Mémoires du cardinal ConscUvi, t. II, p
cielle au-devant d'un autre souverain, fût-ce même le successeur de saint Pierre. Ce qui lui aurait bien autrement répugné, c'eût été de se prosterner devant lui et de lui donner, même en apparence, cette marque de déférence chrétienne qui est d'usage à regard des pontifes, et qu'à Vienne Joseph II n'avait pas refusée au prédécesseur de Pie VIL Tout cela se
trouvait sauvé par le fait d'une rencontre fortuite en pleine forêt, un jour pluvieux du mois de décembre. « La voiture du pape s'arrêta, dit l'un des témoins de celte scène, sitôt qu'il aperçut l'empereur. » Il sortit par la portière de gauche avec son costume blanc ; il y avait de la boue ; il n'osait mettre à terre son pied chaussé de soie blanche. « Cependant il fallut bien qu'il en vint là , » racante avec une sorte de triomphe l'aide .de camp Savary, celui-là même qui avait eu mission de présider naguère à l'exécution du duc d'Enghien, et sur lequel Napoléon avait trouvé tout simple de s'en remettre du soin de régler les détails de son entrevue avec Pie VIP. Tout avait été prévu en effet, et les pas comptés à l'avance. Quand le pape fut à une distance convenable, l'empereur s'approcha à son tour, et