‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 64 sur 111 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Effet produit à Rome par les nouvelles venues de Paris. — Le pape est con. stemé en apprenant le serment imposé an légat, et la présentation an tribunal des articles organiques comme faisant partie de la conyentiou passée avec le saint-siége. -~ Protestation officielle devant le sacré collège. — Le premier consul s'en montre blessé. — Cardinaux français à nommer. — Eiigences excessives et mal fondées du premier consul. — Condescendance du saintpère. — Prévenances da premier consul à l'égard de Pie Yli pour les affaires temporelles. — Dispositions affectueuses du saint-père à l'égard du premier consul, mêlées d'un peu de méfiance et de beaucoup de craintes.— Opinion de M. Cacao] t sur la meilleure façon de s'y prendre avec la conr de Rome. — Pie 711 reconnaît qu'il n'a de paix que dans la direction des catholiques sujets de gonvenements hérétiques.

Après avoir suffisamment établi quelle était à Paris la situation du représentant du saint-siége' vis-à-vis

du premier consul pendant les années qui précédèrent et qui suivirent la publication du concordat, il nous faut transporter maintenant nos lecteurs au Vatican pour qu'ils puissent également se rendre compte de la nature des rapports qui existaient la veille et le lendemain du sacre entre le pape et l'empereur. On verra s'ils étaient beaucoup plus satisfaisants.

Au 5 mai 1802, ]es dépêches du cardinal Caprara n'étaient point, par je ne sais quel retard, arrivées jusqu'à Rome. Pie VII et le cardinal Consalvi se trouvaient ne savoir rien encore que par les journaux de TAllemagne de ce qui s'était passé, le 18 avril, à la cérémonie de Notre-Dame. Ces feuilles étrangères se

bornant à reproduire la version et les articles des journaux autorisés de Paris, le saint -père et son ministre y lurent avec la dernière surprise le serment prêté par le légat non-seulement de ne pas manquer aux lois de la république, mais de reconnaître les libertés de l'Église gallicane. Ils furent surtout émus d'y trouver les articles organiques relatés comme faisant partie du concordat, et un discours du conseiller d'ÉlatPortalis qui semblait avoir pour but d'accréditer cette fausse interprétation. « Le saint-père, écrit Consalvi au légat, attend vos lettres avec une anxieuse inquiétude. » Quand les lettres arrivèrent, qui confirmaient entièrement ces appréhensions de la cour de Rome, elles jetèrent Pie YII dans une sorte de morne désespoir.* « Les nouvelles reçues ces jours derniers ont tellement abattu le pape que, sans exagération, il est méconnaissable. Je tremble pour sa santé, et même pour sa vie, s'écrie son fidèle secrétaire d'État. II est on ne peut plus sensible à toutes ces émotions. Et si

le général Murât, qui vient de passer à Rome, Ta trouvé si digne de pitié, Voire Éminence peut juger combien les derniers événements ont augmenté ce qu'il y a de triste et de pénible dans sa situation ^

Cette douloureuse angoisse du saint-père devient facile à comprendre à qui sait se rendre compte de son caractère. Pie VU était avant tout un saint prêtre, et nullement un politique, comme l'ont été tant d'autres de ses prédécesseurs. Pour lui, le concordat qu'il avait signé comme pontife, non comme souverain temporel, était, en ce qui le concernait, un acte essentiellement et purement religieux. Sans doute il n'avait pas été insensible à la gloire mondaine qui en rejaillirait sur lui. Cependant, au moment même où il prêtait son plus cordial concours à cette grande œuvre qui devait, pensait-il, illustrer dignement son passage sur le siège de saint Pierre, c'étaient les questions d'orthodoxie catholique et de conscience spirituelle qui avaient le plus préoccupé son âme scrupuleuse. Seul et à genoux dans son oratoire, il s'était plus d'une fois demandé devant Dieu s'il avait bien réellement le droit de faire ce qui lui semblait exigé par les circonstances. Plus d'une fois, sondant

Page 1