CHAPITRE XIII
Direction donnét par M. PorUlis aux affaires ecclésiastiques de France. — Son action personnelle reste toujours empreinte de modération qnand il est laissé i lui-même, mais il ne sait pas résister anx yiolences da premier consul. — Exigences de Bonaparte à l'égard des mandements des éTëqHes. — On les oblige à se soumettre à la censure des préfets. « Difficultés à ce sujet. — Antres diiUcnltés à propos des dispenses de mariage.— Relations personnelles du premier consul avec le clergé. — Il devient de plus en plus exigeant. — Menaces contre les prêtres dissidents. — Sa fa^n dédaigneuse de traiter les ecclésiastiques sur le dévouement desquels il croit pouvoir compter.
Le moment est venu d'examiner ce qu'il y avait de fondé dans les réclamations de Pie YII contre la direction donnée par le premier consul à la conduite ses affaires ecclésiastiques en France. Si importante que fût pour l'Église romaine et pour la religion catholique la nature des relations de Napoléon soit avec le saint -père à Rome, soit avec le légat à Paris, relations dont nous venons d'esquisser un rapide mais fidèle crayon, une chose les touchait de plus près : c'était la manière dont était comprise et Journellement pratiquée l'exécution du concordat
.n .iiLISE 30]«AZ«E ET LE PBESIER EMPIRE
m i-'»t • :A 'es evèqiss srertî? se gardèrent bien en **fi ic -^î mrttTî en coatraTenfion.
I.-a eur levesut cependant de jour en jour plus u:5L!i:f^. nr. iprès avoir veillé à la manière dont les **. -pit^- '^*daiem 'es adEiîres de OKcience des curés ke eur^ iit»orïesv le z^JuverneBent Tenait tout à coup r *rv.*r a ir^uîmiun ife prenlre à rarance connaisstm "^ 1^ eurs ann&saKnts. Ce ne fui point M. Portails lin *u .harof ^ite âiis de b»r rîen oijoindre direcenrui. L-ia ^*ii ^n* tr)g chï^piaflt. et cda lui aurait ir-ui-*lp» :rHï ^jùie. On prit une voie détournée. Le ir*ti :*'ininun es ::ùt irKe^zéswSi laliiertédelapresse ^ii 11- 'i>^ i\:s^ : omc^ le prener eonsnl était juste- 'ueut lojupe a iu réprimer tes êear^, et cda même !ut iv.ut valu Tipur^batiiA à pen près nnanime des nt'uvr'uux irriiutSv 3ien ne lui pamt éoae pins simple .{tie ie es mic»-'r» eu:i aussi « soik la rè^, c'est-àxin HHis^'d servitude commune. rnjiNir le BÛnî^re de r'.nttrt'ir runi rjriref i^ertir les pràbls qu'ils eussent à ioamear^ à la censure tons ks éetils cpu se r^pamiuititit Jaos leurs Jepnrtesenfcs y compris bien enthruda les lettres postumles et les mandements des
l. L/f-n» airculaiw ie ît P^trtalisiax ivètoes & rma», !• prairial m ^ iaiii IMâ'-
évéques. Déjà Ton avait procédé par insinuation auprès de quelques-uns d'entre eux, qui, sans accepler Tordre , avaient par esprit de conciliation pris bénévolement .les conseils du magistral chargé de Tadministralion de leur département ^ Cela ne suffisait plus : Napoléon préférait maintenant une mesure générale et obligatoire. A cette occasion, nombre d*évéques, et ceux-là mêmes qui avaient témoigné le plus d'aversion pour la liberté de la presse, se mireikt à protester. La position de quelques-uns était vraiment intenable. Gomme le nombre des évéques était inférieur à celui des préfets, il y en avait qui relevaient à la fois de deux préfets. De ces préfets, il arrivait souvent que l'un était partisan zélé de l'ancien clergé assermenté, et Tautre un fougueux ultramontain. Plusieurs préfets appartenaient à la religion protestante; il y en avait peut-être, en tout cas il pouvait y en avoir de juifs. Ce que l'un des préfets approuvait dans le mandement qui lui était soumis, son collègue du département voisin n'en voulait pas. Que devait faire alors le malheureux évêque? Et quelle plus singulière position que celle d'un pasteur de TÉglise romaine obligé, avant de s'adresser à son troupeau, d'aller
i. Vie de Mq^ dVsmond^ évêque de Nancy, par Tabbé GuiUaame.
270 UÉGLISë romaine ET LE PREMIER EMPIRE
agissait sous l'œil du premier consul et plus lard de Tempereur. Peu à peu elle trouva de moins en moins à s'exercer, sans doute parce que l'administration de M. Portalis était plus avisée, mais aussi, faut-il bien le dire, parce que, le temps et leur soumission aidant, il n'y avait presque plus rien à reprendre dans les mandements des évêques. Les employés de la direction des cultes ne restèrent pas toutefois absolument inoccupés; leurs fonctions n'avaient fait que changer. Ils envoyaient dans les grandes occasions aux prélats particulièrement zélés, avec les bulletins de l'armée qu'il leur fallait lire à l'église, des canevas de mandements tout faits, qui ne couraient aucun risque de déplaire, et auxquels il ne restait plus qu'à mettre la forme et la couleur ecclésiastiques ^
Par ce même canal, les évêques étaient continuellement invités , surtout dans les départements de l'ouest et en Belgique, où les populations suivaient volontiers les impulsions du clergé, à appuyer et à faire appuyer par les curés de toute l'influence de leur ministère la loi sur la conscription. Tandis, en effet, qu'on leur défendait d'aborder en chaire, d'aussi
1. Vie de Mq^ d'Osmond, évéque de Nancy, par Tabbé Guillaume.
loin que ce fût, aucun sujet politique, on leur enjoignait non moins expressément de bien expliquer à leurs ouailles que la défense de la patrie était une des principales obligations du citoyen et du chrétien, et qu'il était conséquemment de leur devoir d'inviter les pasteurs du second ordre à mettre sous les yeux de leurs paroissiens toutes les considérations politiques et religieuses qui pouvaient déterminer ceux pour qui la religion et la patrie n'étaient point de vains mots.
Une question des plus délicates fut celle des dispenses à accorder aux personnes qui se mariaient dans des conditions admises par le code civil, mais qui, pour cause de parenté ou autrement, avaient besoin de demander à Rome l'autorisation pontificale, sans laquelle leurs curés refusaient de consacrer leur union à l'église. Il y avait des unions déclarées licites par les lois françaises pour lesquelles le saint-siége n'avait jamais ou bien rarement accordé de dispense. Le cardinal-légat fut d'avis que la cour de Rome se prêtât à concéder toutes celles qui seraient demandées pour les mariages légitimement contractés devant le pouvoir civil. « Dans la disposition actuelle des esprits, il faut s'attendre, écrivait-il au cardinal secrétaire d'État, qu'on voudra ici forcer les évoques à les don-
278 l»*:glise romaine et le premier empire
ner directement eux-mêmes; Votre Éminence peut être certaine que les plus purs s'y prêteront, en dehors même des évêques constitutionnels, et si quelqu'un s'y refuse, il provoquera contre lui les mesures les plus rigoureuses, sous prétexte qu'il trouble la tranquillité publique. Il appartient à la sagesse du souverain pontife de prendre cette affaire en mûre considération... Dieu nous a donné dans sa miséricorde le pape vénéré qui est assis, au milieu de ces temps difficiles, sur le trône de saint Pierre. Chacun convient que sans lui le concordat ne se serait jamais fait, ce qui aurait ramené la religion à l'état sauvage dans une grande partie de la terre. Les hommes sont dévoyés en fait de matières religieuses, et Ton ne peut les choquer sans être assuré d'avance d'occasionner des plaies encore plus profondes à l'Église, qui se trouvera bientôt contrainte à consentir des sacrifices encore plus pénibles... Je n'ai, quant à moi, . rien à désirer ni à craindre, et*je parle avec un pied dans la tombe... Mais je.connais l'état vrai des choses, et je voudrais que cet état fCit connu de même à Rome par les personnes que j'estime et que j'aime le plus au monde. Si les hommes prévenus viennent à s'indisposer contre nous, parce que nous n'aurons pas voulu user de 'Condescendance sur les matières
de discipline, ils iront plus loin, et voudront nous forcer la main sur les questions de dogme, comme pour le divorce par exemple. Pour ces questions-là, nous devons tout souffrir plutôt que de cédera »
Le cardinal avait sans doute raison de conseiller un arrangement sur la question des dispenses; mais en quoi il se trompait, c'est en supposant que cette concession empêcherait le gouvernement français de pousser trop rudement la cour de Rome sur la question soulevée par la faculté du divorce reconnue et réglée dans le code civil français. La circulaire de M. Portalis, que nous avons déjà citée, ne laissait aucun doute sur les intentions du gouvernement. On y lisait : <( Le divorce est admis par la loi civile. Il serait donc aussi injuste qu'imprudent de refuser la bénédiction nuptiale à tous ceux qui contracteraient un second mariage après un divorce*. »
 la suite des questions qui par leur nature touchaient directement au dogme, il nous est impossible de ne pas dire aussi un mot de la manière dont le premier consul, pendant la période qui précéda le sacre, se comporta envers le corps si nombreux du clergé
1. Dépèche du cardinal Caprara au cardinal Consalvi, 19 septembre 1802.