Le cardinal Caprara au cardinal Consalvi, 15 mai
2'2i L'ÉGUSE ROMAINE ET LE PREMIER EMPIRE
par le parti antireligieux et les indifférents, composé d'individus très-puissants et protecteurs déclarés des constitutionnels. « Ils ont, écrivait-il le 15 mai 1802, <( jugulé le premier consul ^ » Peu de temps après, mandé soudainement à la Malmaison, le cardinal Caprara eut occasion de se convaincre que le premier consul n'était, en cette circonstance comme toujours que l'interprète de ses propres volontés. Son abord, en voyant le légat, fut des pi us froids, et son langage impérieux et violent. « Il était indispensable, dit-il, de faciliter la réconciliation des prêtres, et pour cela il suffisait qu'ils promissent obéissance à leur évêque légitime. Exiger davantage était inutile, superflu, et, suivant lui, un trait d'orgueil de la cour de Rome. Par suite des difflcultés ridicules que le légat suscitait dans cette affaire, les évêques et leurs troupeaux étaient jetés dans un état d'angoîsse : cet unique motif portait des milliers de catholiques à demander h passer au protestantisme *. »
A ce propos, le cardinal épouvanté protesta qu'on avait mal informé le premier consul, et que la conduite qu'il avait tenue avait toujours été des plus
i. Le cardinal Caprara au cardinal Consalvi, 15 mai 1802. 2. 7d£W, 13 juin 1802.
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conciliantes.. 11 n'était pas libre toutefois de se départir de ce qu'exigeaient en cette circonstance nonseulement les prescriptions ^es canons, mais encore rintérêt même de TÉglise de France. « Ah ! oui, je le sais, s* écria Napoléon, c'est là le sentiment de vos prêtres , qui à force de sophistiqueries théologiques gâtent les affaires au lieu de les arranger. » L'entretien dura ainsi plus de deux heures sans avancer d*un pas. Tantôt le premier consul s'exprimait avec amertume, tantôt }\ exposait avec sang-froid et toute son éloquence naturelle la conduite qu'il croyait, suivant ses maximes, la plus propre à conjurer^ les dangers dont étaient menacés le repos public et celte grande œuvre du rétablissement de la religion, qui lui avait, disait-il, coûté tant de peine ^ ; mais le cardinal ne se rendit pas.
Assurant, avec force protestations, qu'il ne pouvait, sans manquer aux principes catholiques, tenir une conduite différente, lé cardinal Caprara fit présenter au premier consul par M^*^ Sala une copie de la formule proposée aux évêques, comme pouvant servir à la réconciliation des prêtres de leurs diocèses. «Certes il était impossible, fit-il remarquer à son interlocu-