‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 15 sur 111 · Mémoires de Consalvi · texte numérisé non relu

Mémoires de Consalvi

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sa place était auprès de son souverain, le malheureux Pie VI. Tel était chez lui le vif sentiment de ce qu*ii considérait comme une affaire de convenance et d'honneur, qu'il n'hésila point à s'autoriser d'une prétendue invitation de son oncle, le cardinal Carandini, à venir le rejoindre à Yicence. Semblables prétextes étaient alors nécessaires aux hommes considérables de l'église pour quitter la capitale des Deux-Siciles. Le roi Ferdinand tenait à les garder tous auprès de lui en vue de la réunion d'un prochain conclave, rendu assez probable par le déplorable état de santé du captif de la chartreuse de Florence. Ce fut donc en fugitif que Consalvi débarqua à Livourne. Il ne dut pas employer de moindres stratagèmes pour arriver jusqu'auprès du saint-père, déjà presque mourant. Pie VI aurait vivement désiré le garder près de lui. Quelle consolation pour lui et quels secours que Paimable société d'un si fidèle serviteur ! On ne pouvait connaître Consalvi sans l'aimer, et Pie VI le chérissait plus que personne. Les autorités italiennes du grand-duché de Toscane, surveillées et contraintes par les agents du directoire français, ne permirent point ce rapprochement. Elles signifièrent à l'ancien secrétaire de la congrégation des armes d'avoir à quitter les élals du grand-duc. Dans une seconde

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entrevue, pleine (rémotion, de tendresse et de larmes, Consalvi reçut à genoux les tendres conseils du pape, sa bénédiction suprême, avec ses instructions secrètes pour son neveu, le cardinal Braschi, et pour le doyen du sacré-collége, le cardinal Albani, réfugiés tous deux à Venise.

Nous avons dit, à propos du conclave, comment à la mort de Pie YI les membres du sacré-collége, sans entente préalable, se trouvèrent tous à peu près d*accord pour choisir, comme secrétaire, le prélat qui avait eu Thonneur de recueillir de sa bouche même les dernières confidences du défunt pape. Consalvi assure dans ses mémoires, et d'un ton propre à mériter confiance, qu'il n'avait pas souhaité cette place. Il raconte avec non moins de détails les efforts qu'il tenta, après la fin du conclave, pour dissuader Pie VII de le nommer prosecrélaire d'état. Ce même effroi de la responsabilité, qui lui avait tant fait redouter, sous Pie VI, la présidence de la congrégation militaire, exerçait de nouveau sur lui son empire. Reprendre simplement ses anciennes fonctions d'auditeur, telle était son unique ambition. Lorsque, réintégré dans ses étals, le souverain pontife avertit enfin l'hiabile collaborateur dont il ne pouvait plus se passer, de se préparer à recevoir le chapeau de car-

dinal et à prendre officiellement possession de la secrétairerie d'état, il ne rencontra de sa part qu'hésitations, scrupules et refus persistants. A Rome, non plus qu'ailleurs, semblables refus ne sont pas éternels. ^Parce que Consalvi finit par céder, il serait injuste de supposer que, comme tant d'autres, il n'ait pas été, en pareille occurrence, parfaitement sincère dans ses premières répugnances. Quoi qu'il en soit, il pratiqua cette fois encore dans toute sa rigueur la règle étroite qu'il s'était imposée de n'accepter aucun présent. Avec quel empressement les Romains, toujours prompts à se ménager la faveur des puissants, n'auraient-ils pas offert de riches cadeaux à l'heureux privilégié qu'ils voyaient dans un même jour décoré de la pourpre et promu au premier poste de l'état I Mais sa réputation lui était plus chère que la richesse; il était avide surtout de bonne renommée. Un simple anneau donné par un ami fut le seul présent qu'il consentit à recevoir*. Ce crayon de la vie de Consalvi suffit à faire à peu près connaître celui que le saint-père venait, avec un instinct des plus sagaces, non-seulement de placer à la tète de son gouvernement, mais d'associer par sa confiance absolue à l'intime direction de son

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