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ces réparations ont été un vrai malheur pour les édifices sacrés qui en ont été les victimes. Elles ont eu pour conséquence de les dépouiller de ce qui constituait leur cachet ancien et original, pour les revêtir de cette aiFreuse teinte banale et moderne, froide et uniforme, blanche ou cruellement jaune, sous laquelle on n*a pas craint de noyer parois et sculptures, colonnes et chapiteaux, jusqu^aux clochers eux-mêmes. Or, Dieu sait ce que ce dédain de Tart, — qui, sous prétexte de spiritualisme chrétien , méprise ce qui parle à Tesprit de beauté, de grâce et de poésie, — a souvent froissé d'âmes et même en a éloigné de nos saints lieux.
Eh bien! que ceux qui ont sérieusement à cœur une restauration intelligente de nos temples, que les hommes d'initiative ou d'autorité qui ont un mot à dire dans ce genre de question, prennent la peine de lire ou de relire ce qu'écrivait avec tant de justesse une des plumes les plus compétentes en ces matières : « Il importe que toutes les réparations intérieures et extérieures, qu'on est obligé d'entreprendre pour la conservation des monuments anciens, soient parfaitement en rapport avec le style général de la construction. Y^fiarmonie est une condition d'une rigueur absolue. Un édifice antique doit conserver intacte sa physionomie grave, sombre et recueillie: rien ne défigure autant une vieille construction que des restaurations incoJiér entes.
(( Une des plus funestes réparations qu'on ait fait subir aux églises du moyen âge, c'est le badigeannage et surtout le grattage. vraie lèpre qui s'attache aux murailles du saint édifice et qui en détruit toute la beauté. Le badigeonnage varie ses combinaisons. Sans respect pour les sculptures les plus délicates, il promène partout son hideux pinceau.
« A quoi bon, d'ailleurs, vouloir farder les murailles d'une église? Pourquoi chercher à la faire paraître d'hier? L'âme s'émeut vivement au milieu de ces murs et de ces colonnes, sous ces voûtes dont toutes les pierres sont empreintes de la poussière que les siècles y ont déposée et dont les échos semblent murmurer encore quelque chose des chants et des prières des générations écoulées.
Vous chercherez en vain ces sensations dans un temple bâti de la veille et qui n'a encore retenti qu'au bruit du marteau et au cri des ouvriers. Ces pierres neuves sont muettes; elles n'ont rien à vous raconter; tout ce qui vous entoure est dénué de souvenirs.
« Eh bien! ces souvenirs, vous les bannissez de l'église antique que vous vous efforcez de rajeunir en la blanchissant à l'aide du pinceau et de la râpe. Le badigeon n'est pas seulement un contre-sens, c'est une profanation.
r Une opération encore plus barbare que le badigeonnage des églises, c'est le regrattage des ornements et même des surfaces planes des murailles. Par ce procédé funeste, les formes sont altérées , sont détruites sans espoir de rèparatian possible. On peut faire disparaître le badigeon, difficilement, il est vrai; mais qui rendra aux sculptures amaigries leurs contours harmonieux? Nous aurions peine aujourd'hui de remplacer ces prodiges d'adresse et de patience des artistes d'un autre âge, et nous les livrons sans hésitation et sans remords à la râpe dév^astatrice d'un ignorant manœuvre !
<( Puisqu'on proscrit si sévèrement le badigeonnage et le regrattage, faudra-t-il abandonner nos églises à la poussière et à la malpropreté? non, certes! la décence et le respect dus au saint lieu s'y opposent. On peut employer un moyen facile, économique, propre à donner aux murailles un brillant pittoresque, sans leur enlever cette teinte obscure qui atteste leur glorieuse antiquité. On se sert de larges brosses épaisses et souples, qui emportent la poussière des voûtes et des murailles sans rien altérer. Ce procédé a été plusieurs fois mis en usage , aux applaudissements des amis des arts, et tout porte à croire qu'il sera bientôt exclusivement adopté. Faire mieux et à moins de frais , tel est le problème qui a été résolu de la manière la plus satisfaisante. »
A ce point de vue, celui qui étudie nos vieilles églises avec attention se posera cette question : Comment expliquer que, dans des époques que nous envisageons comme barbares, des hommes, dont la culture était moins avancée que la nôtre, aient réussi à léguer aux générations qui leur ont succédé des édifices qui nous étonnent par le goût et l'harmonie de leurs lignes, des œuvres
artistiques, des conceptions architecturales que, malgré tout le développement de l'instruction publique actuelle, nous sommes si peu capables d'accomplir ou même d'imiter?
Bien des réponses peuvent être faites à cette question, mais il en est une qui les dominent toutes : Le catholicisme du moyen âge avait rinstinct de l'art religieux et architectural. Son culte exigeait une alliance avec l'art et la poésie. Il était dans l'essence de ses cérémonies religieuses d'appeler à lui l'harmonie des lignes, des sons et des couleurs. Insistant davantage sur l'adoration que sur l'enseignement, il avait à cœur de rechercher tout ce qui était de nature à élever l'âme, à la recueillir et à lui donner, par l'aspect de ses lieux de culte, le sentiment immédiat et profond que le temple est quelque chose de plus qu'un « local », quelque chose de mieux qu'une « salle » de réunion, mais un sanctuaire où la présence réelle et permanente de Dieu était toujours symbolisée par la lumière de la lampe brillant devant l'autel, un sanctuaire où doit planer, avec le silence qui y règne, quelque chose de la grandeur et de la sainteté de l'Eternel.
Le protestantisme, au contraire, par la grande révolution religieuse qu'il a opérée au xvi"'® siècle, sous l'influence d'une réaction inévitable, a mis à l'arrière-plan les préoccupations artistiques pour mettre au premier, avec l'Ecriture Sainte trop oubliée, la prédication ou l'enseignement. L'idée du temple, comme sanctuaire où se célèbrent les saints mystères, a fait place dès lors à une conception moins poétique et plus froide : celle d'un lieu où l'on se rend pour entendre prêcher; de là, l'aspect de salles de conférence qu'ont pris et que prennent un si grand nombre de nos temples protestants. De là encore, ce qui ne se verrait jamais chez les catholiques, l'emploi abusif des édifices sacrés pour des usages non religieux, tels que votations, élections populaires, accompagnées souvent du sans-gêne peu édifiant que l'on constate chez ceux qui, - la pipe ou le cigare à la bouche et le chapeau sur l'oreille, — prennent part à ces opérations, qui, à notre humble avis, devraient avoir lieu à la commune et dans un local laïque.
Cette infériorité incontestable du protestantisme, — au point de vue de l'idée qu'il se fait du temple et du respect auquel celui-ci a droit, — peut être humilia,nte à constater, mais elle n'en est pas
moins réelle. Il faut en effet hardiment reconnaître que nos édifices sacrés ne sont pas en général l'objet d'une sollicitude suffisamment intelligente. On s'en inquiète trop peu. Peut-être que, s'ils n'étaient pas ouverts seulement le dimanche, mais chaque jour de la semaine, pour servir d'asile aux âmes qui ont besoin de;5ilence et de recueillement, on s'en occuperait davantage. Quoi qu'il en soit, nous devons, me semble-t-il, porter à ce sujet une plus grande attention, avoir plus d'honneur à cœur et, lorsque l'occasion s'en présente, faire entendre une voix de cordiales félicitations aux comités et aux paroisses qui, dans le passé, se sont mis à l'œuvre, et, quant au présent, adresser une parole de joyeux encouragement aux hommes de dévouement qui, ici et là, sont au travail, cherchent à réaliser un progrès, sans se laisser arrêter par les mille objections et les mille difficultés suscitées par ceux qui, si nombreux chez nous, sont plus habiles à critiquer qu'à payer de leur temps et de leur personne.
C'est à ce titre que, — sans entrer dans le détail des restaurations dont le temple de Saint-Sulpice va être l'objet, — nos meilleurs vœux doivent accompagner ceux qui ont pris à cœur cette urgente et patriotique entreprise.
Quelles que soient les difficultés à surmonter, les apathies à vaincre, les ennuis inévitables à traverser, ils peuvent se dire que l'œuvre dont il s'agit est une bonne œuvre, qui mérite à tous égards la sympathie et la coopération des vrais amis de TEglise et de la patrie vaudoise.
Dieu veuille, dans un avenir prochain, accorder la joie aux lecteurs de cette brochure, de contempler d'un œil satisfait le cher et vieux temple de Saint-Sulpice artistiquement restauré et de pouvoir adresser au pasteur^et aux fidèles de cette paroisse, ainsi qu'au comité d'initiative, leurs chaleureuses et sincères félicitations.
Alfred CÉRÉSOLE, pasteur a Vevey.
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