‹ L'église russeChapitre 2 sur 14 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le drapeau russe flotte à l'heure présente sur plus de 23 millions de kilomètres carrés, couvrant de son autorité souveraine le plus vaste domaine d'un seul tenant que jamais peuple au cours des siècles ait possédé sous le soleil : plus du sixième des terres émergées, deux fois l'empire chinois, quarante et une fois notre patrie. Seul, le drapeau britannique plane, sinon plus haut du moins plus loin, sur 24 millions de kilomètres carrés épars sur le globe.

Cent trente millions do sujets du tsar vivent au large, généralement clairsemés, sur des terres froides pour la plupart mais fertiles, n'utilisant encore aujourd'hui que la minime partie d'un sol qui, sans grand eQbrt, en nourrirait un milliard. Par le seul fait de l'excédent des naissances, leur nombre augmentant en moyenne de deux millions tous les ans, combien seront-ils dans un siècle ? Numériquement, dès ce jour, trois fois supérieurs aux Français de France, presque le tiers des Européens, inférieurs aux Hindous seulement et aux Chinois, ils forment près du dixième de l'humanité.

Chrétien de croyance, d'organisation et de vie, l'immense Empire du Nord, de beaucoup la plus vaste province de l'univers éclairé par l'Evangile, ne compte guère que des baptisés. A l'ouest, sur la

Vistule, quatre millions de Juifs ; au sud, autour du Caucase, cinq millions de musulmans; à l'est, dans les solitudes du Turkestan, quelques centaines de Bouddhistes ; au nord, dans les toundras, quelques milliers do fétichistes ; partout ailleurs, la croix resplendit triomphante. Cent vingt millions de fidèles, plus du quart de la grande lamille du Christ, vivent sous l'autorité souveraine des Tsars.

Malheureusement, en Russie comme ailleurs, plus qu'ailleurs peut-être, la politique divise ceux que la foi devrait unir. Les chrétiens que la naissance a faits et ceux que la conquête a rendus sujets de l'Empire, sans unité parce que sans chef légitime librement reconnu de tous, se distribuent, d'après la communauté des intérêts, des regrets ou des espérances, en cinq groupes nettement distincts, toujours rivaux et souvent en guerre. Par ordre d'importance numérique décroissante :

Les « Orthodoxes, » plus de soixante-dix millions, presque tous Russes et presque tous les Russes proprement dits, à eux seuls formant l'Eglise officielle et nationale, en un mot, l'Eglise russe.

Les « Raskolniks » ou dissidents, de quinze à trente raillions, terme générique servant à désigner les diverses communautés chrétiennes qui, sur terre russe, ont refusé de s'incorporer à l'Eglise officielle ou en sont librement sorties.

Les « Catholiques, » de huit à dix millions, immortels débris de la fédération polonaise.

Les « Protestants, » puissants par le nombre et la cohésion — de quatre à cinq millions, — dans les anciennes possessions allemandes et Scandinaves sur les rivages delà mer Baltique.

Les « Ai-méniens » enfin, quelques centaines de mille, incorporés à l'Empire par le traité de 1878, qui

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