MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS
BOE VITIBNNB, 2 BIS, BT BOULEVARD DBS ITALIENS, 15 A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
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y Gradua te H. 3 . i Liorary July, 21, 1911
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Le reiil quoo va lire est le fniil de longues el Lonscieoeîeuses recherches. CepeDdani. ni la jieire que nous nous sommes donnée pour recueiiiir uoe assez grande quantité de documents nouveaux, ni le soin que nous avons pris de mettre en tout leur jour tant d'épisodes encore ignorés du puMic . m* nous ont été inspires par le désir de soutenir >ur les rapports entre l'Eglise et l'Etat aucune thèse qui nous soit propre. Tout autre est notre hut. Théoriquement, cette question préoccupe aujourd'hui beaucoup d'esprits. La tâche modeste que nous nous proposons se home à reproduire impar* liaiement un précédent historique «lont Tex^iple
est continuellement cité, mais dont tes singuliers détails sont toutefois bien loin déire pailaitemcLt connus de ceux-là mêmes qui Je> invujuent avec
IV L'ÉGLISE UOMAIlXL ET LE PREMIEll EMPIRE
rent d'ailleurs aussi complètement que le but mêuae qu'ils se proposent d'atteindre. 11 y a de l'un à l'autre toute la dislance du ciel à la terre. L'Etat ne se soucie, en effet, que des affaires de ce bas monde. Il n'en connaît pas d'«iutre et s'y confine volontairement. Quand il a tout réglé pour le mieux, c'est-k-dire à sa guise, le pouvoir civil est satisfait ; il ne prétend à rien de plus. L'Eglise a de plus hautes visées. Pour elle , c'est à peine si ce monde existe et vaut qu'on s'en occupe. Ce qui s'y passe n'importe qu'en raison de la vie future; mais cette vie future, c'est elle seule qui, d'après une parole (iivine, en possède la révélation , elle seule aussi qui en règle les destinées éternellement heureuses ou malheureuses. De là pour l'Église, suivant une inexorable logique, le droit d'imposer les règles de conduite qui lui semblent indispensables au salut des âmes. Voilà le conflit établi. Pour y parer, il n'y a encore que deux solutions connues, et l'on peut douter qu'on en découvre jamais une troisième. La première est radicale : c'est la séparation absolue des deux
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poaTOÎrs. On Ta proi-lanir-e iMiini»*r>> |-.r .lîv? f •:mole devenue célèbre : rÊi: 'î>e îif»rp «I^th TEi^t libre. La seconde consiste à roéoaperenînf* >> «i» 'î\ parties on traité qui les iie f«r «le ur-'n-' > i- --w cessioq3 : c'est le système des en >i'irl<i:>.
Le r^me delà séj^ratii^n d->> i]^H\ j-'iv •:'< n^est'^uère actoelleinent en Ticiieur o'je <L«ns !a république des Etats-Unis. On le f*ratl |ue a «1^ degrés divers en Ancîeterre. en HoiianJe ^ i-r. Sui^e. La Belgique incline v:>l-*rDj-ynt'vers cvl état de choses avec certaines re>lrv-: lijos lr>f n- -riibreuses pour les éoomérer id. Dans tvs d«=-rT;--:s pays toutefois, rien d'absolument tran Ir^. En dr 'it et pour la fonne. la puissan.iTe H%î> î-^o-LV? y vouloir i^:norer l'existence de i"aut>r;é ST-^nf^-lle. En réalité, c'est une feînl^. El*>> s^r- ^.^^na'>^r.t parfoitement ; elles cororuuni^uenl nj-'-rue r«r>avec l'autre d'une façon | jis o'j moins {v^prTiif. plus ou moins ostensible, en l «ui cas trè-^-efl-^-tivi*. Malgré leur prud'bonjie proieslanle. en d--: it tks vieux serments anglicans quiis s«>nt ceo?^ avoir prêtés, les ministres de >^ >Î3>st-^ bî-jt-innique
VI L*ÉGLISE ROMAINE El LE PREMIER EMPIRE
seraient fort embarrassés s'ils n'étaient point en relations détournées, quoique habituelles, avec celui qu'officiellement ils ne se font pas faute d'appeler à l'occasion V antechrist ; et ce n'est pas apparemment pour viser seulement les passe-ports de ses compatriotes ou pour veiller à leurs intérêts commerciaux que M. Oddo Russell séjourne toute Tannée à RomB, sans titre apparent, sans fonctions reconnues, mais non pas, à coup sûr, sans occupations ni sans crédit. A qui persuader que les chefs de mission des Pays-Bas, de la Belgique, de la Suisse, s'absorbent tellement dans les seules affaires de la politique, qu'ils n'aient jamais à entretenir le saint-père des intérêts religieux de leur pays?
Ainsi donc, même dans cet ordre d'idées, les rapports entre l'Église et l'État ne sont pas, h vrai dire, intégralement supprimés. En théorie, on les nie; en fait, on les laisse subsister. Ils ne sont que diminués en nombre et en importance. C'est un premier avantage. Un second non moins précieux, c'est que le jour oii il devient indispensable
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de s'entendre, on s'abouche confiderament, sans publicité et sans bruit, ce qui rend de part et d'autre les transactions plus faciles. Reconnaissonsle donc sincèrement : l'Église libre dans l'État libre est en politique un type idéal qui n*a encore été complètement atteint que de l'autre côté de TAtlan^ tique ; si quelques peuples s'en rapprochent plus ou moins en Europe, on peut dire que c'est en proportion des franchises dont ils jouissent dans leur régime intérieur.
Il y a, en effet, des conditions préalables à l'inauguration de ce système. Il tombe sous le sens qu'il ne saurait être appliqué au sein des pays où de sévères entraves sont mises par les lois à la liberté de la parole et de la presse, au droit de réunion et'd' association. Telle est malheureusement la situation de la plupart des États du continent, telle est en particulier la nôtre en France. Chez ces nations, le recours aux concordats est indispensabje; mais de même qu'il y a, comme nous le disions tout à l'heure, des mesures diverses dans le système qui a pour point de départ l'indépçn-
vm L'ÉGLISE UaMAlNK ET LE PREMIEll EMPIRE
dance réciproque de TÉglise et de l'Etat, de même on conçoit des degrés fort variés dans la nature des arrangements qu'il peut convenir à ces deux puissances de contracter ensemble.
Au moyen âge, l'accord était complet avec une subordination très-marquée du côlé laïque. De nos jours, on a cherché à établir sur le pied d'une moins grande inégalité l'alliance primitive de l'autel et du trône. Quand cette alliance est dans toute sa ferveur, quand les contractants se prêtent mutuellement et de bonne foi l'ensemble des forces dont ils disposent, c'est, k vrai dire, la main misô sur toutes Jès manifestations possibles de la volonté humaine, et les actes les plus inoffensifs des citoyens soumis à ce double servage n'échappent à l'une des juridictions que pour retomber sous l'autre. Cette condition était encore celle de l'Espagne pendant le règne de Ferdinand VII et celle d'une partie de l'Italie avant les dernières révolutions; mais grâce à Dieu, les choses ne se passent pas toujours ainsi. Le plus souvent, loin de se concéder l'usage entier des moyens d'action qui
INTRODCCTJON ix
leur sont propres, l'Église et l'État, en se promettant mutuelle assistance, s'engagent réciproquement à renoncer à l'usage de certaines armes, et s'imposent Tune à l'autre certaines obligations. Si l'on considère les choses terre à terre, c'est un contrat avec balance des profits et pertes : le meilleur donc est celui où les deux parties, en abandonnant les privilèges qui leur importent le moins, se procurent en échange les bénéfices auxquels elles croient devoir attacher le plus de prix.
A ce point de vue, le concordat de Napoléon et de Pie VIÏ passe généralement pour un chefd'œuvre et le modèle du genre. Ce qui prouverait en sa faveur, c'est qu'après soixante ans d'application il est i^sté cher à T Église comme à TÉtat. On s'est bien un peu disputé sur les interprélalions à donner à quelques-uns des articles du concordat^ le texte en a été tiré, suivant les temps, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre; mais tandis qu'un si grand nombre de traités ont été, depuis ce laps de temps, réduits à néant, celui-ci subsiste à peu près seul dans son intégrité, et, si l'on ex-
X L'ÉGUSK ROMAINE ET LE PREMIEIÎ EMPIRE
cepte la tentative de Fontainebleau et réphémère réaction qui a produit le concordat avorté de 1817, jamais de part ni d'autre il n'a été sérieusement question d'en dénoncer la rupture ou seulement d'en modifier les articles essentiels. Il y a plus, il a satisfait le sentiment de ceux qui n'ont point le temps de réfléchir beaucoup sur ces jnatières. Même en dehors de l'immense majorité de notre clergé français et de la totalité de nos fonctionnaires publics, qui, à vrai dire, ne comprennent guère une autre manière de régler les rapports du pouvoir civil avec l'autorité spirituelle, le concordat est ^demeuré assez populaire parmi les massée. Chose' plus étrange encore, il n'est pas moins bien accueilli, il est surtout incessamment invoqué par ce groupe de libres penseurs mal disposés pour la cour de Rome, mais qui professent en revanche une grande ferveur de culte pour
l'omnipotence de l'Etat.
Nous ne partageons pas tout à fait, sans vouloir d'ailleurs en médire, cet engouement pour l'œuvre du cardinal Consalvi et du premier consul. Elle a
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été certainement utile au rétablissement de la reli* gion catholique ; nous avons pour cette religion la fierté de croire qu'elle ne lui était pas indispensable. Non, mille fois non, quoi qu'en aient dit alors les plates harangues des adulateurs de tous les camps et de tous les étages, l'ancienne foi n'avait pas si entièrement disparu pendant la tourmente révolutionnaire, et ce n'est pas le vamqueur de Marengo qui du jour au lendemain, d'un mot de sa bouche victorieuse, a fait surgir de terre les autels renversés. De pieuses mains les avaient déjà relevés avant lui. Répétons-le bien haut à ce clergé de France, qui oublie trop complaisamment son meilleur titre de gloire pour en laisser l'honneur à un autre, c'est lui qui fut le premier à la besogne. La généreuse ardeur de quelques simples prêtres avait devancé les calculs du plus profond des politiques. Par leur zèle, les églises de Paris et des départements s'étaient ouvertes à de nombreux fidèles longtemps avant que le chef de l'État eût songé à mettre le pied à Notre-Dame. Il n'avait pas encore offert sa protection, que, sans l'at-
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tendre, le vieux culte renaissait de lui-même, par ses propres forces , et dans des conditions selon nous beaucoup plus conformes à l'esprit véritable comme aitx intérêts bien entendus du christianisme^
Il est facile en effet d'apercevoir tout ce que le pouvoir civil a gagné à la transaction de 1801. Celui qui le représentait alors avec un éclat incomparable s'y est incontestablement attribué la part du lion. Les bénéfices que l'Eglise s'y est ménagés nous semblent plus douteux. Elle y a fait, il est vrai, reconnaître son existence officielle ; elle y a stipulé pour ses dignitaires ^es plus élevés, comme pour tous les membres inférieurs de la hiérarchie ecclésiastique, une situation honorifique convenable et des traitements à peu près suffisants, mais voilà h peu près tout.
Rien ne nous choque, hâtons-nous de le dire, dans la préoccupation qu'a montrée le négociateur du saint-siége pour les intérêts matériels du clergé
1, Il résulte des statistiques officielles du temps qu'au moment du concordat le culte catholique était rétabli dans 40,000 communes de France. (Voir aux pièces justificatives.)
i.NTUODLCTIO.N \iii
français. On lui avait pris ses biens; on ne pouvait pas, on ne devait peut-être point, en tout cas on ne voulait pas les lui rendre. II. fallait donc pourvoir à son existence. Le prêtre non plus que l'homme ne vit pas seulement de la parole de Dieu, il vit aussi de pain, car un corps mortel est atlaché à son âme, si élevée qu'elle soit. Force
était donc de demander pour lui ce pain indispen-
sable, soit à la munificence de TEtat, soit à la
piété des fidèles. On se conformait, convenons-en, aux idées du temps et à nos mœurs, aux instincts et à la tradition française, en allant chercher de préférence le salaire du clergé dans la caisse du gouvernement, sous le titre de traitement officiel, plutôt que dans la bourse des particuliers, sous la fornae des rétributions privées et volontaires. En dehors de cet avantagCi que nous ne touIods ni grossir ni diminuer, nous ne découvrons plus trèsclairement ce que l'Église romaine et le clergé français ont gagné au concordat de 1801. De ce traité signé par le chef de la catholicité, le gouvernement français a immédiatement tiré, malgré les
réclamations répétées mais dédaignées du saintsiége, le droit de régler par les articles dits organiques ses relations avec le clergé. Presque tous les articles organiques contiennent des entraves mises à l'exercice de l'autorité spirituelle du saint-père^
des évêques et des prêtres. Leurs rapports avec TEtat sont minutieusement réglés avec des précautions infinies, toutes favorables aux représentants du pouvoir civil, et qui impliquent de la part des membres du clergé une subordination déguisée,
mais réelle.
L'Eglise a-t-elle payé son budget trop cher en
Tachetant au prix de l'aliénation d'une partie de son indépendance? Voilà toute la question; nous rindiquons, nous ne la discutons pas. Elle est de celles qu'on hésite à toucher, même en tout respect et de ta main la plus délicate. Elle ne sera abordée que de biais dans ce récit et par son côté purement historique. Si l'alliance contracta en iSOi a été réellement bonne en soi, si elle a été surtout profitable à la religion catholique, tout le monde comprend qu'elle a dû porter ses fruits les
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meilleurs au moment de la publication du concordat et du sacre de l'empereur. Le légat a latere Caprara officiant solennellement à Notre-Dame le jour de Pâques, devant les vieux conventionnels de 9â et les jeunes généraux de Tarmée d'Italie; le saint pontife accouru de Rome pour couroàner dans sa capitale Thomme extraordinaire qui avait vaincu toutes les résistances et courbé toutes les têtes, peut^n imaginer un gage plus grandiose à la fois et plus touchant de l'accord établi entre les deux pouvoirs? 1801, 1804, quelles dates chères aux partisans de Talliance intime de T Église et de rÉtat ! N'est-ce pas le temps de la lune de miel et pour eux l'apogée du système? Ils ne se fatiguent point d'en remettre incessamment le tableau sous nos yeux comme celui d'une époque idéale qu'ils nous offi^nt en modèle. Fermons cependant l'oreille à leurs déclamations ; les plus éloquentes ne prouvent rien. Écartons également les relations officielles : la teneur en est souvent trop mensongère. Consultons au contraire les documents secrets du temps, écoutons les confidences des
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acteurs, et nous aurons chance de savoir coniment les choses se sont effectivement passées pendant cette période si vantée.
i,a vérité détaillée, familière, animée et vivante, la vérité sur les grandes choses, sur les moyennes aussi et sur les petites, la vérité sur les personnes, non pas seulement sur l'ensemble de leurs actes et de leurs caractères, mais sur leurs procédés et leurs allures, voilà ce que les espr ts réfléchis doivent avant tout rechercher dans l'étude des temps passés. Si la vie des peuples n'est, comme celle des individus, qu'un long enseignement, Ix quelle école pourrons-nous apprendre mieux à nous défier dos faciles entraînements et des pièges de toute espèce tendus à notre crédulité, sinon à celle qui nous apprend, sans déguisement, sans emphase, comment se sont réellement traitées entre les plus grands personnages les plus grandes affaires de ce bas monde i^ « Il y a, dit quelque part un émanent critique, il y a une sorte d'histoire qui se fonde sur les pièces mêmes et les instruments d'Etat, les papiers diploraa-
IXTRODCCnOX \%«i
tiques, les correspondances des ambassadeurs;... puis il y a uoe histoire d'qne tout autre ph^-sionomie, fhistoire morale écnte par des acteurs et des témoins. » A mon sens, M. Sainte-Beuve a raison; cette dernière est la meilleure, je veux dire an moins la plus instructive, la plus profitable, la seule qui serve à dessiller les yeu\, à ouvrir les intelligences, à combattre les funestes engouements, à éviter les désasivables mvstifications. Ce qui nous importe, c'est de connaître les gens, suivant rheureuse expression de Saint-Simon, par la levée du rideau qui les couvre. « Nous devons nous instruire pour ne pas être des hébétés, des stupides, des dupes continuelles.... et la grande étude est de ne s'y pas méprendre au milieu d'un monde la plupart si soigneusement masqué. » On a encore porté des masques depuis Saint-Simon. De nos jours la mode n'en est peut-être pas entièrement passée ; et le public aurait tort de faire mauvais accueil à ceux qui lui aident à découvrir les vrais visages.
Nous touchons d ailleurs, si je ne me trompe,
au moment où la grande épopée du Consulat et de l'Empire vient se placer naturellement et comme d'elle-même à son véritable point de vue.
Certes, ce n'est point dans le passé qu'il faut aller chercher la clef de l'avenir. Les événements se succèdent d'après certaines règles plutôt qu'ils ne se reproduisent. Lorsqu'on serait le plus tenté de les trouver à peu près pareils, on découvre encore entre eux beaucoup plus de diversité que de ressemblance. Il serait puéril cependant de dédaigner les utiles leçons qui résultent du rapprochement des faits. Dans le recommencement per^ pétuel des choses humaines» rien de parfaitement identique, rien non plus d'absolument nouveau : l'esprit politique, n'est-ce pas, à vrai dire, la faculté heureuse de prévoir à peu près ce qui sortira d'une situation donnée? A quoi tient l'habileté des plus avisés, sinon à soupçonner entre le passé et le présent certaines analogies lointaines et vagues qui échappent au vulgaire et dont ils savent tirer parti? Jetons les yeux autour de nous. Si je porte mes regards en France et sur nos propres affaires, je
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suis à mille lieMs de m'imagîiier que le coooordal ait fàH son temps, quoique à vrai dire il soil ud peu usé à la suite de tant de froUements surveous entre l'Elise et FEtat. Je oe crois pas davautaise qu'on soit à la veille d'y retoucher, encore nioins en disposition de s'en affranchir îu^it à Rome, soit à Paris. Tonte la poussière souleTée présentement autour de ces questions n'empêche pas les yeux clairvoyants de discerner les dispositions véritables du gouvernement français et du Vatican. Leurs dissentiments sont, nous le croyons, beaucoup plus apparents que réels et beaucoup plus bruyants que sérieux. Il en existait de bien autres et de plus menaçants «itre le saint-»ége et le prunier consul au moment même où le cardinal Gonsalvi signait le traité solennel qui avait pour but de réconcilier la papaufé avec la France moderne. Dans les an* nées qui suivirent, le désaccord, tacite il est vrai, déguisé avec soin, habilement caché à tous les regards, s'agrandit démesurément, et porta sur des points qui touchaient aux matières de foi les pluî? graves. Si la publicité avait été alors ce qu*elle est
\x L'ÉGLISK IÎ0\1AINK ET LK PRIiMlKR KMPIRK
de nos jours, si les guerres terribles des dernières années de l'Empire n'avaient absorbé l'anxieuse attention de toutes les classes de la société, nul doute qu'une rupture complète n'eût éclaté à cette époque. Peu s'en est fallu que nos pères n'aient vu se produire avant la Restauration, dans le domaine sacré de la conscience, un de ces troubles poignants dont l'effroyable épreuve, entrevue seulement de nos jours par de trop vives imaginations, sera, je l'espère, épargnée à la présente génération.
D'où provint la funeste division entre deux pouvoirs si intéressés à s'entendre? On ne saurait la mettre au compte de Pie Vil, si porté par goût vers l'empereur, si empressé à lui donner des preuves répétées de son attachement, de sa résignation et de sa complaisance ; il ne serait pas moins injuste de l'imputer aux évêques de cette époque, si éloignés de professer les doctrines ultramontaines, redevenues aujourd'hui à la mode, si avides au contraire de repos après tant d'agitations, si pleins de respect et de docilité, peut-être exagérée ,,
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envers un pouvoir donl ils avaient tout à ospérer et tout à craindre. Ce furent, — pourquoi le dissimuler?— les hauteurs intraitables et les brusqueries méprisantes de l'empereur qui amenèrent le conflit et l'envenimèrent bientôt jusqu'à la plus violente irritation ; mais cette ignorance volontaire ou aflectée des procédés qu'il convient de prendre quand on traite avec une puissance dont la force est toute morale n'était pas nouvelle chez lui : il en avait fait parade en 1801. Le germe des fautes irréparables commises en 1809 et dans les années qui suivirent se découvre k un plus faible degré, mais se découvre toutefois dans les façons d'agir du brillant général qui négocia le concordat. Pareils excès, qu'expliquaient alors sans les absoudre les habitudes contractées au milieu des camps pendant la période révolutionnaire, ne sont plus à redouter de personne aujourd'hui, grâce à la douceur croissante de nos mœurs.
Cependant, comme le propre des redoutables
et délicates questions qui s'agitent entre l'Eglise et l'État est de s'enchaîner les unes aux aulres
XX u L'ÉGLISE ROMAINE ET LE PREMIER EMPIRE
par un lien fatal et de s'aigrir par la durée même de la discussion, nous pensons que. de ce côté, il y a encore, au temps où nous vivons, des écueils à éviter, et des précédents dont il faut se garder. Quant à la molle complaisance , à la déplorable faiblesse dont firent preuve, en plus d'une oc-casion, pendant la durée du premier Empire, quelques-uns des plus hauts dignitaires de l'Église de France, ce sont, hélas, des défauts qui sont de tous les temps. Il n'est peut-être pas inutile de montrer historiquement et pièces en main aux ecclésiastiques de tous les degrés, aux plus élevés dont Texemple fait loi, comme aux plus humbles volontairement confinés dans les modestes fonctions de leur pieux ministère, qu'il y a des condescendances fâcheuses qui ne servent à rien, et des compromis* de conscience qui ne sauvent point ceux qui se les permettent, même avec les meilleures intentions du monde. Nous n'avons pas la prétention de donner des leçons a qui que ce soit, piis même des conseils. Mais nous le répétons, l'histoire impartialement racontée et sagement méditée est le
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