Ibidem
430 L'ÉGLISE ROMAINE £r LE PREMIER EMPIRE
Les choses ne devaient pas en rester là. Avant de sortir des Toileries, le cardinalMaury dit à Tabbé d*Astros que le ministre de la police désirait lui adresser quelques questions et que, s'il voulait, ils iraient ensemble dans sa propre voiture jusqu'à Fhôtel du duc de Rovigo. Il ajouta qu'il n'y avait rien à craindre, et qu'il suffirait à l'abbé d'Astros de protester de son attachement aux libertés de l'Église gallicane. L'abbé d'Astros accepta sans défiance. A coup sAr, c'était une époque étrange celle oii m archevêque, ou un membre du sacré collège, celui-là même qui, dans des temps troublés, avait naguère été le défen* seur le plus ardent des droits de l'Église de France, trouvait simple d'aller, de ses propres mains, livrer son grand vicaire au ministre de la police. L'interrogatoire subi t»ar raU)é d'Astros fiit d'ailleurs assez court, et le résultat tel qu'il était facile de le prévoir. « N'avez-vous pas des correspondances avec le pape à Savone ? demanda le duc de Rovigo; avez-vous vu un bref du pape au cardinal Maury? Donnez votre démission et tout sera fini. — Je ne puis. — Donnez, dis-je, votre démission, ou vous êtes mon prisonnier. — Je serai alors votre prisonnier. » A la nuit , ce fut M. Real qui intervint. Après avoir été faire, à la maison de Tabbé d'Astros, la visite de tous ses papiers, le conseiller d'État chargé du département de la police interrogea derechef le malheureux grand vicaire. « L'empe-
reur, lui dit-il , ne se met plus en peine de votre démission ; mais il veut absolument savoir qui vous a remis te bref du pape , et, si vous ne le dites , vous ne reyerfe« plus votre famille , et il ajouta plus bas , ni peut-^re la lumière >. » L'abbé d'Astros refusa; et la police était plus embarrassée que jamais, car on n'avait rien trouvé d'important dans ses papiers. Alors, se servant de Tune des ruses familières aux plus bas employés de son ministère , le duc de Rovigo s'adressa lui-même à Tabbé : « Nous n'avons plus besoin que vous nous disiez à qui vous avez montré le bref. Vous l'avez montré à votre cousin. U me Ta dît. » L'abbé d'Astros tombait des nues. Il pensa que M. Porta- . lis avait tout raconté de son propre mouvement, et, sans plus de difficultés, il convint de ce qui s'était passé dans le cabinet du directeur général de la librairie *. Celait là tout ce qu'on voulait de lui. Il ne s'agissait plus que de statuer sur son sort. Napoléon, dépité de ne pas trouver un complot mieux conditionné pour justifier sa vengea}Kt> n'en déclara pas moins qu'il fallait foire fusiller Tabbé d'Astros. « Souvent, au milieu de ses accès de colère, il y avait un moment oii le grand honmie devenait trivial , dit
1. Mémoire de Fabbé d'Astros sar les événéittents ^qi précédèiP6m sa captiTité.