XX AU LECTEUR
sent de leur ciseau les contours amollis de leurs statuettes: c'est à grands coups de maillet ou de pinceau que le Buonarotti ébauchait les Captifs du Louvre ou les Prophètes de la Sixtine. Libre à qui voudra de préférer les ivoiriers: il y en a qui préfèrent Michel-Ange.
Il faut, à vrai dire, le génie pour éviter tout écueil, ou pour imposer toute hardiesse : mais sans atteindre au génie, ne peut-on réclamer une certaine liberté d'allures, et se confier à l'indulgence des esprits sincères. Ce sont les meilleurs qui d'ordinaire sont les moins exigeants et qui disent plus volontiers, pour peu qu'ils en aient la possibilité :
« Ubi plura nitent in carminé, non ego paucis Offendar maculis. »
Le lecteur en conchira-t-il ([ue je plaide pro donio ineù, et que je sollicite de lui un bill d'indemnité ? Il aurait tort de le croire, et je puis l'assurer que j'ai parlé en toute indépendance, seulement pour dire ma pensée et prémunir les Jeunes prédicateurs contre la tentation de viser à « l'éloquence de la chaire». En fin de compte, ici comme partout, chacun fait ce qu'il peut, — du moins je me le persuade; — je fais connue tout le monde, et m'en remets au jugement de Dieu.
Aussi bien n'y a-til vraiment que ce jugement à
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estimer, surtout en notre temps où pullulent les aristarques, aussi sûrs d'eux-mêmes, quand ils parlent théologie et prédication que dans leurs criti(jues d'art, de littérature, de philosophie ou de politique : car rien ne leur est étranger, et leur regard sonde toutes les profondeurs. On doit à la vérité et à la justice de reconnaître à quelquesuns de la culture religieuse, le sens de la parole évangéliijue, le respect des personnes et le désir lie leur trouver une réelle valeur. Tels étaient, pour n'en citer que deux ou trois, Alfred Nettement, Louis Yeuillot, Fran(;ois Beslay, et tous ceux qui sentaient le besoin de savoir avant de parler. Mais ils se font de plus en plus rares, et c'est aflaire réglée pour beaucoup que la prédication est en telle décadence qu'elle ne peut réclamer aucune estime véritable. J'engage les jeunes prédicateurs à ne pas trop s'effrayer des lùgueurs où ils se complaisent et même à en prendre gaîment leur parti. Ouiconcjue' est amené, de gré ou de forctî, à la vie publique devient justiciable de leur critique. Il leur faut être reconnaissant quand ils sont charitables : aux autres il ne faut pas garder rancune, en considération de la naïve inconscience, avec la- (juelle ils traitent ceux en qui l'on voit des maîtres et des modèles. L'un d'eux, — et non des plus petits, — a dit du » candide » Lacordaire qu'il n'était « ni logicien, ni critique, ni théologien; » et, dans
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la même page, il a félicité les Frères-Pièclieurs, — « ces romanliques, on pourrait p:esqiie dire ces aventuriers de l'orthodoxie, » — de « s'être ressouvenus du bon vieux sermon, (le mot «st souligné et répété), du seiiMon d-e Bossuet el de Bourdaloue, » — « eacore qu'ils vinssent, » ajoutait-il en terminant, « de découvrir Saint Thomas d'Aquin. »
N'esl-il pas vrai que c'est une perle, ou plutôt un collier de perles, que ce morceau destiné, dans la pensée de l'auteur, à la glorification d'un Ordre, où l'on « persiste à poursuivre la réconciliation de la science et de la foi, de la relii;ion et de la société moderne, « — « avec une grande séduction sur les âmes, el en particulier sur les femmes et les jeunes gens, » — mais auquel il arrive, paraît-il, « à son insu, de s'attacher au moyen plutôt qu'à la fin et de ne pas paraître entièrement désintéressé. » — Tout citer serait un peu long, et n'ajouterait rien à la {•remière impression du lecteur. Il jugera comme nous, je pense, qu'il faudrait avoir mauvais' caractère, pour en vouloir à ces illustres de malmener les prédicateurs de second ordre, quand ceux du premier sont traités avec tant de désinvolture.
Le prédicateur cherche la gloire de Dieu et le salut des âmes : s'il trouve en [)lus l'estime des hom-