Vie du cardinal Feseht par Tabbé LyoDnet, I. II, p
grands besoins de la capitale. Avec une bonne police el un U)n clergé, il peut toujours être sur de la tranquillité publique, car un archevêque, c*esl aussi un préfet de police, j» Un tel rapprocbenaent était à coup sûr assez uialséanl dans la bouche du prêtre qui avait si éloquemment défendu le clergé devant TAsseniblée constituante, et personne n*était plus disposé à en sentir Tinconvenance que le fonctionnaire de l'empire auquel s'adressait en ce moment le cardinal Maury. M. Pasquier, conseiller d*État depuis quelques mois, avait en effet assez longtemps hésité avant d'accepter le poste qui venait de lui être confié. Il n avait consenti à s'en charger que sur Tassarance plusieurs fois donnée par l'empereur qu'il entendait laisser sous la direction exclusive du duc de Rovigo, récenunent nommé par lui-même à la place de Foaché, co qui, dans seS nouvelles fonctions, regardait particulièrement lu politique, et qu'il se proposait de rétablir la préfecture de police de Paris sur le pied d'une magisiralure civile telle qu'elle existait au temps des Sartines el des Lonoir. Chose étrange ! c'était un grand dignitaire de TKglise qui revendiquait à titre d'honneur les attributions que venait do décliner un laïque, descenJanl, il est rrai. de ces grandes familles de magistrats qui avaient jadis fait l'honneur du parlement de Paris. Mais tel et dt Maury. Doué d'un éminent esprit , il s'était , au temps mèine de
ses plus grands succès, montré complètement dépoupvu de goût, dé mesure et de tact. Sa rentrée inattendue en scène dans une position qui attirait forcément tous les regards allait faire voir une fois de plus que le talent de la parole ne suffit pas à tout, et combi<în l'esprit de conduite et le sentiment des convenances deviennent indispensables à ceux qui parviennent à de hautes dignités, surtout à celles de l'Église.
Le décret de nomination du cardinal Maury était du
14 octobre 1810. Peu de jours après, le 22 du même mois, l'empereur nomma M. d'Osmond, évêquede Nancy, à Tarchevêché vacant de Florence. L'intention qui avait inspiré ces actes était manifeste. Au yeux de Napoléon, le temps des transactions était passé. Il voulait obliger les titulaires des deux sièges de Florence et de Paris à se niettre d'une façon flagrante en collision spirituelle avec le chef de la catholicité. La lettre suivante ne laisse aucun doute à cette égard. « Monsieur le comte, écrivait-il îi son ministre des cultes, mon intention est que les archevêques et évêques que j'ai nommés aux différents sièges de mon empire prennent le titre de leur, siège dans tous leurs actes, titre pour lequel ils m'ont prêté serment. Je n'entends point qu'ils y mettent aucune modification. Je ne m'oppose point à ce qu'ils se pourvoient auprès de qui de droit, mais j'entends qu'ils n'aient point la faiblesse
d'adhérer aux prétentions des chapitres, ni qu'ils prennent d'autres titres, comme je l'ai dit ci-dessuS *. »
Il était impossible de jeter un plus clair défi au pape. L'empereur avait raison de se tenir pour assuré du cardinal Maury. En effet, le nouvel archevêque de Paris s'était fait installer le J*"" novembre h Jîotre-Darae; il avait même eu hâte de prendre en main l'administration du diocèse avant d'avoir été affranchi des liens qui rattachaient k l'Église de Monlefiascone. Il s'était borné à donner connaissance au saint-père, imr une lettre en date du 16 octobre, de sa nomination au siège de Paris et de son élection par le chapitre de Paris comme administrateur. Les choses ne se passèrent pas aussi aisément en ce qui regardait M. d'Osmond. L'ancien évêque de Nancy n'avait abandonné son siège qu'avec une extrême répugnance. Quand il reçut à Fontainebleau, de la bouche de Napoléot), l'ordre de se mettre en* route pour Florence, il représenta qu'il ne pouvait aller prendre possession de son nouvel évêché sans avoir reçu Tinslitution canonique. Pour lever les difficultés que lui suscitaient les scrupules inattendus d'un prélat qui n'avait pas encore pris, comme Maury son parti de rompre ouvertement avec le saint-siégo,
1. LeUre de l'empereur au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, 16 novembre 1810. — Correspondance de Napoléon /«f, I. XXI, p. 277.
l'empereur n'hésita pas à tromper sciemment M. d Osrtiond. Il l'assura que sous peu de jours les affaires entre Li France et Rome seraient arrangées, et que les bulles qu'il réclamait lui seraient expédiées pendant qu'il serait en route. M. d'Osmond hésitait encore. Mais il reçut du ministre des cultes Tordre de partir immédiatement et de se rendre à Lyon, oii il attendrait ses bulles. // falliit obéir, dit son pieux biographe*. Par suite de la même obéissance, attendant toujours ses bulles et ne les recevant jamais , M. d'Osmond s'arrêta successivement à Turin, puis à Plaisance. Quand il arriva, le 7 janvier 18H, à Florence, il y trouva tous les esprits vivement émus du conflit qui /à propos de sa noininatioi> et de celle du cardinal Maury, venait de s'élever entre Napoléon cl Pie Vil, cooflit trop prévoyible mais trèsgrave, dont il nous reste maintenant à rendre compte.
I. Voyez la Vie épiacopale de M, d'Otmondy par l'abbé Guillaume, p. 565 et siiiv.