Le cardinal Gonsalvi an cardinal Caprara , 15 mai
avec tremblement la pureté de ses motifs, lui, le juge souverain en madère de foi, l'arbitre infaillible qui devait guider tous les autres et que personne ne pouvait diriger, il s'était presque surpris à douter par moments de l'étendue de son pouvoir et à mettre en question sa propre au torrté. La mesure par laquelle il avait déclaré privés de lewrs sièges les anciens évoques non démissionnaires lui avait en particulier causé une cuisante douleur qui, dans les heures de crise, semblait tenir du remords.
Les protestations par lesquelles ces évoques faisaient appel à sa justice, en citant les textes des canonistes les plus estimés à Bome, venaient justement d'être remises au saint -père. Sa susceptibilité de pontife et de théologien avait souffert de la résistance opposée à ses décisions souveraines ; mais il y avait autre chose dans ces protestations. Aux reproches non dépourvus d'amertume se joignaient des paroles émues et tendres, comme celles qu'adresseraient des fils respectueux au père dont ils croiraient avoir à se plaindre. Ces plaintes avaient ébranlé l'âme si douce de Pie VIL Rien n'était plus propre à achever d'y porter le trouble que Tannonce successive du serment prêté par le légat, de la nomination des évéques constitntionrïels, et enfin de la publication des articles orga-
niques présentés comme faisant partie du concordat. Qu'allaient dire maintenant, ces évêques? Qu'allait penser cette partie du sacré collège qui n'avait pas entièrement approuvé le concordat ?
Le premier consul, si préoccupé des difficultés que lui causait, dans le gouvernement des affaires de Rome, la division profonde qui régnait entre les ecclésiastiques insermentés et les prêtres constitutionnels, était parfaitement décidé à ne tenir aucun compte des embarras assez semblables que le saintpère rencontrait dans la direction spirituelle de son Église. C'était bien de propos délibéré, parce que cela servait à leur assurer le respect du clergé et des fidèles, qu'il avait présenté les articles des lois organiques comme ayant été combinés d'accord avec le saintsiège. Aucune précaution n'avait été oubliée pour accrédi ter-cette opinion. Ces lois avaient été secrètement délibérées au conseil d'État longtemps après la conclusion du concordat. Elles avaient pour but de tenir lieu d'un certain article relatif à l'exercice du culte que le cardinal Consalvi n'avait jamais voulu signer, article dont la discussion, ainsi que nous l'avons précédemment raconté, avait failli amener la rupture des négociations, et sur lequel on n'avait pu s'entendre qu'en le supprimant. Cependant ces dispo-
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sillons législatives, élaborées exclusivement par le gouvernement français, tout à fait inconnues à Ja cour de Rome, qui n'en apprit Texisteoce que par leur promulgation, furent livrées au public dans un gros volume officiel ayant pour titre Concordat^ avec la même date que la convention synallagmatique conclue avec le saint-siége. La signature de Consalvi seule y manquait. Afin d'égarer davantage les-esprits superficiels, dans l'exposé des motifs du projet de loi présenté au corps législatif et portant approbation du concordat, ils étaient qualifiés articles organiques de ladite conventions^ et M. Portalis ne manqua point, insistant sur le tout, d'expliquer comment, la convention et les articles organiques étant un contrat passé avec une puissance étrangère, ils devaient, d'après la constitution, être également soumis au corps législatif K
Des coups si répétés, tant de ruses et de petites perfidies dans une affaire où il avait mis tout son cœur et une si évidente bonne foi attristèrent le pape, mais ne l'aigrirent point. 11 n'écoula pas les conseils de ceux qui à Rome n'auraient peut-être point été fâchés