Correspondance dn cardinal Caprara, 4 aTril 1S
il chercha surtout à Tattendrir en lui parlant des égards qu'il avait toujours voulu témoigner à Sa Sainteté. Tout fut inutile. Le légat se débattait encore et devenait de plus en plus pressant, lorsqu'un incident inattendu pour lui vint mettre, dit-il, le comble à sa douleur et à son embarras. M. Portalis, qui jusque-là s'était montré on ne peut plus opposé aux constitutionnels, à ce point qu'iî n'en avait pas inscrit un seul sur les trois listes qu'il avait remises au premier consul, « commença à se montrer le défenseur acharné des constitutionnels, et, pour employer les termes accoutumés, ajoute le cardinal, renchérit encore sur la marchandise *. »
Contre ses deux contradicleurs, le légat n'était plus de force, car au bout de tous les discours du premier consul revenait toujours le même refrain : « Ou ceci ou rien. Le pape l'a promis, le^pape tiendra parole, s'il veut que le concordat soit publié*. » Le légat désespéré demanda en grâces et avec larmes, si l'on ne voulait pas renoncer aux constitutionnels, que l'on consentît au moins à n'en pas nommer autant ; cela même lui fut refusé. Alors le cardinal, qui avait, sui-
1. Correspondance du cardinal Caprara, n» 98, 4 avril 1802. 1. Ibid.
RETARD Dli LA PUBUCATION DU CONCORDAT 193
vant ses propres expressions, pris du cœur en parlant, obéit à un mouvement de juste fierté: « Puisqu'on ne voulait rien lui concéder, eli bien ! il serait difficile à son tour. II ne s'écarterait pas d'une ligne des instructions qui lui avaient été données au sujet de l'institution canonique ; et, laissant de côté le caractère des constitutionnels, on pouvait compter qu'il porterait le scrupule jusqu'au dernier degré dans l'examen de leurs qualités. « Le premier consul accueillit cette menace avec un dédain marqué *. Il ne répondit même pas au cardinal Caprara ; mais, se tournant vers M. Portalis : a Vous avez entendu ce que veut le légat, vous en répondrez* »
M. Portalis se mit ensuite, par ordre du premier consul, à donner lecture au cardinal Caprara de tous les articles du système organique relatif au culte et à ses ministres. Il accompagna même cette lecture d'assez longs développements; mais il ne paraît pas que le légat, encore troublé des scènes qui venaient d'avoir lieu, ait prêté grande attention à ces articles, qui devaient plus tard soulever à Rome de vives et persistantes réclamations. Dans la lettre confidentielle si triste, si accablée, qu'au sortir de cette audience, il