grande. On l'avait vu sortir pâle et troublé de son entrevue avec l'empereur. Il n'avait pas tardé toutefois a reprendre possession de ses esprits. Oubliant qu'il était déjà évéque consacré de Montefiascone et de Gorneto, qui étaient des pays d'obédience, mettant sous ses pieds ce qu'il devait au saintpère, à lui-même, aux antécédents historiques qui avaient fait toute sa réputation et toute sa gloire, il fit étalage de sa joie devant la cour et se montra très-fier d'avoir été appelé à une situation devant laquelle avait reculé la conscience de l'oncle même de l'empereur. Nous nous rappelons avoir entendu raconter à M. Pasquier tout récemment nommé préfet de police à cette époque, que, se cix)isant avec \e cardinal Maury dans les corridors de FontMiebleau, il ne fut pas médioci^ement surpf*is de voir le nouvel archevêque de Paris accourir à lui et s'écrier d'un ton familier et avec l'air le plus satisfait du monde : c Eh bien , l'empereur vient de satisfaire aux deux plus