‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 77 sur 111 · Circulaire de M. Portalis, 19 prairial an x (juin · texte numérisé non relu

Circulaire de M. Portalis, 19 prairial an x (juin

catholique. La façon d*en user avec les pei*sonnes est le meilleur indice des sentiments qu'on leur porte, et la correspondance de Napoléon V nous fournit à cet égard les éléments d'une saine appréciation. Ainsi que nous l'avons déjà raconté, il était porté à favoriser extrêmement les prêtres constitutionnels ; nous en avons donné la preuve. Les lettres dans lesquelles il prend parti pour eux et veut les imposer de force aux évêques qui répugnent u les employer dans leur diocèse sont si fréquentes, qu'il serait fastidieux de les citer toutes. Quant aux prêtres restés en communication avec le saint-siége, s'ils ne lui ont pas donné ce qu'il appelle des gages particuliers de leur dévouement, il entretient à leur égard une incurable défiance, particulièrement contre ceux qui sont sortis

de France.

-/* Ce n'est pas tant à la correspondance de ses préfets

qu'aux rapports des agents de sa police et surtout des

officiers supérieurs de sa gendarmerie qu'il s'en remet

pour apprécier la conduite des évêques et des curés

de France. « Je vous envoie, citoyen conseiller d'État,

écrit-il à M. Portalis, une note que me fait passer

l'inspecteur de là gendarmerie sur l'évêque de Rennes

(M. de Maillé). Mon intention est que vous lui écri-

viez qu'il est temps que cela finisse, qu'il est coupable

d'avoir ôté sa place à un constitutionnel et de l'avoir remplacé par un prêtre nonvellement rentré sans ma permission... Si la morale de l'Évangile n'est pas suffisante pour retenir ses passions, il doit agir par politique et par crainte des poursuites que le gouvernement pourrait faire contre lui, comme perturbateur de la paix publique. Écrivez à l'évèque de Clermont (M. de Dampierre) dans un style moins dur... Son diocèse est rempli de prêtres constitutionnels amis de Tordre et qui jouissent de la confiance du peuple. Il est à la fois impolitique et immoral d'éloigner de l'État et de l'Église des hommes si utiles... C'est une conduite insensée. Écrivez à l'évèque de Bayeux qu'il a déplacé dans la commune de Balleroy le curé qui y était, qu'il n'avait pas ce droit et que cela est contraire à mon intention... Mettez bien en tête à tous les évêques que, dans l'arrangement définitif, je veux des constitutionnels, tant parmi les curés que parmi les grands vicaires et chanoines. »

M. Portails ne satisfaisait pas toujours le premier consul ; il le tance alors sévèrement. « Je n'ai pu qu'être très-affligé de la conduite que tiennent certains évêques ; vous n'avez donc pas prévenu les préfets?... Vous trouverez ci-joint le rapport du chef de la légion de gendarmerie à ce sujet. Je désire que

VOUS ayez sur ce sujet une explication avec le cardinal Caprara*... » A Farchevêque de Lyon son oncle, il mande : « Quant à quelques réfractaires exagérés, je les ferai enlever. Méfiez-vous des Sulpiciens... ce sont <les intrigants*. » Il engage le ministre de la justice à faire connaître par une circulaire aux commissaires du gouvernement auprès des tribunaux que son intention est de poursuivre et -réprimer tout prêtre qui ne serait pas dans la communion de son évéque, et qui dès lors doit être considéré comme rebelle à l'État et au pape. Il n'approuve pas les principes de tolérance dont ont paru animés quelques préfets, pensant que c'étaient des querelles d'opinion étrangères à l'autorité civile'. Plus son pouvoir semble se consolider, plus sa fortune va croissant, plus il redouble de méfiance et de rigueurs à l'égard des prêtres chez lesquels il suppose un esprit d'opposition.

Dans les mois qui précédèrent et qui suivirent la conspiration avortée de George et de Pichegru, les ordres d'exil et d'arrestation se multiplient, le plus souvent, sur de simples soupçons. C'est par dizaines qu'il exige le renvoi ou ordonne Tincarcération de

Page 1