‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 16 sur 111 · GONSALVI SECRÉTAIRE D'ÉTAT M · texte numérisé non relu

GONSALVI SECRÉTAIRE D'ÉTAT M

difficile pontificat. Hâtons-nous d'ajouter que, par un heureux hasard, Pie YII et son ministre se complétaient merveilleusement Fun l'autre. L'ancien évêque d'Imola, auteur de la curieuse homélie, si tolérante et presque philosophique, dont nous avons déjà parlé, franchement rallié, après le traité de Campo-Formio, au gouvernement de la république cispadane, se recommandait de lui-même, et par tous ses antécédents, à la faveur de cette portion du public italien que n'eCTarouchait pas trop l'invasion au delà des Alpes des idées modernes. Le désavantage du pieux pontife était d'avoir, avant son exaltation, trop vécu en simple bénédictin dans son cloître et dans son diocèse, de n'avoir guère fréquenté le monde et de connaître médiocrement les hommes. Plus aimable que ferme, possédé d'une immense envie de bien faire et de l'incessant besoin de plaire, naturellement enclin à supposer chez les autres les généreux sentiments dont il était lui-même animé, Pie YII était à la fois capable de se bercer d'étranges illusions et de se troubler démesurément quand il en découvrait le néant. . Bien différent était son secrétaire d'étal. Par ses antécédents comme par le fond même de ses opinions, Consalvi. appartenait au parti qui, en Italie comme ailleurs, avait résisté tant qu'il avait pu aux tendances

révolulionnaires de cette époque. Son patron, le cardinal duc d'York, l'avait introduit dans l'intime société de mesdames tantes du roi Louis XYl. Lorsque ces pieuses fugitives étaient venues chercher un asile à Rome, il avait été pour elles non-seulement un guide agréable au milieu des curiosités de la ville de Rome, mais un conseiller très-écouté et très-utile. Cette relation en avait amené d'autres avec Louis XVIII et les hommes de l'émigration française. Toutes ces liaisons de société avant même que, par sa place de président des armes, il fût entré dans le vif des affaires, avaient rangé le principal ministre du nouveau pape dans un groupe politique un peu différent de celui auquel semblait appartenir le souverain luimême. A Rome, tout le monde se rappelait combien, dans la malheureuse affaire de l'assassinat du général Duphot, la sage conduite et la digne attitude de Consalvi avait contrasté avec les maladroites faiblesses de son chef, le cardinal Doria. Les gens bien intentionnés se prenaient donc à espérer que de cette diversite d'origine et de tendance il résulterait pour l'église les plus heureuses conséquences. Au besoin, le courage éprouvé de Consalvi, sa parfaite connaissance des hommes et des choses, viendrait suppléer à l'inexpérience du saint pontife.

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II y avait pourtant entre eux, par de certains côtés, une surprenante ressemblance. L'aménité de leurs manières était égale, différenciée seulement par la position et par Tâge, plus onctueuse, plus palernelle chez Pie YIl, plus pénétrante, plus mondaine chez son ministre. Pour Consalvi, cette courtoisie des formes et du langage n'était pas seulement un agrément; à Toccasion, elle devenait une arme. On dirait de lui qb'il était insinuant comme un parfum. Dans les cercles de Rome, où Ton excelle à donner aux gens des surnoms qui les peignent à eux seuls, on rappelait la sirène. « Par toutes ces qualités, dit l'éditeur de ses mémoires, Consalvi était l'homme de la situation. L'Italie entière le saluait comme le digne héritier de tous ces immortels génies de la politique romaine, moitié cygnesy moitié renardsy qui ont plus fait de conquettes par la parole que les batailleurs avec leur épée. » Quoique l'expression soit heureuse, il n'y avail rien du renard dans Consalvi; il était tout cygne. Noble et doux, souple, mais fier, il était bien tel qu'il fallait pour traiter, sans trop de désavantage, avec le plus grand homme de son temps, qui avait le tort de vouloir appliquer aux paisibles transactions de la diplomatie les allures violentes des camps et les ruses peu scrupuleuses de la guerre. Le contraste des natures et

Topposition des procédés étaient peut-être, pour le ministre du saint-siége, dans cette rencontre singulière avec un si redoutable adversaire, la condition même du succès. C'est précisément parce que, pour défendre les intérêts dont il était chargé, Consalvi a dû s'aider uniquement de la douceur de son esprit, de son talent magique de persuader et de plaire, que nous avons cru devoir nous arrêter avec quelque complaisance sur les qualités peisonnelles du négociateur italien. Il est temps maintenant, pour compléter notre récit, de revenir sur celui qui fixait alors uniquement les regards du monde entier ; nous vouons parler du premier consul.

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