‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 44 sur 111 · Correspondance du cardinal Caprara, 4 avril · texte numérisé non relu

Correspondance du cardinal Caprara, 4 avril

écrit au secrétaire d'État, c'est à peine si le cardinal en fait mention. Une autre préoccupation semble l'absorber entièrement, celle de répondre au reproche qu'on pourrait lui faire à Rome d'avoir donné au sujet du choix des évoques des informations que l'événement ne réalisait point. « Votre Éminence me rendra cette justice, écrit-il au cardinal Consalvi, que je lui ai toujours dit que les délais nous seraient funestes, et qu'en lui rendant compte des espérances qui m'étaient données qu'il n'y aurait point de constitutîonels nommés, je terminais toujours en faisant observer que jusqu'au jour où nous aurions en main les nominntions formelles il ne faudrait pas se tenir tranquille. Mes pressentiments se sont malheureusement justifiés, et Votre Éminence en trouvera dans ma dépêche d'aujourd'hui la douloureuse histoire. Je ne saurais dire la semaine que je viens de passer. J'ai pleuré, j'ai prié , j'ai remué ciel et terre; mais ciel et terre sont demeurés sourds à ma voix ^ » Celui qui traçait ces lignes lamentables n'était point cependant arrivé, tant s'en faut, au terme de ses tribulations, et de nouvelles surprises non moins pénibles l'attendaient encore.

i. Lettre confideatielle da cardinal Caprara aa cardinal Ck>nsalTi 4 aTril 1802.

Le 9 avril suivant, le représentant du saint-siége était reçu en audience solennelle par le premier consul. Tous les ministres et les membres du conseil d'État étaient présents. Ainsi que le cardinal l'avait mandé à sa cour, on lui avait promis quMl ne serait pas tenu de prêter le serment qu*on exigeait autrefois des légats à latere. Une heure seulement avant Taudience, M. Portalis lui avait apporté avec le cérémonial à observer une pièce en langue latine que le cardinal avait absolument refusé de signer, mais qu'il avait consenti à lire à l'audience pour obtenir, dit-il, la tranquillité, et parce qu'elle lui semblait ne rien contenir qui ne fût déjà ou à peu près dans le compliment dont on lui avait demandé communication et qu'il allait adresser au chef de l'État. A ce compliment, plein de déférence et d'éloges pour lui, Napoléon répondit par quelques mots brefs et presque impérieux sur les devoirs du nouveau légat, qui devait puiser dans l'Évangile les règles de sa conduite. Parlant du concordat, il se bornait à dire que, « le concert établi entre Sa Sainteté et lui serait un sujet de triomphe pour la religion chrétienne, et qu'elle en recevrait de nouvelles félicitations du philosophe éclairé et des véritables amis des hommes. »

Ces dernières paroles étaient calculées pour donner

satisfaction aux incrédules nombreux dans ses conseils et aux plus rares partisans du théophilanthrope Lareveillère-Lepeaux, Il fallait contenter aussi les gallicans et les Jansénistes. Pour leur complaire, le Moniteur inséra le lendemain dans sa partie ofGcielle la teneur du serment que le légat était censé avoir prononcé et signé *. Rien n'était moins vrai. Lorsque le légat réclama, il lui fut répondu « qu'il ne fallait pas s'arrêter à de pareilles choses qui n'avaient aucune valeur par elles-mêmes... On avait pris copie sur les registres des anciens parlements de ce qui se passait autrefois. Gela ne tirait pas à conséquence... » Le légat répliqua qu'on rendrait les disputes interminables, si l'on publiait ce que dictait la fantaisie sans se soucier si cela était conforme ou non à la vérité des faits. Il n'insista pas d'ailleurs sur la rectification au Moniteur *•

Le dimanche suivant, jour des Rameaux, le cardinal Caprara installa canoniquement à Notre-Dame, rendue depuis trois jours au culte catholique, W de Belloy, nommé à l'archevêché de Paris, et sacra M»"* Cambacérès, frère du conventionnel, nommé à

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