OEuvres complètes du cardintfil Pacca, t. l^r, p
teut-puissant qui est le roi des rois, le seigneur des seigneurs, le Dieu des armées» ^fui trouble, quand il lui plail, l'esprit des princes, le Dieu protecteur, le Dieu vengeur . ^ée notre cause ou plutôt de^ la cause de son Église; nous le supplions de jeter du haut du ciel ses regards sur nous, de prendre soin de la vigne qu'il a plantée, de la garder et de la défendre contre ses ennemis. Nous le conjurons de nous assister actuellement de son puissant secours, de soutenir son Église etde se charger lui-même du soin de sa propre cause. Ne cessons point, vénérables frères, ne cessons point d'unir nos prières et nos plus vives instances dans le jeûne et dans les larmes, car le Père de toutes les consolations est aujourd'hui notre unique refuge. Levons donc nos yeux vers cette sainte montagne dont nous pouvons attendre notre secours, et implorons celui du Priace des pasteurs, afin qu'il commande aux orages et qu'il fasse un grand calme, c Le Seigneur est avec son peuple, » et pour toujours *. »
Quel qu'en fût le retentissement au sein du clergé pon^ tifical et parmi la société romaine, les paroles adressées par le saint-père aux cardinaux ne pouvaient être entendues bien loin, alors que le saint-père ne possédait plus une seule imprimerie pour répandre dans toute la chré-
1. AHocution du pape Pie VII aux cardinaux réunis dans le consistoire secret du 11 juillet 1808.
tienté Tes plaintes douloureases du chef de l'Ëglise, et rempereur, si cela lui conwnait, pouvait feindre lui-même de n'en avoir pas ouï parler. G*esl pourquoi Pie Vil insistait pour que son nouveau secrétaire d*État prit ft ilp'» plume et adressât au général Mioliis de nouvelles protestations, c J'avoue, dit à ce propos le cardinal Pacca, que le ton haut et acerbe de ces notes me faisait quelque peine et me paraissait même peu convenable dans la correspondance d'un ministre ecclésiastique; mais je dus me conformer à la volonté de mon souverain, qui suivait en cela l'opinion publique et celle de tous les gens de bien*. »
Parmi ces notes, quelques-unes avaient trait à des arrestations arbitraires faites par les autorités françaises, et d'autres se rapportaient à des actes de violence commis par des hommes porteurs de la cocarde tricolore; mais récrit qui souleva principalement les colères du général MioIIis fut une notification relative à la garde civique qui s'organisait alors dans les États romains, malgré l'opposition du saint-père, avec l'assentiment secret, quoique souvent démenti, des autorités françaises. Le 24 août au matin, cette notification, revêtue du sceau pontifical et signée de la main de Pie VII, avait été simultanément af-
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fichée tant à Rome que dans toutes les villes des environs, et les mesures du card^^il Pacca s'étaieat trouvées si bien prises, la surveillance française si complètement déjouée, que pas un seul deià nombreux agents employés par le cardinal secrétaire d'État ne fut saisi ni même dé* couvert.
Pour s'expliquer l'irritation qu'éprouva le général Miollis en apprenant l'audacieuse démarche du cardinal Pacca, il faut se rappeler au milieu de quelles circonstances elle venait de se produire, et quel était l'état général du continent européen au moment oii le saint-père se mettait à renouveler tout à coup ses plaintes contre Tempe reur Napoléon non-seulement avec une vivacité noir^elle> mais aussi avec une sorte de confiance inusitée. Ge momafit était celui oii les cours étrangères apprenaient, non sans surprise et sans une joie assez mal dissimulée, les désastreux détails de la capitulation du général Dupont à Baylen, le départ précipité de Madrid^du roi Joseph et l'envoi fait en Espagne d'uj renfort de 100,000 vétérans, enlevés su- Ditement à l'armée du Rhin.
A Rome, comme ailleurs, on savait que l'empereur allait prendre lui-même en main, de l'autre côté des Pyrénées, la conduite de la guerre contre la nation espagnole révoltée ; à Rome, plus qu'ailleurs, on était sympathique à la cause d'un peuple qui prenait les armes pour défendre
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son souverain légiiime et sa foi religieuse : justement parce qu'on formait des vœux contre l'empereur et pour les Espagnols, on n'était pas éloigné de croire un peu, comme il arrive toujours, aux événements que Ton désirait si fort. Devançant de beaucoup les faits, on voyait déjà les Espagnols, aidés des Anglais, triompher de l'habileté du grand capitaine et du courage de ses vaillants soldais. On espérait, tout en tremblant encore, car la fortune avait souvent trahi pareille attente, on espérait cependant voir enfin arriver le terme de l'occupation française. Ce qui ajoutait peut-^tre à cette demi-confiance du Vatican, c'est qu'il n'ignorait probablement plus la diversîon prqetée de l'Autriche en Allemagne et ses armements considérables, aimements assez manifestes déjà pour avoir excité les ombrages de Napoléon et donné lieu de sa part (15 août 4808) à la scène publique qu'il n'avait pas craint de faire en pleine cour à l'ambassadeur autrichien à Paris, le prince de Metternich.
Cette prévision d'une lutte possible avec l'Autriche avait déterminé quelques mouvements de troupes en Italie. Les provinces du midi et du centre avaient^été dégarnies des corps détachés qui les occupaient, et le vice-roi avait été invité à. les rapprocher autant que po sible des rives de l'Adige et du sommet des montagnes du Tyrol. Un assez grand nombre d'officiers et de soldats placés à
Rome et dans les environs, sous les ordres du générai Miollis, avaient élé également rappelés du côté de Milan. Le général Miollis, qui se sentait un peu faible et presque désarmé devant le nouveau ministre du saint-père^ qu'il voyait animé de velléités de' résistance auxquelles il ne s'attendait plus, s'imagina qu'il ne lui en coûterait pas un grand effort pour faire brusquement disparaître de la scène, comme précédemment le cardinal Gabrieili, ce secrétaire d'État qui avait le tort de se rendre si incommode.
Le 6 septembre 1808, t^is qu'il* traitait d'affaires avec un prélat romain, le cardinal Pacca vit entrer dans -ses appartements du Quirinai un nâajor piémontaisau service de la France, accompagné d'un autre officier; ils venaient tous deux, de la part du général Mioiiis, lui intimer l'ordre de quitter Rome dans les vingt-quatre heures. Ces messieurs l'avertirent qu'il « trouverait à la porte Saint- Jean une escorte de dragons chargés de l'accompagner jnsqu'à Bénévent, sa patrie ». Pacca n'était pas homme à se troubler pour si peu. Il répondit qu'il n'avait d'ordre à recevoir chez lui de qui que ce fut, et qu'il allait prendre ceux de son souverain. Le major piémontais lui dit alors qu'il ne sortirait pas de la pièce oîi il était, et que soia compagnon était chargé de Ty garder à vue. Le secrétaire d'État demanda la permission d'écrire à Sa Sainteté,
puisqu'on lui interdisait de se rendre en personne au près d'elle. Le major piémontais y consentit, et, se retirant, laissa le cardiq»! Pacca sous la surveillance de son camarade.
Quelques minutes après, pendant que le secrétaire d'État causait avec son garîlien de choses indifférentes, la porte de son cabinet s'ouvrit avec fracas; c'était Pie VII qui entrait. « Je fus alors témoin, raconte Paqca, d'un .phénomène dont j'avais entendu parler, Thorripilation. Dans un accès de puissante colère, il arrive parfois que les cheveux se hérissent ej que la vue est entièrement troublée. L'excellent pontife était en cet étal, et, quoique je fusse vêtu en cardinal, il ne me reconnut pas. c Qui est là? s'écria-t-il d'une voix forte? — Je suis le cardinal, lui répondis-je en lui baisant la main. — Où est l'officier? » reprit le saint-père. Et je le lui montrai près de moi dans une attitude respectueuse. Alors, le pape, se tournant vers lui : « Allez, dit-il, annoncer à votre général que je suis las de souffrir tant d'insultes et d'outrages de la part d'un homme qui ose eucore se dire catholique. Je n'ignore point quel est le but de toutes ces violences : on voudrait, en me séparant peu à peu de tous mes conseillers, me mettre hors d'état d'exercer mon ministère apostolique et de défendre les droits de ma souveraineté temporelle. J'ordonne à mon ministre de ne point obéir aux injonc-
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tkjQs d'une antorité illé^îLime. Qae ¥olre ^tinéfsrl sâche qie, û la force doit rarraiefaef d*aaprès de moi, ee ne sera qu'après aToir brisé toutes les por\|»v et je le déclare à Tavance responsable des cooï^uenoes d'an acssi énorme aUentat. i Uoffider français, on peu interdit, demanda respectaenseoient aa cardinahde rooloir hiefl hû traduire les paroles de Sa Sainteté, qa'il n*aYait pas compnses parce qu'il n^ectendait pas Fitalien, et promit de les ni|>porter fidèlement à son général. A peine était-il sorti : c Monsieur le cardinal, allons! > s*écriaPie VII. Et, prenant le secrétaire d'État par la main, il remonta vers ses appartements par le grand escalier du palais au milieu des serviteurs pontiOcaui, qui ne pouvaient retenir leurs applaudissements. Trois pièces contiguês à sa chambre à coucher furent désignées par le saint-père pour servir de demeure à son ministre. Le soir même, il donna Tordre de fermer la porte principale du Quirinal, et de ne plus jamais laisser entrer un seul officier français, quel que fut son grade et sous n'importe quel prétexte.
La nouvelle de cette scène étrange se répandit dans Rome avec une extrême rapidité. Il n'y avait nulle part assez d'éloges pour la courageuse fermeté du saint-père. Le peuple rornain, tout le clergé et surtout les habitants du Translévère se montraient particulièrement satisfaits et fiers de l'attitude qu'avait enfin prise le chef de la ca-
tbolicité. Qu'allait faire maintenant le général MioUis ? Irait-il enlever Pacca jusque dans les bras du saint-père î Le général Miollis, un peu désappointé du malheureux succès de sa démarche, prit un parti infiniment plus sage ; il se tint parfaitement tranquille. Aussi bien le temps n'eût pas été opportun pour créer de nouveaux embarras à son maître. L'empereur venait d'annoncer au Sénat * l'intention de pousser les affaires d'Espagne avec la plus grande activité, et d'aller détruire lui-même les armées que l'Angleterre avait débarquées dans ce pays. Son message au premier corps de l'État n'était pas dépourvu d'une certaine gravité sérieuse et un peu triste qui contrastait avec d'autres documents jadis écrits en pareille occurrence du ton d'un homme assuré de courir à de nouveaux succès. Évidemment la parole était aux événements de la guerre, et les affaires de Rome, cette fois encore comme par le passé, devaientse résoudre ailleurs que dans ses murs et sur des champs de bataille bien éloignés de l'Italie. la pensée de l'empereur était présentement occupée d'autre chose que de sa querelle avec le saint-père ; mais, tandis qu'il poursuivait jusqu'en CasliJle, dans l'Aragonais et dans l'Andalousie les armées réunies de l'Espagne et de l'Angleterre, il n'était pas cependant si distrait des événe-