‹ L'Église romaine et le premier empire, 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédites (volume 5)Chapitre 66 sur 81 · Narrazione, etc., p. 18, ± Ibidem, p · texte numérisé non relu

Narrazione, etc., p. 18, ± Ibidem, p

pour les mêmes motifs, les chanoines Maneini et Raneia el Tavocat Pietro Valenlini, qui avaient publié le bref, furent aussi arrêtés et conduits à la forteresse de Fénesirelle * .

Les choses ne se passèrent guère différemment à Paris. Le .chapitre de Notre-Dame avait pour vicaire capilulaire Tabbé d'Astros. M. d'Astros, propre neveu de Portalis, l'ancien ministre des cultes, et cousin germain de Portalis le fils, alors conseiller d'État et directeur de la librairie, n'était rien moins qu'un prêtre fanatique. C'était nonseulement un esprit sage et modéré, mais pénétré de respect pour les autorités publiques, et naturellement porté à la conciliation. Ses tendances étaient plut6t gallicanes, et nous avons déjà eu occasion de raconter comment il avait été en 1806, sous la direction de son oncle, le principal rédacteur du catéchisme impérial, quoique n'ayant pris aucune part à la confection du chapitre relatif aux devoirs des Français à l'égard de Napoléon P* . Parmi .les chanoines du chapitre de Paris, il avait été, on s'en souvient, l'un des plus' empressés à conférer au cardinal Fesch l'administration provisoire de ce diocèse. L'abbé d'Astros n'était donc à aucun degré un homme de lutte.

1. Voyez la Vie épiseopale de M. d*Osmond, par Tabbé Guillaume, p. 570 et suiv.

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recherchant pa^ goût le bruit et les éclats. l\ était, avant Ipul, un canonisle consciencieux, très-appliqué à rechercher quelle était, dans les matières ardues delà théologie, la ligne à suivrn pour un fidèle catholique, et, quand il croyait l'avoir découverte, très-décidé à y conformer sa conduite, mais nullement disposé à se jeter dans aucune violente extrémité. Lorsque, étudiant de plus près la question des délégations capitulaires, il s'était aperçu qu'il s'était trompé, et qu'il avait agi, sans le savoir, contre les intentions manifestes du saint-père en conférant les pouvoirs de vicaire au. cardinal Fesch, il se promit à lui-même de ne pas retomber dans cette erreur, et de n'user plus de la même complaisance envers le cardinal Maury. Dans l'assemblée du chapitre qui, sur l'invitation de M. Bigot de Préameneu, fut tenue à Notre- Dame, afin de confier au nouvel archevêque l'administration du diocèse de Paris, M. d'Astros vota contre cette proposition. Cependant, tel était son désir de ne pas faire étalage de son opposition, qu'il consentit à prendre la parole comme président du chapitre, au nom de la commission chargée d'annoncer sa nomination au cardinal Maury. Sa brève harangue témoignait, d'ailleurs, qu'il exprimait plutôt l'opinion d'autrui que la sienne, et cela seul lui suffit : « Il n'est personne, monseigneur, dit -il au cardinal, qui ne se rappelle en ce moment

LE PAPE A SAVONE Itl

avec quelle éloquence et avec quel courage voos av^ défendu, dans - le temps, la cause de la religion et d« clergé. » En entendant ces paroles si fortes surtout de ce qu'elles sous-enlendaient, Maury pâlit et parla de son attachement au saint-siége : « Je n'irai m'asseoir, dit-il au chapitre, sur la chaire épiscopale de Paris, qu'autant que le pape me prendra par la main pour m'y faire monter *. » '

Le cardinal Maury ne devait pas foire longtemps honneur à ce sage engagement. Non content de toucher les revenus officiels de sa nouvelle position et de porter le titre d'archeyêque de Paris, il aspirait à en exercer les fonctions spirituelles sans attendre, comme il venait de le dire, que le saint-père l'eût i^rh par la ma/w. Cependant, l'abbé d'Astros le surveillait attentivement. Un jour, dans une compagnie, le cardinal avait dit en présentant M. d'Astros avec ses collègues : « Voici mes grands vicaires. — Votre Éminence se tromoe. repartit M, d' Autres ; ce sont les grands vicaires du chapitie et nou les siens. » — Une autre fois, pendant une ordination, Maury, exigeant du timide ecclésiastique auquel il imposait les

1. Mémoire manuscrit de M. labbé d'Astros, cité dans la Vie du cardinal d*Àstro8, archevêque de Toulouse, par le R. P. Gaussetle, p. 115.

4it L'iGLlSE ROMAINE £T LE PREMIER EMPIRE

nuàas ^'il tm promit obéissance comme à son évêque tttiilaire/rabbé d'Astros prit encore à haute voix la pa-

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«Monseigneur^ permettez -moi, dit- il, de faire observer, pour rinstruction de ce jeune prêtre, que vous n'avez pas le droit de lui demander cette promesse. » Les - jours de cérémonie, Maury aurait voulu faire porter devant ' lui à Notre-Dame la croix épiscopale, signe extérieur d'une juridiction qu'il ne possédait pas encore canoniquement; Tabbé d'Astros ordonnait au porte-croix de rentrer dans la sacristie. Maury supportait en silence, mais avec une profonde amertume, tous ces affronts. C'était là, si Ton veut, de puériles querelles de cathédrale. Derrière Tabbé d*Astros, arn\é des simples pouvoirs d'un humble vicaire de paroisse, chacun apercevait toutefois l'autorité du chef de l'Église romaine. Le tout - puissant vainqueur de Wagram ne s'y trompait pas. Il éprouvait la plus violente colère en sentant son prestige entamé par cet intrépide chanoine qui tenait son archevêque en échec jusque dans le chœur de Notre-Dame de Paris. Comment se venger, et quel moyew de briser cette résistance inattendue? L'occasion s'en offrit bientôt.

L'abbé d'Âstros avait, comme le vicaire capitulaire de Florence, écrit au saint-père pour lui demander des direc-

LE PAPE A SAVONE êf»

t ions personnelles, mais il n'avait pas encore d» rép«M^ C'est pourquoi, tout en maintenant ses rotatiops mf$ftU nouvel archevêque sur le pied que nous venons à'&^^ quer, il avait pris soin de garder la plus extrême résenr». Il ne rompit le silence que le jour oii, par Tintermédiaire du cardinal di Pietro, de l'abbê Gregori et du père-Fontana, il reçut copie du bref, en date du S novembre, adressé par le pape au cardinal Maury. Le premier mouvement de Tabbé d'Astros fut d'en parlera son cousin Portalis', le conseiller d'État et le directeur de la librairie. « C'était la veille de Noël, jour de réunion intime pour la famille Portails. Avant dîner, l'abbé d'Astros pria son cousin de le conduire dans son cabinet pour* écouter une communication qu'il avait à lui faire. II invita en même temps un abbé Guairard, chef de division de la librairie, à les suivre. Arrivé dans le cabinet de M. Portalis, quand il fut assuré de ne pouvoir être entendu de personne, Tabbé d'Astros donna lecture du bref adressé au cardinal Maury. Ensuite il consulta son cousin sur les difficultés de sa situation, comprenant très-bien qu'il ne pouvait faire aucun usage otHciel d'une pièce qui lui était secrètement remise par des voies détournées. M. Portalis lui recommanda de la tenir très-cachée, dans Vintérêt de la religion. Alors, |M. Tabbé Guairard, interpellant M. Portalis, lui demanda ce qu'il ferait si ce bref venait à être clandesti-

oédifient imprimé. Le directeur général de la librairie, rëpcnidit M. Portalis, en prohiberait la circnlation comme d'nne pièce sans authenticité et dangereuse^, * Départ et d'antre, il ne fut point prononcé d'autres paroles. Certes , c'étaient là de singuliers conspirateurs , ce prêtre qui allait prendre pour confident le conseiller d'État chargé de la surveillance des ouvrages à publier, et ce fonctionnaire public qui n'hésitait pas à proclamer qu'il ferait en tout cas strictement son devoir. M. Portalis ne s'en tint pas là. Il jugea opportun d'aller prévenir le nouveau préfet de police, M. Pasquier. Il lui annonça que,, si l'on n'y portait remède, un bref du pape au cardinal Maury circulerait bientôt dans Paris. Il ajouta même que, si le duc de Rovigo envoyait chercher tels et tels ecclésiastiques qu'il désigna, et s'il leur déclarait lui-même qu'il connaissait l'existence du bref et qu'il Tes rendrait responsables s'il devenait public, on pourrait peut-être prévenir de cette façon un si fâcheux inconvénient. Mais déjà il n'était plus temps. Soit en effet que l'abbé d'Astros eût multiplié ses confidences, soit plutôt que le bref en question eût été expédié à d'autres personnes, le bruit fut assez vite répandu au sein du clergé de Paris que le pape avait, de Savone, envoyé l'ordre de ne pas* reconnaître la

i. Vie de M, d'AstroSy par le R. P. Causselle, p. 197 et 198.

juridiction spirituelle du nouvel archevêque. Un troiâ)Ie indicible régnait au sein du chapitre de Notre-Darae, qui officiellement ne savait pourtant rien. Grande était l'émotion du cardinal Maury, mais plus grande encore la colère de Napoléon. L'un et l'autre soupçonnaient fortement que l'abbé d'Àstros devait être la cause de tout le mal ; mais^de preuve contre lui il n'y en avait aucune, lorsque une pièce tout à fait probante vint a tomber entre les mains de la police impériale. C'était un bref, en date du 18 décembre 1810, directement adressé au vicaire capitulaire de Paris, contre l'administration diocésaine du cardinal Maury. Pie VII y disait : que, pour enlever tout sujet de doute et pour plus grande précaution, il ôtait à Varchevêque nommé tout pouvoir et toute juridiction^ déclarant nul et sans effet tout ce qui serait fait de contraire, sciemment ou par ignorance. L'abbé d'Astros n'avait pas reçu ce dernier bref. Il avait été intercepté, soit à Savone, soit sur la route, par les espions du gouvernement. Mais, comme le bref répondait expressément aux questions posées par le vicaire capitulaire de Notre- Dame, c'était la pièce de conviction la plus irréfutable de ses relations avec le souverain pontife. « Cette découverte, dit le pieux auteur auquel nous empruntons une partie de ces détails, avait élevé la fureur de Napoléon contre le jeune chanoine à un état de paroxysme qui présageait de

prochaines et formidables tempêtes ^ » Plusieurs cifeoii^ stances ignorées probablement du Uographe de Tabbë d'Astros, mais que révèle la correspondance du préfet de Ifontenotte, expliquent sans les justifier les excès de la colère impériale. Napoléon, avec la sagacité quilui était habituelle, avait, en effet, prévu, ou à peu près, ce qui arrivait aujourd'hui. Du jour oii il avait nommé M. d'Osmond à Florence et le cardinal Maury à Paris, l'empereur s'était bien douté que le saint siège ne laisserait point passer de semblables nominations sans protester. Il avait .donc résolu d'ajouter quelques nouvelles précautions k celles qu'il avait déjà prises. L'évêque de Savone ne lui semblait plus, en sa qualité d'ecclésiastique, un personnage assez sûr pour servir d'intermédiaire au dargé près du souverain pontife. U avait, par un décret en date du 23 novembre 1810, chargé M. de Chabrol d'exercer ces fonctions *.

Conformément aux instructions qu'il avait reçues à cet effet de Paris, M. de Chabrol avait été « se faire livrer tous les docunoents et papiers qui se trouvaient entre les mains de l'évêque de Savone ; et, redoublant de vigilance,

1. Vie de M, le cardinal d'Astros, archevèqae de Toulouse, p. 1S3.

± Lettre de M. Bigot de Préameneu à l'empereur, et décret du S3 novembre 1819.

il avait pris ses mesures pour qu'aucune demande, de quelque nature qu'elle fût , ne pût parvenir sous les yen du saint-père avant d*avoir été enregistrée au bureau du secrétariat *... » Sans trop vouloir s'engager, le préfet de Montenotte espérait bien ne rien laisser sortir désormais de Savone qui pût gêner les desseins de l'empereur 2. Ces dispositions inattendues avaient d'aboixi un peu surpris et mécontenté Pie VIL Puis, avec sa douceur accoutumée, il en avait pris son parti ^. Il avait recommencé à faire de nouveau bon accueil au préfet de Montenotte. Il y a plus. Les lettres de M. de Chabrol arrivées le plus récorament à Paris montraient le pape assez disposé à écouter les ouver-

1. Lettre de M. le baron de Chabrol an ministre des caltes, 8 décembre 1810.

2. « ... Cependant, il se pourrait que les gens de la suiie de Sa Sainteté, qui ont la faculté de sortir au dehors, et qui ont formé quelques relations, pussent se charger de recevoir et de transmettre an pap«j les demandes qui leur seraient remises en secret. Je ne puis opposer à cette infraction aux instructions qui me sont prescrites que des moyens de surveillance les plus sévères. Diverses personnes sûres dans le palais, et notamment M. le commandant de gendarmerie, ain'si que les officiers qui sont sous ses ordres, se sont chargés de m'instruire de tout ce qui pouri^ait s'introduire sous ce rapport, et de l'empêcher par tous les moyens qui sont en leur pouvoir. Des agents extérieurs m'en préviendront de leur cété... » (Lettre de M, le préfet de Montenotte au ministre des cultes, 8 -décembre 1810.)

3. « Après quelques jours d'émotion, Sa Sainteté a repris sa sérénité accoutumée. » (Lettre de M. le préfet de Montenotte an ministre des cultes, 27 décembre 1810.)

tures que Ton pourrait lui faire. Et c'était dans un pareil monient , après qu'il avait si bien disposé toutes choses pour isoler absolument le saint-père , quand il l'avait déjà presque donapté , à la veille du jour oii il croyait le tenir enfin à sa merci , qu'éclatait , par la faute de Tabbé d'Âstros, ce déplorable esclandre de l'archevêché de Paris. Malheur à qui avait ainsi osé le braver ! Déjà, quelques mois auparavant, il avait songé à se défaire par l'exil de ce prêtre incommode. Cette fois, il n'en serait pas quitte à si bon marché.

On était proche du 1" janvier 1811. L'empereur recevait aux Tuileries, à l'occasion du commencement de l'année, tous les grands corps de l'État et les plus importants fonctionnaires de son empire. Le jour de cette imposante cérémonie lui parut propice pour la scène qu'il méditait. Après avoir, l'air altier et le front soucieux, passé devant le Sénat, sans s'arrêter davantage devant le corps des généraux et celui des ofBciers de toute sorte qui encom- *braient la salle d'audience, l'empereur se dirigea tout droit vers le cardinal Maury. Celui-ci faisait déjà le geste de lui présenter le chapitre de Notre-Dame : « Oîi sont vos grands vicaires ? demanda brusquement Napoléon. — Sire, voilà mon frère, voilà M. Jalabert. » — « J'avoue xjue je m'étais tenu un peu à l'écart, raconte M, d'Aslros, à qui nous devons une narration très-simple et fort exacte de cette scène

singulière , mais je ne voulais pas me faire chercher et je me présentai *. » — « Voilà M. d'Astros, dit alors le cardinal. — Avant tout, monsieur, s'écria l'empereur, il faut être Français ; c'est 'le moyen d'être en même temps bon chrétien. La doctrine de Bossuet, voilà le seul guide qu'on doive suivre ; avec lui, on est sur de ne pas s'égarer. J'en- (ends que l'on professe les libertés de l'Église gallicane. Il y a autant de distance de la religion de Bossuet à celle de Grégoire VU que du ciel à l'enfer. Je sais, monsieur, que vous êtes en opposition avec les mesures que ma politique prescrit. Vous êtes l'homme de mon empire qui m'êtes le plus suspect. Du reste (mettant la main sur la garde de son épée, ce qui était un geste assez familier à Napoléon, mais passablement déplacé en cette circonstance), j'ai le glaive à mes côtés, et prenez garde à vous! » — « Rien ne me parut plus pitoyable que ces dernières paroles, continue M. d'Astros, et cette menace d'un souverain qui dominait alors sur toute l'Europe , contre un pauvre prêtre en rochet et en camail, armé seulement de son bonnet carré. Je ne répondis rien et je me contentai de regarder l'empereur sans affectation*. »

1. Mémoire manuscrit de Tabbé d'Astros sur les événements qui précédèrent sa captivité.

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